Portrait de PAPI

L’accueil de publics en difficultés à l’Agehb, Le Phare de Brest

Le multimédia au service des personnes en multi difficultés, entretien avec Nathalie LAREUR

Nathalie Lareur, maîtresse de Maison, animatrice de l’espace

Au Centre d’accueil, l’équipe reçoit, écoute, oriente des personnes en situation de grande précarité. Les services du quotidien sont proposés aux usagers : repas chauds, machine à laver, douche .... Au phare, des activités ont été créées pour permettre aux usagers de se reconstruire.

Une population en grande précarité

Ceux sont des personnes en grande précarité, matérielle et humaine, des personnes isolées qui vivent de minima sociaux. Il y a très peu de SDF sur Brest, ce sont des gens qui ont un logement, mais qu’ils n’investissent pas forcément. Ils vivent vraiment seuls, ils n’ont pas ou peu de lien social, et ont du mal à donner un sens à leur journée. Leur état de santé est également précaire. Ils souffrent de divers troubles psychiques et/ou de dépendances, à l’alcool par exemple.
On fonctionne comme une maison, on est ouvert de 9h à 17h et ils viennent pour tous les services du quotidien.
Des activités pour recréer du lien

On a mis en place des activités : bricolage, cuisine, jardinage, informatique. Chaque personne de l’équipe prend en charge une activité. Tous les jours, il y a une activité. Le principe de base, c’est la libre adhésion. Ils viennent quand ils veulent, ils ne sont pas inscrits sur les activités.

L’objectif est d’éviter l’oisiveté, de créer du lien. Le principe : c’est donnant-donnant. Ils connaissent des choses qu’ils peuvent nous apprendre. En retour, nous leur transmettons ce qu’ils souhaitent découvrir.
L’atelier informatique

L’activité informatique a commencé il y a 3 ans. Quand je suis arrivée, il y avait un ordinateur qui était en bas dans la salle à manger et qui servait pour jouer au « solitaire ». Certains faisaient ça à longueur de journée... J’ai commencé à demander si ça intéressait certaines personnes et puis à partir de là, j’ai monté un projet et on a mis la salle informatique en place.

Il y a eu des tâtonnements au début. Au départ, je pensais faire comme dans les centres de formation, une session pour apprendre la bureautique (« Word en X heures »). Je pensais qu’on allait d’abord apprendre la machine, puis après les logiciels ... Eh ben, ce n’est même pas la peine... Je leur ai pris la tête, c’était magnifique ! (rires) Ils ont été gentils, ils sont revenus quand même !!
Je me suis vite rendue compte que ce qui compte le plus, c’est de produire quelque chose.

Au départ on avait des logiciels de traitement de texte, c’est peu, mais c’est déjà beaucoup pour eux. Et puis petit à petit, on s’est mis aux jeux, pédagogiques ou simplement ludiques (jeux de cartes, Questions pour un champion, Karaoké...) ... Souvent ce sont des jeux qu’ils font à plusieurs. Ensuite, il y a eu l’Internet en 2001. Aujourd’hui, de plus en plus les personnes en précarité utilisent les boites mail.
Réussir à être autonome

L’objectif de cet atelier, c’est de faire en sorte qu’ils réussissent à être autonomes : savoir allumer l’ordinateur tout seul, utiliser la souris (« ça paraît simple, mais certains au bout de deux ans n’arrivent toujours pas à l’utiliser, ils tremblent ou le double-clic n’est pas du tout acquis »), repérer le programme que tu veux, pouvoir le mettre en marche et l’utiliser. C’est la même chose pour Internet.
S’il arrivent à ouvrir le programme, faire une lettre, imprimer tout seul, enregistrer leur document et surtout le retrouver (« ça c’est sympathique à leur faire apprendre ! »), alors l’autonomie est gagnée.

Pour l’Internet, ce que j’envisage de plus en plus, c’est qu’ils puissent réussir à utiliser les services des Assedic, de la CAF, la MSA, ou les impôts, mais c’est complexe...
Un usage intensif d’Internet par les étrangers en attente de régularisation

On a aussi des usagers « sporadiques » (15% environ), qui sont parfaitement autonomes. Ils sont en foyer d’urgence, squattent, ou attendent une régularisation de papiers. Ils ont besoin de l’outil pour faire des CV, des recherches sur Internet (emploi, logement ). Dans les populations étrangères qui viennent ici, beaucoup utilisent Internet (mail et infos sur leur pays quand c’est possible). Ceux qui sont sans papiers attendent plusieurs mois, ils deviennent des usagers réguliers : ils utilisent alors aussi la bureautique et des logiciels pour apprendre le français, avec des exercices de traduction.

Les difficultés rencontrées

  • La fréquence aléatoire de leur venue, il est difficile de faire un travail suivi.
  • Difficultés d’apprentissage : tremblements, mémorisation (lenteur, ... Le repère-temps chez les populations précaires est très différent. Un RDV, ça prend l’énergie d’une semaine. Donc la progression est très lente.
  • L’illettrisme  : en général ils ne le disent pas, il y a une certaine honte. L’informatique c’est bien pour cela, il y a beaucoup de symboles, des commentaires sonores sur certains cédéroms multimédia... c’est une aide pour se repérer.
  • Alcoolisme  : On a un contrat moral. Dans chaque activité, ils ne peuvent venir que s’ils sont en états...
  • Epilepsie : je fais attention à cela par rapport à l’activité multimédia, on a plusieurs personnes épileptiques, je ne les mets pas sur les jeux, mais uniquement sur le traitement de texte.
  • Problèmes de comportement  : les sautes d’humeur, ils viennent mais ils n’ont pas envie d’apprendre. Je sais que ce n’est pas ce jour là que je vais leur apprendre quelque chose, donc ils vont plutôt faire des jeux, des tâches qui demanderont moins d’efforts de concentration.

    Conseils aux animateurs

  • Le dialogue de départ est essentiel. « Qu’est-ce qu’ils veulent faire ? Est-ce qu’ils veulent venir plusieurs fois ? .... » C’est indispensable de se mettre d’accord avec eux au départ sur l’objectif visé (travail de fond ou superficiel) Sinon, tu te plantes tout le temps. Je le faisais pas au départ, j’’ai appris cela en tatonnant.
  • Alterner travail et jeu. Il est important qu’il y ait des moments de travail, où ils produisent quelquechose, et puis des moments de détente.
  • Il faut des thèmes de travail, sinon les gens s’essouflent, ne voient plus l’intérêt et abandonnent. Au départ, on n’en a pas besoin car ils découvrent. Par exemple, nous allons travailler sur l’hygiène, en rapport avec l’atelier Cuisine. Il faut trouver des thèmes qui les intéressent et qui aient du sens et de l’utilité dans leur vie quotidienne.
  • Produire un résultat. Imprimer son texte à une réelle valeur pour eux.
    Valoriser leurs réussites. Ne pas hésiter à leur faire remarquer les progrès qu’ils ont accompli. Ceux qui ont appris les premiers commencent à transmettre aux autres. C’est très valorisant pour eux. On arrive à faire cela avec les groupes de ceux qui viennent régulièrement.

Contact :
Le Phare - Nathalie LAREUR - Tél : 02.98..05.10.91 - Mél : agehb7@aol.com

Posté le 15 novembre 2004 par Elisabeth Le Faucheur, Philippe Cazeneuve

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Nouveau commentaire
  • Février 2007
    09:38

    L’accueil de publics en difficultés à l’Agheb, Le Phare de Brest

    par michel

    bonjour
    j’aimerais trouver des référence sur le travail que fait solidarité papier a quimper car on en parle pas du tout
    et le seul site trouver kergonan
    domage car ils ont évolué depuis
    et cela serait bien de parler du travail qu’ils éffectue tous les jours dans des conditions souvant très dur
    un ancien de solidarité papier
    merci d’avance michel