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Interview Marie-Hélène Pillot, facilitatrice de coopérations territoriales.
3 juin, par Michel Briand — IPAprès la soixantaine d'interviews publiées dans Histoires de coopération, voici avec cette interview de Marie-Hélère Pillot une nouvelle série qui relie coopération et Robustesse, la coopération étant l'un des ingrédients essentiels de la robustesse et au coeur de la démarche des démultiplicateurs de la robustesse source d'inspiration de cette rubrique.
« Recréer du dialogue et du lien entre les humains, qui sont, eux aussi des animaux sociaux : un levier pour préserver notre planète et le vivant qui l'habite »
Bonjour, Marie Hélène Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Marie-Hélène Pillot Bonjour Michel. Je suis Marie-Hélène Pillot. Je suis éthologuede formation, j'ai étudié et modéliser les déplacements collectifs chez les animaux sociaux non humain, les aspects de leadership, prises de décisions et cohésion des groupes. Et depuis quatorze ans maintenant, j'ai changé de sujet d'étude, puisque j'accompagne les dynamiques de coopération, à l'échelle des organisations, que ce soit des associations, des entreprises, des collectivités territoriales, mais aussi à l'échelle d'un territoire, en créant du lien, du dialogue entre toutes ces parties prenantes et les habitant•es. L'idée, est de les accompagner à coopérer pour coconstruire la stratégie de leur structure, les aider à fonctionner de manière plus coopérative et moins hiérarchique. Je fais la même chose à l'échelle d'un territoire, et là, l'idée est de mettre tous ces acteurs, entreprises, associations, institutions, et les habitant•es « autour de la table » pour co-élaborer leur projet de territoire autour des enjeux de justice sociale et transition écologique. J'accompagne les territoires à réfléchir à la robustesse de leur territoire. J'interviens un peu partout en France, mais j'anime de manière plus rapprochée le territoire sur lequel j'habite depuis déjà quelques années maintenant, 9 ans, le Pays d'Uzès. J'y coordonne des projets engagés, le Réseau de la coopération depuis quelques années, et plus récemment le Parlement des Liens. Je fais partie de la coopérative d'activité et d'emploi Mine de Talents.
Si tu avais quelques mots clés pour te présenter, quel seraient-ils ?
En premier, je dirai que je suis tisseuse de liens. Je suis intimement convaincue que nous avons besoin de recréer du lien entre les humain•es, de sortir de nos fonctionnement par « silos », chacun•e dans son sillon, sa roue. Nous sommes des animaux sociaux et nous avons besoin de faire société. J'aime donc contribuer à re-créer ces liens, ces connexions entre les projets, entre les personnes, faciliter la mise en lien et la coopération, au service d'un vivre ensemble respectueux du vivant, et joyeux. C'est quelque chose d'assez intuitif pour moi de créer ces connexions.
Puis, je dirais joyeuse quand même ! Parce que tout ça, j'aime bien que ça se fasse aussi dans la joie et la convivialité. Les défis à relever sont plus simples quand on s'y penche à plusieurs et dans la joie !
Et puis, un petit dernier, je dirai que j'ai un petit côté très connecté à la terre et au vivant. Je suis fille de paysan et paysanne, j'ai grandi dans une ferme dans la campagne Haut-Marnaise, puis j'ai fait des études de biologie, et un doctorat en éthologie. Le vivant, la biodiversité et leurs préservation sont des sujets qui me touchent, qui me parlent, dont je me sens appartenir. C'est aussi pour cela que je mets autant d'énergie à accompagner les humain•es à prendre conscience de notre interdépendance avec ce vivant qui nous entoure, et de la nécessité d'en prendre soin.
Dans ton parcours éducatif, associatif, de travail, qu'est-ce qui t'a amené à t'impliquer dans les pratiques de coopération ?
Comme je le disais juste avant, je suis fille de paysan et de paysanne, j'ai grandi à la ferme, et j'ai toujours été connecté au vivant, aux animaux, aux végétaux. La campagne est pour moi un espace de ressourcement, dont j'ai besoin. Dès petite j'ai voulu aller vers un métier qui me permettrait de contribuer à préserver les espaces naturels, les animaux. J'ai une formation Universitaire avec un parcours en biologie plutôt tournée vers la biologie des populations et des écosystèmes durant lequel, à travers la lecture de différents articles scientifiques, j'ai étudié le fonctionnement des écosystèmes, et des systèmes qui les composent. Je me suis ensuite dirigée vers le monde de la recherche, avec un doctorat en éthologie, durant lequel j'ai étudié et modélisé les déplacements de troupeaux de moutons. Mon sujet de recherche était d'étudier les mécanismes individuels qui sous-tendent les dynamiques collectives : l'effet leadership, les modes de prise de décisions, la cohésion des groupes... Est-ce que le leadership est centré sur un individu ou partagé au sein du groupe ? Est-ce que les décisions sont prises par un individu ou par une partie de groupe,... Démocratie versus despotisme chez les animaux sociaux ? Existe–t-il du renoncement chez les animaux qui vivent en groupe ? Comment le groupe arrive à rester cohésif ? Comment les membres du groupes coopèrent pour rester cohésifs ? Tout ça chez les animaux sociaux non humains, notamment le mouton, mais aussi observer et comparer chez les chevaux, les vaches, les primates, les oiseaux, chez les poissons,... Mes années de chercheuse sont donc très en lien avec la coopération chez l'humain•es !
Vers la fin de ma thèse et mon année de postdoctorat, j'ai commencé à lire de nombreux ouvrages autour des enjeux de transition, d'éducation populaire et de transformation sociale. Et je me suis rendu compte d'une chose : tout ce que nous explorons, comprenons et mettons en lumière dans le monde de la recherche — notamment en éthologie — ne peut pas rester cantonné au milieu académique. Ces savoirs doivent aussi être partagés, transmis et rendus accessibles au plus grand nombre. C'est précisément l'enjeu de l'éducation populaire : créer des ponts entre la recherche scientifique, la vulgarisation et les citoyen•nes. Progressivement, j'ai également compris que, face aux défis liés à la préservation des écosystèmes et à la justice sociale, il ne suffisait pas seulement de produire des connaissances, mais les rendre accessibles et les partager. Pour faire évoluer les choses en profondeur, il faut aussi travailler avec l'humain, accompagner les changements de posture, favoriser la coopération et apprendre à mieux faire collectif.
J'ai donc quitté le monde de la recherche avec cet objectif, et une conviction profonde de l'importance de recréer du dialogue, de la discussion fertile, du désaccord fécond comme dit Patrick Viveret, sur ces sujets de société que son les enjeux de transition agricole, de transition écologique, de transition énergétique, éducatif, d'autre manière d'habiter notre planète... J'ai d'abord rejoins le monde de la vulgarisation scientifique, puis assez vite, le monde de l'éducation populaire pour essayer de transposer tout ça et dire : si nous voulons essayer de faire bouger les lignes et de préserver le vivant qui nous entoure, il va falloir recréer du dialogue et du lien entre les humains, qui sont, eux aussi des animaux sociaux, un levier pour préserver notre planète et le vivant qui l'habite.
Voilà comment je suis, petit à petit, arrivée dans le monde de la coopération. Et plus récemment, dans le monde de la robustesse.
Si tu avais à raconter un ou deux projets de coopération dans lequel tu t'es impliquée, quels seraient-ils ?

Territoires d'expérimentation et le réseau de la coopération en Pays d'Uzès
C'est une dynamique qui a démarré il y a déjà quelques années sur le territoire où j'habite, dans le Gard, et dans laquelle j'ai à la fois été impliquée bénévolement dès mon arrivée sur le territoire, en 2017, puis professionnellement grâce à un projet que j'ai coordonné au niveau national au sein des Colibris, entre 2020 et 2023, et qui s'est décliné sur 3 territoires, dont le Pays d'Uzès.
Quand je suis arrivée sur le Pays d'Uzès en 2017, je travaillais déjà, en partie, pour les Colibris, j'animais le réseau des groupes locaux et coordonnais, avec un collègue, Vincent Tardieu, l'agora des colibris. C'est tout naturellement, que j'ai intégré les réseaux associatifs locaux et mis mes compétences de facilitatrice, médiatrice au service des réunions ou de projets locaux, comme l'organisation annuelle de la fête des possibles. Il y avait déjà une belle dynamique associative que ce soit sur les sujets du social, de la santé, de l'écologie ou de l'alimentation.
Puis, en 2020 avec un de mes collègues du mouvement Colibris, Vincent Tardieu, nous avons créé, en partenariat avec une dizaine d'associations nationales (le Mouvement pour une économie Solidaire – le MES, ATD quart monde, Terre de liens, Démocratie ouverte, Attac, le collectif pour la transition citoyenne,...), le projet qui s'appelait territoires d'expérimentation. Ce projet était un peu dans la continuité du projet Agora des Colibris, qui consistait à faire dialoguer différents acteurs de la société civile, des institutions,..., sur des rencontres de deux jours, quatre fois par an, sur un sujet de société. Exemple : comment rendre accessible une alimentation de qualité au plus grand nombre de personnes, la place du lien à la nature, du lien au vivant, dans l'éducation, les nouvelles formes d'installation en zone rurale, construire ensemble les transitions sur les territoires.

Ces Agoras fonctionnaient très bien, et lors des deux dernières éditions, il y a des acteurs qui nous ont dit que ce serait super de les décliner à l'échelle d'un territoire pour aller plus loin, pour creuser ces sujets de société entre acteurs d'un même territoire, avec les élus, les associations, les entreprises, les habitants, se dire comment, collectivement, il est possible d'apporter des solutions qui soient adaptées à notre territoire. Et donc, nous avons développé ce projet Territoires d'expérimentation, avec la dizaine d'acteurs que j'ai cités précédemment, où chacun avait une expertise différente et, donc complémentaire. Ainsi, après un appel à manifestation d'intérêt, nous avons accompagné trois territoires, Kembs en Alsace, l'Essonne et le territoire du Pays d'Uzès, dans le Gard.
Je réalisais à la fois la coordination au niveau national et j'accompagnais les territoires. En Pays d'Uzès, cela a permis de créer, de développer localement ce qui a été appelé l'atelier citoyen en Pays d'Uzès. Une sorte d'assemblée citoyenne, telle que la convention citoyenne qui a eu lieu sur le climat. Mais, nous en avons tiré un enseignement, qui était d'intégrer dans l'assemblée, des élus et des techniciens. Intégrer les organes de décisions et les instances qui pourraient contribuer à la mise en œuvre des solutions qui émergeraient de cet atelier, pour éviter que les propositions se retrouvent dans un placard.

Le sujet retenu portait sur les enjeux de souveraineté alimentaire, avec une attention particulière au soutien de l'installation de nouveaux paysans et nouvelles paysannes sur le territoire. Comme un projet alimentaire territorial était déjà en cours de développement, le collectif local a choisi de s'appuyer sur cette dynamique et ainsi de coopérer avec la communauté de communes porteuse du PAT. Cela permettait à la fois de renforcer une initiative existante et de recréer du dialogue entre les acteurs de la société civile et la collectivité territoriale.
L'atelier citoyen a fait émerger un cahier des charges très construit qui a fait réfléchir plus de 25 personnes, sur les conditions nécessaires à l'installation de nouveaux paysans, sur les enjeux de viabilité économique des paysans, la création de filières, la mutualisation possible de bâtiments, d'outils,... Des réflexions qui touchent le monde agricole, un monde où il n'y a pas d'espace de dialogue et de discussion entre les paysans, et encore moins avec les collectivités ou les habitant•es. Il en ressort la création d'un Espace test agricole avec pour intention de soutenir l'installation de nouveaux paysans, mais aussi de préserver le foncier agricole, de proposer des espaces de partage des savoir-faire, des pratiques agricoles, des expérimentations. Ces espaces de dialogue et de discussion, permettront de dire « moi, en tant que paysan•ne, j 'aurai besoin de ceci, ma problématique, c'est cela », et permettre à d'autres de se dire : « mais moi, je peux répondre à ton besoin », et donc de créer plus de coopération dans le monde agricole, de la production à la transformation, en passant par la commercialisation. D'où le fait de ne pas mettre que des paysan•nes, mais aussi des collectivités, des entreprises des habitant•es, parce que la solution se construit à plusieurs.Cela a été un projet qui a permis de montrer qu'il est possible de recréer du dialogue entre des associations, des institutions ou des personnes ayant des visions différentes du développement du territoire, de types de production ou de vision de l'agriculture, et collectivement de faire émerger des solutions constructives pour le territoire et ses habitant•es.
Ce projet a en quelque sorte permis, comme dirait Laurent Marseault, de faire vivre une expérience irréversible de coopération à ces acteurs du Pays d'Uzès ! Du coup, quand l'accompagnement de Territoires d'expérimentation s'est terminé, les acteurs se sont dit : « nous ne pouvons pas nous arrêter là ! Et à la demande d'un acteur local, Lucas Botebol de Pollen Buvette, et avec Adrien Boulon de l'Abrix Bar, nous avons proposé d'organiser une nouvelle session de travail autour des enjeux de coopération. Une journée de travail précédée par la conférence gesticulée de Laurent Marsault. Une conférence bousculante « Comment nous organiser pour éteindre les incendies qui nous menacent ? » qui a nourrit les travaux de la journée du lendemain. Nous étions une vingtaine, trentaine d'acteur•ices associatifs, convaincu•es de la nécessité de sortir de nos silos, d'arrêter de jouer le jeu de la compétition et de passer en posture de coopération. Et se dire : « la personne en face, même si je ne suis pas d'accord avec elle, elle peut amener une solution, une réponse, et je peux essayer moi aussi, de faire bouger mon positionnement ».
Cette belle journée de travail a fait naître un collectif qui s'appelle aujourd'hui le réseau de la coopération, qui regroupe une vingtaine de structures qui a vraiment envie de travailler sur les enjeux de préservation des communs du territoire, l'eau, la biodiversité et les sols, de penser et expérimenter l'agriculture de demain, de travailler aussi sur les enjeux culturels. Comment la culture est un essentiel qui vient contribuer au récit et à la vie de son territoire. De travailler sur les questions de l'accueil des migrants. Le Pays d'Uzès est un territoire très touristique qui accueille, d'une certaine manière, deux types de migrations. D'un côté, des personnes venues de pays plutôt favorisés, souvent bien intégrées et bien accueillies, notamment parce qu'elles participent activement à l'économie locale à travers leur pouvoir d'achat et leur consommation. De l'autre, des personnes originaires de pays du Sud, parfois en guerre, dont la présence est plus souvent perçue sous l'angle de la contrainte que de la contribution. Pourtant, elles participent elles aussi pleinement à la richesse du territoire, par leur travail, leur consommation et leur implication dans la vie locale. Mais au-delà de l'aspect économique, elles apportent également quelque chose d'important : un autre regard, d'autres cultures, et une diversité humaine qui constitue une richesse fondamentale pour le territoire.
Un des enjeux de notre territoire et de ce collectif, est d'articuler tout ça, de donner du sens, de créer du lien, du liant, d'accompagner à penser collectivement la robustesse de notre territoire. Sa viabilité à long terme et sa stabilité à court terme en mettant tout le monde autour de la table, en ne laissant personne de côté.C'est un projet que j'ai coordonné longtemps bénévolement et depuis ce début d'année, nous avons obtenu un soutien financier de deux financeurs, ce qui a permis au collectif de décider que je sois la coordinatrice officielle, rémunérée pour ce projet de territoire.
Est-ce que tu pourrais nous présenter un peu le projet de l'appel à communs du Gard et ta participation dans ce projet ?
L'appel à communs du Gard s'inscrit dans une dynamique départementale plus large : le schéma départemental de l'Économie Sociale et Solidaire du Gard. Ce n'est pas une compétence obligatoire, seul un tiers des départements français ont désigné une vice-présidence à l'ESS, dont le département du Gard. Affirmant sa volonté de développer l'ESS, le département a souhaité définir une stratégie de mise en oeuvre et un plan d'actions en élaborant son nouveau schéma départemental de l'ESS.

Pour cela, il a choisi une méthode intéressante et innovante, le Design Social et l'utilisation d'outils qui favorisent l'intelligence collective, et a fait appel à La SCOP « La grande bobine », spécialisé dans ces domaines. Ensemble, ils ont dessiné les différents temps de concertation à réaliser auprès des acteurs de l'ESS Gardois. Des temps qui ont permis de faire émerger les 4 axes du Schéma de l'ESS du Gard, et les actions qui en découlent, dont l'appel à communs du Gard.
Cette notion d'appel à communs, a fait son chemin dans les têtes de différents acteurs de l'ESS, dont certains avaient entendus parler de la conférence de Laurent Marsault, qui parle de la « tragédie du LSD », des silos de « libristes, solidaristes, durabilistes » et qui invite à la coopération plutôt qu'à la compétition. Et donc, lors de la concertation un des acteurs a exprimé : « Arrêtez de nous mettre en compétition dans les appels à projets et essayez plutôt de favoriser les dynamiques de coopération ». Ça a fait écho au sein du département et renforcer la volonté, déjà existante, de créer un réseau des acteurs de l'ESS du Gard. Tout cela s'est construit avec le réseau des acteurs de l'ESS gardois, et cet appel à communs fait partie de ce schéma. Il a lui aussi été construit dans une démarche de concertation. Le département a ensuite été accompagné par des acteurs comme Laurent Marseault et R(d)évolution pour la création de la plateforme Gard centrale.
Pour créer son appel à communs, le département du Gard, s'est posé tout un tas de questions :
Qu'est-ce qu'un commun ? Qu'est ce que ça veut dire de créer un appel à communs ? Quel financement allouer ? Est-ce que c'est une seule session, plusieurs sessions ? Si pluriannuelles, sur combien d'années ? Quels sont les critères de sélection des projets retenus ? Il y a vraiment eu un travail sur tous ces enjeux, puis sur quels sont les outils collaboratifs et numériques qui seront au service de cet appel à communs ? Le département, s'est entouré d'acteurs bien engagés sur ces sujets, pour construire à la fois une plateforme, un cadre qui définit les contours et l'éthique de l'appel à commun.
Dans le cadre de la première session de l'appel à commun, Marie Pilés, co-gérante de la CAE (Coopérative d'activités et d'emploi) Mine de talents, a fait le constat qu'aucune documentation de cette initiative et de ses impacts n'étaient prévus. Elle m'en a parlé et nous avons pensé que ça pourrait être intéressant de documenter cet appel à communs. Nous avons donc co-rédiger une proposition de création du Labo des communs auprès du CD 30, avec comme intention de documenter l'initiative, sa méthodologie, ses process, les acteurs impliqués..., mais aussi d'en mesurer les impacts territoriaux. Quels impacts directs de l'appel à communs sur l'évolution de la coopération, de la création et gestion des communs sur les territoires soutenus ?
Pour ce travail, nous nous sommes entouré d'autres partenaires, des universitaires de Nîmes et Montpellier, de l'IMF RIS (Institut Méditerranéen de formation, recherche et intervention sociale) d'Avignon, d'ALISS. Notre proposition a répondu à un besoin du département. Ils avaient la volonté de documenter l'appel à communs, mais n'avaient pas les compétences en interne. Ils se sont donc saisis de cette proposition, et nous avons ainsi obtenu un financement qui nous a permis de créer officiellement le Labo des communs.
Depuis son lancement, le département du Gard a reçu beaucoup de demandes, venant d'autres départements ou collectivités territoriales, sur la méthodologie et l'ingénierie de projet de création d'un appel à communs. C'est pourquoi, nous sommes en train de travailler à la création, non pas d'un guide méthodologique papier ou numérique, mais à un parcours en ligne qui sera disponible sur la plateforme « Gard centrale » (Yeswiki) qui possède une extension qui permet de créer des parcours un peu ludiques. Ce parcours permettra aux structures qui souhaitent créer un appel à communs de se poser les questions clés avant de se lancer, il partagera la méthodologie de celui initié par le CD30, ainsi que des témoignages d'élu•es, d'agent•es, et proposera des exercices de mise en situation.
Nous travaillons en parallèle à la réalisation d'une monographie du Département du Gard, et à l'analyse des projets de communs déposés en session 1.
Si tu avais à citer une difficulté dans la coopération, quelle serait-elle ?
Je dirais qu'il y a deux difficultés dans la coopération. Il y a les enjeux de temps, et les enjeux de posture de coopération et de dialogue entre les parties prenantes.
Sur la première, la notion de temps, se cache l'injonction de performance, qui est de devoir aller vite, de produire vite, que tout soit efficace tout le temps, etc. Ce rapport au temps suit l'adage : « Tout seul on va plus vite ! » et oublie la partie « Ensemble, on va plus loin ». Des projets de coopération signifie qu'il faudra coconstruire à plusieurs, et travailler avec des personnes de sensibilité, d'avis, de temps d'intégration, etc., différents. Dans des projets de coopération multi-acteurs, s'ajoute un point supplémentaire. Selon que ce soit des associations, des bénévoles, des entreprises ou encore des institutions, le fonctionnement tel que les modalités de prises de décision ou la hiérarchie, mais aussi les temps disponibles et les créneaux horaires disponibles ne sont pas les mêmes. Revoir son rapport au temps est fondamental.
Cette notion de rapport au temps, inclus aussi l'enjeu de réussir à prendre du recul sur ses projets, de réussir à prendre un peu de hauteur. Je trouve que c'est quelque chose d'assez compliqué, parce que tout le monde est dans sa roue de hamster et n'arrive pas, sauf accident, à sortir de cette roue de hamster pour faire un bilan de là où en est le projet, va t-il dans la bonne direction ? Comment se sentent les personnes impliquées, etc.
La deuxième difficulté que je trouve de plus en plus complexe, c'est la polarisation qui s'amplifie entre les personnes. Certains me disent que ça fait des années que les conflits existent, mais personnellement, je trouve que ça se cristallise de plus en plus, et qu'il devient de plus en plus compliqué pour certaines personnes de s'exprimer sans partir dans les émotions telle que la colère, parfois la violence. Il y a une incapacité de plus en plus forte à réussir à dialoguer, à échanger, à discuter sans être dans des éclats de voix, sans être dans des charges émotionnelles énormes, des interprétations dues au fait que les personnes ne s'écoutent plus, ou pas. Nous ne sommes plus dans des débats d'idées avec argumentation raisonnée, mais dans des débats où l'affecte prend le dessus entraînant des mésinterprétations, qui alimentent encore plus les tensions... L'objectif commun et d'intérêt générale s'en trouve parfois complètement perdu. Des comportements qui handicapent le collectif dans sa capacité à faire ensemble et être créatif. Tout peut être mal pris. Il est nécessaire de toujours peser ses mots, mais parfois ça ne suffit pas. Une des conséquences est que les personnes n'arrivent plus à parler, à communiquer sincèrement, à se dire les choses de manière authentique, en confiance. Soit ça part en éclat, soit ça ne se parle plus avec effet cocotte minute et quand ça explose, c'est trop tard ! Le dialogue et l'écoute deviennent compliqués.Un des enjeux des années en cours et à venir, c'est de recréer des espaces de discussion sécures, où désaccord n'est pas égale à désamour. Des endroits d'écoute active, qui permettent de dialoguer en sincérité, sans jugement hâtif, de pouvoir être transformé•e par les arguments de l'autre et ainsi, parfois de renoncer à son positionnement, car peut-être qu'il n'est pas le plus judicieux pour le collectif, ou la situation discutée.
À l'inverse, en facilitation, qu'est-ce qui semble facilitateur pour la coopération ?
Ce qui me semble facilitateur pour la coopération, c'est le lien, la relation, les rencontres et le fait d'instaurer des temps informels, de recréer des temps de convivialité, de discussion, de rencontres qui ne sont pas cadrés par des réunions ou des outils d'animation. Il faut inviter la joie dans nos manières de faire ! Il est nécessaire de re-créer et entretenir le lien. Plus on va apprendre, créer de la confiance, tisser du lien, être à l'écoute, prendre soin de soi et des autres, cultiver la joie et plus la coopération sera faciliter.
Je vais reprendre ma casquette d'éthologue : je pense que nous gagnerions à nous inspirer un peu plus du vivant. Chez les animaux sociaux non humains, les individus consacrent beaucoup de temps à relationner avec les autres, à créer et à entretenir des liens avec leurs congénères. Par exemple, par le jeu chez les jeunes, mais aussi entre le jeune et les parents ou la fratrie, et ce, quelle que soit l'espèce. Vous pouvez observer le grooming chez les chevaux, l'épouillement chez les singes, du léchage, chez les ongulés, et bien d'autres comportements qui participent à la construction et au maintien des relations sociales.
Chez ces animaux, le temps consacré aux interactions et aux liens n'est pas cantonné à des moments précis de la journée, il est continu. Les relations se nourrissent et se cultivent constamment.
Dans nos sociétés humaines, en revanche, nous évoluons souvent dans des rythmes où tout doit être productif et entrer dans des cases. Un point qui m'a interpellé au cours d'un atelier sur le rapport au temps, est que nous avons tendance à opposer l'Être et le Faire. Soit nous sommes dans l'Être, soit nous sommes dans le Faire. Être n'est pas Faire et Faire n'est pas Être. Lorsque nous sommes dans l'Être, nous avons parfois l'impression de ne rien Faire, rien produire. Cette vision est assez réductrice. Quand nous sommes avec quelqu'un, nous sommes certes dans l'Être, mais nous sommes aussi en train de faire quelque chose : nous créons du lien, nous apprenons à nous connaître, nous développons de la confiance, nous construisons des relations. Ce sont des actions à part entière, même si elles ne semblent pas productives, elles contribuent au vivre ensemble, à faire société.
C'est pourquoi changer notre regard devient essentiel. Si nous voulons développer nos capacités de coopération, nous devons cultiver notre lien à nous-mêmes, aux autres humains, mais aussi au vivant dans son ensemble. Il nous faut recréer ces espaces de présence, d'interconnaissance, de convivialité et de joie partagée. Ce sont ces moments qui nous permettent de mieux comprendre l'autre, de mieux nous comprendre nous-mêmes et, finalement, de mieux coopérer, car la capacité à être transformé par l'autre et en conséquence la capacité à renoncer deviennent possibles. Là aussi, chez les animaux sociaux non humains, le renoncement est bien présent, car il est primordial pour maintenir la cohésion du groupe et en conséquence la survie de celui-ci.
Et à propos de vivants et de robustesse, qu'est-ce qui t'a amené à participer aux démultiplicateurs de la robustesse.
C'est vraiment le fait d'inviter à s'inspirer du vivant. Comme je l'ai partagé, j'ai un doctorat en éthologie, durant lequel j'ai étudié et modélisé les déplacements collectifs de troupeaux. J'ai étudié les mécanismes individuels qui sous-tendent les comportements collectif lors de déplacements sur de longues distances. Qui initie ? Comment se prennent les décisions, comment les individus maintiennent la cohésion du groupe ? Il y a énormément de concepts que j'ai pu travailler durant ces années de recherche qui, finalement, se retrouvent dans les démarches d'accompagnement à la coopération que je mène auprès des organisations. Les liens sont nombreux, et les parallèles que je peux établir au cours de mes accompagnements permettent de nourrir les réflexions et peuvent parfois ouvrir des pistes. Jusqu'à ce que j'intègre ce collectif, je ne me permettais pas toujours de faire des parallèles, car tout le monde n'est pas forcément enclin à être comparé aux animaux sociaux... alors même que ces parallèles peuvent permettre de prendre du recul, ou peuvent offrir des clés de compréhension intéressantes pour penser nos manières d'être ensemble et de coopérer.
Aujourd'hui, je l'affirme beaucoup plus. Je propose même des ateliers ou formations contenant des séquences d'animations avec des jeux de rôles construits sur la base de mes travaux et de ceux de mes anciens collègues éthologues. En démocratisant cette notion de robustesse, Olivier Hamant a en quelque sorte, permis de rendre audible ce discours. La création de cette communauté de démultiplicateur•ices, me rassure, fait que je ne me sens pas seule à porter ce message et à être convaincue que c'est en nous reconnectant au vivant et en s'inspirant de lui, que nous pourrons transformer notre regard sur le monde. La condition est d'accepter que nous faisons pleinement partie de ce vivant, que nous en sommes dépendant•es et que nous ne sommes pas séparé•es de lui.
Cette prise de conscience nous permettra d'envisager autrement nos relations, nos organisations et nos manières d'agir. Elle ouvre la possibilité de faire évoluer nos pratiques, de dépasser certains blocages, pour finalement, mieux vivre ensemble.
C'est aussi ce qui m'a conduite à rejoindre ce réseau. Car il y a, selon moi, une véritable urgence à réintégrer cette compréhension du vivant dans nos façons de faire, de coopérer, d'habiter nos territoires et, plus largement, d'habiter le monde. Il y a d'autres manières d'être vivant, comme le dit si bien Baptiste Morizot. Et le vivant en est un bel exemple.
Cette notion, ce concept rencontre un écho de plus en plus important, qu'est ce qui explique pour toi, que les gens qui adhèrent à cette idée aient envie effectivement d'y participer ?
Nous sommes dans une société où l'injonction de la performance prime. C'est la course pour tout, il faut aller vite, il faut produire, faire de l'argent, et tout ça amène plein de burn-out, à plein d'endroits. Les gens sont épuisés, sont fatigués, n'ont plus le temps pour rien. Ni pour eux, ni pour leurs enfants, ni pour aller se balader dans la nature. Une nature elle aussi mal en point. Alors que lorsque nous leur parlons de robustesse et des principes du vivant, nous parlons de faire ensemble, nous parlons de lenteur, de prendre le temps pour soi, pour les autres, pour se balader, respirer, de ce fameux lien, nous leur parlons de coopération, etc. J'ai l'impression que les gens se retrouvent dans ces notions, ces principes de vie, ce besoin de connexion aux vivants et de retrouver ce même rythme beaucoup plus naturel. Ils sont vivants, et je pense que c'est ça que nous leur apportons aussi, de dire que nous sommes du vivant. Nous sommes comme les animaux, comme les végétaux,..., nous avons besoin de contacts et d'interactions, nous avons besoin de faire ensemble, de vivre ensemble, de coopérer et non pas d'être en guerre, en conflit permanent. Nous sommes des animaux sociaux et donc nous avons besoin d'être en relation. Nous avons besoin de prendre le temps d'apprendre à se connaître, d'apprendre à connaître l'autre, d'apprendre ou ré-apprendre à observer. Se poser la question de savoir si nous sommes dans la bonne direction ? Est-ce que nous ne sommes pas juste en train de courir bêtement et d'aller s'emplafonner contre un mur ?
En novembre dernier, j'ai animé une intervention au CNFPT, en Corse, au cours de laquelle j'ai proposé aux participants et participantes de se mettre dans la peau d'animaux sociaux non humains afin d'expérimenter différentes formes de leadership, de prise de décision et de cohésion de groupe. J'avais construit ce jeu de rôle à partir de mes travaux de thèse.
Lors du débriefing, j'ai notamment expliqué que, chez de nombreuses espèces animales sociales, ce n'est pas nécessairement l'individu dominant qui initie les déplacements collectifs. Chez les babouins, par exemple, plusieurs travaux ont montré que les décisions émergent souvent des besoins du groupe et que les femelles jouent un rôle central, notamment lorsqu'elles sont gestantes ou allaitantes. Que n'importe quel individu, s'il possède une information pertinente pour le groupe peut provoquer un déplacement. J'évoque également les observations réalisées chez les chimpanzés, où certains individus dominants consacrent une partie de leur énergie à maintenir la cohésion du groupe et à protéger les plus vulnérables. Des éthologues ont ainsi rapporté des situations où des individus blessés ou handicapés bénéficient d'une attention particulière lors des déplacements. Le mâle dominant les aidant les individus mutilés par des pièges à traverser les routes.
Ces exemples viennent souvent bousculer plusieurs de nos représentations. Celle du leadership, trop souvent réduit à la notion de leader / meneur / despote. Celle de la place accordée aux hommes et aux femmes. Dans nos sociétés humaines, les fonctions de soin et d'attention aux vulnérabilités restent majoritairement portées par les femmes, tandis que les espaces de pouvoir et de décision sont largement concentrés par les hommes. Alors qu'il n'est pas rare d'observer l'inverse chez les animaux sociaux non humains. Ce parallèle bouscule aussi notre rapport au renoncement. Chez les animaux sociaux, si l'un ou l'une des initiatrices d'un déplacement concentre l'adhésion, le ou la seconde renonce à sa proposition de direction, favorisant la cohésion du groupe, et donc l'intérêt collectif plutôt que son intérêt individuel. Là aussi nous avons un enseignement fort à en tirer... La capacité à renoncer... Cela bouscule également notre regard sur le concept de vulnérabilité. Dans notre monde de compétition, la vulnérabilité n'a pas sa place, il ne faut surtout pas en parler. Alors qu'elle est à la base de la coopération. La coopération se construit sur le partage sincère de ces vulnérabilités, et bien évidemment sur son accueil bienveillant, cela permet une réelle complémentarité. Vouloir tendre à la perfection, met une pression énorme sur les épaules. Durant cet atelier, j'ai pu observer des épaules se relâcher, et des participants souffler et dire : « ah ouais, c'est vrai, en fait, je ne suis pas obligé de tout porter, d'être responsable de tout. Je peux alléger le sac à dos ».C'est ça que je trouve intéressant dans la robustesse et qui, je pense inspire, attire les gens : ça soulage, allège, et ça permet de faire un pas de côté.
Dernière question : est-ce qu'il y a des lectures ou des personnes qui t'ont influencé au niveau de la coopération ?
Oui, il y a plein de choses, je ne sais pas qui citer. Il y a plusieurs lectures qui m'ont inspiré sur la coopération et le vivant.
Tout d'abord le monde de la recherche en éthologie. Dès mes années de fac, ça m'a beaucoup nourrit ! Puis, il y a les lectures de Pablo Servigne (L'entraide, l'autre loi de la jungle. Une autre fin du monde est possible), de Baptiste Morizot (Les Diplomates, Manières d'être vivant, Raviver les braises du vivant). Dans un autre registre, mais toujours sur la notion de vivant, d'inter-dépendance, d'imaginaires collectifs et de rapport de domination, Patrick Chamoiseau (Les Neuf Consciences du Malfini, Le Conteur, la Nuit et le Panier), Bell Hooks avec L'envie de changer, Nathalie Achard (Mon privilège, ton oppression, La communication non violente – À l'usage de ceux qui veulent changer le monde), Makan Fofana avec la Banlieue du Turfu, Eloi Laurentavec notamment Coopérer et se faire confiance, et bien d'autres. -
Robustesse : Comment apprendre, pratiquer, coopérer ?
3 avril, par Michel Briand — IPVoici la retranscription de la session « Robustesse : Comment apprendre, pratiquer, coopérer ? »
avec Gatien Bataille, Laurent MARSEAULT, Michel Briand, Olivier Hamant et Vanessa BARBIER au second Forum de la coopération à Chambéry – Le bourget du lac.Le Forum de la Coopérationest un événement de deux jours dédié à l'exploration de la coopération : comment elle se crée, comment elle se vit, comment elle se renforce, comment elle transforme.
Ce n'est pas un cycle de conférences. C'est une expérience pédagogique immersive, un espace pour explorer, questionner, jouer, s'étonner et construire des communs ensemble.
Gatien Bataille : on va vous présenter le collectif larobustesse.org sous forme d'une histoire vécue qui explique pourquoi ce site est né et pourquoi tous ces communs sont là, à travers les différents onglets qui sont apparus sur le site.
La rencontre, de la conférence à la formation
L'histoire commence en février 2023, [Olivier Hamant](https://larobustesse.org/?OlivierHamant/iframe) passe dans une émission sur une radio belge : « Déclic le Tournant » qui est portée par un journaliste qui s'appelle Arnaud Ruyssen et qui a beaucoup d'écho en Belgique. J'entends cette émission et je suis organisateur des rencontres Co-construire, qui ont lieu tous les deux ans à Tournai, en Belgique. Je prends contact avec Olivier en lui disant : « est-ce que tu penses pouvoir venir début juillet faire une conférence sur la robustesse pendant ces rencontres ? »
Et, rapidement, c'est oui, ce qui est un peu miraculeux, à ce moment-là on pouvait contacter Olivier trois mois avant l'événement et qu'il vous dise oui, maintenant on est plutôt à 18 mois..Donc, il vient à co-construire, il fait la conférence que vous avez déjà sans doute vue à droite et à gauche et comme dans plein d'endroits où, quand Olivier fait la conférence, les gens sortent plutôt enthousiastes : quelqu'un qui raconte les difficultés du monde, mais qui, en même temps, nous dit qu'il y a des solutions et qu'en fait, il suffit d'y aller.
Donc grand enthousiasme, les rencontres se terminent et après coup, j'envoie un petit mail à Olivier en disant : « Laurent et moi. on est plutôt en capacité de monter des formations ; la robustesse, cela nous a beaucoup touché, on entend beaucoup parler de coopération dans ce que tu dis ; on monterait bien si tu es d'accord une formation là-dessus : « comment passer du concept à l'opérationnel ? ». Parce que les gens nous revenaient : « c'est super, mais comment faire ? » Donc là, on envoie ce petit mail à Olivier et là, je pense que dans le quart d'heure qui suit on reçoit un message qui dit : « oui, super idée, allons-y ! »
Et donc là, petit rebond avec Olivier. pourquoi tu as répondu si vite et pourquoi tu as dit oui ? sachant que les rencontres co-construire, j'en ai fait quelques-unes maintenant avec plein d'orateurs super sympa qui étaient passés faire des super conférences à qui j'envoie quand même des mails comme ça, en disant : tiens, on pourrait faire un truc ensemble, et où il n'y a pas de réponse.
Olivier : Il y a plusieurs raisons. J'ai une petite fibre pour la Belgique, c'est mon impression : pour moi, la Belgique, est un laboratoire d'innovation sociale, en Belgique, il se passe des choses très étonnantes, très exploratoires de nouveaux terrains, et ça, je pense que ça résonne très fort avec la robustesse parce qu'on ajoute une corde à son arc. Il y a aussi l'humour belge, qui est de l'autodérision, c'est une posture basse, c'est plutôt de la robustesse. En France, on a plutôt une culture de la farce, on se moque, c'est la posture descendante. Il y avait un petit terreau favorable déjà et puis, après, il y a le côté co-construire qui s'aligne parfaitement avec la robustesse et la santé commune. Il y avait aussi quelque chose que j'avais identifié : le risque d'enfermer la robustesse dans un sac. En fait, il y a deux voies en gros quand on met un mot sur la table, c'est soit essayer d'en faire une théorie, un truc qui ne va servir à personne, un livre sur une étagère ; ou alors travailler le concept et pour que ça devienne organique et que sa vive sa vie. Quand vous m'avez contacté, en disant que cela résonne très fort avec la coopération et co-construire, alors je n'ai pas hésité une seconde, tous les voyants étaient au vert !
Gatien : En tout cas merci, c'est une belle aventure. Donc, feu vert d'Olivier pour mettre en place cette formation : par ailleurs, la région wallonne avait participé à co-construire et ayant trouvé cela plutôt sympa était prête à soutenir une suite. Laurent et moi, on retourne vers la région en proposant de monter une formation sur la robustesse, une formation un peu conséquente d'une semaine qui se vivrait en grande partie dehors et qui explorerait à la fois les concepts, mais plutôt vers l'opérationnel.
On commence à produire pas mal de contenus pour cette formation. Pendant ce temps-là, Olivier commence à être un peu plus sollicité que d'habitude, beaucoup de félicitations. Et là, tu commences déjà, toi, à nous déléguer en disant « pour tout ce qui est au-dessus de Paris, contactez Gatien Bataille ; pour tout ce qui est en dessous, contactez Laurent Marseault et puis, pour le reste, je prends ». On fait, nous aussi rapidement que lui le constat que l'on est complètement submergé de demandes. A cet égard, peut-être qu'on a fait un geste de robustesse, un peu plus qu'Olivier, c'est-à-dire qu'on a dit non assez souvent, pour préserver un peu de robustesse dans nos agendas.Laurent : C''est compliqué de rentrer dans une notion pour en faire une formation et donc régulièrement on sollicitait le « maître » en lui donnant la trame, et à chaque coup, il nous disait « c'est génial » on a complètement inversé la formation une fois, deux fois, on réorganise la totalité, « c'est génial ». Donc, du coup, c'est assez génial de pouvoir travailler en lien avec quelqu'un qui a beaucoup travaillé la notion.
Gatien : Donc, pour préparer cette formation, on créé toute une série de posters, on crée des cartes, on crée un chrono de formations et en juin 2024 débute une formation d'une semaine à laquelle tu participes. Une formation un peu expérimentale qui se passe beaucoup dehors, dans les prairies. Il y a aussi l'émergence d'un carnet qu'on avait distribué à tous les participants, une carte des supports que l'on a aussi mis dans les mains d'Olivier. Pendant cette semaine, on a cogité tous ensemble une quinzaine de personnes.
Et là, je veux bien aussi que tu fasses un petit retour sur ce qui s'est passé pendant cette formation. Je pense que tu es la personne qui a pris le plus de notes.
Olivier : C'était vraiment une super semaine qui coche beaucoup de cases de la robustesse et de la santé commune en pratique. C'est pas juste le déroulé, les mots, on met en pratique l'hétérogénéité des participants, des personnes qui viennent du monde de l'entreprise, du monde associatif, on mélange, on est dedans, on est dehors, il y a un bug dans la formation. Tout ça fait un moment d'être dans la robustesse dans la pratique, la confronter, faire atterrir le concept dans tous les sens du terme, et moi, ce qui m'a beaucoup plu, il y a beaucoup de choses qui m'ont beaucoup plu dans cette semaine passée, ce sont les participants, très engagés ; on voyait bien qu'ils n'étaient pas là par hasard ; qu'ils voulaient explorer le monde, qu'on était dans une démarche de chercheur ; le lien au vivant en étant dehors ; et puis aussi le fait que c'est une pratique et aussi presque un test de robustesse sur la robustesse. C'est qu'en fait, si on se parle ensemble,si on commence à construire des projets, est-ce que ça tient ? est-ce que ça transforme, est-ce que ça fait des choses dans les territoires ? est-ce que l'on en arrive à agréger du monde à cette notion-là ? En fait, pour toutes ces raisons j'étais très heureux et l'histoire continue.
Le site larobustesse
Gatien : Après cette cette formation, pendant cette formation, on voulait un site internet pour rendre visible ce que l'on faisait. En général tout ce que l'on fait Laurent et moi est mis en ligne sous une licence Creative Commons by sa : c'est récupérable, chacun.e ré-utilise la partie qu'il veut et c'est modifiable partout. Donc on crée un peu avant la formation, un site qui s'appelle larobustesse.org Petite anecdote : c'est larobustesse parce qu'en fait il y avait aussi un site « robustesse.org » déjà pris et la personne qui gérait les robustesse.org, .fr, .be .. était d'accord pour nous céder les droits sur le site internet, mais il y avait pour nous un petit préalable important, pour nous la notion de partage est essentielle, et sur ce point il y avait un petit soucis d'alignement pour ce site robustesse.org qui est sous copyright.
Les cafés robustes
Toujours est-il que pendant la formation, le soir, on se retrouve chez moi sur la terrasse, il faisait super beau, cette semaine là, c'était formidable et en prenant un petit apéro, on discute avec Olivier : voilà, tu es de plus en plus sollicité, tu as tendance à répondre oui à chaque fois que quelqu'un te demande quelque chose, vous pouvez lui écrire un mail, il répond, tu lui poses une question, il répond, si tu reposes la même question,il répond,, c'est formidable, c'est de la redondance. Pour soulager un peu son agenda, on lui a proposé de faire des cafés robustes : « est-ce que tu serais d'accord de nous accorder une heure de temps en temps, une heure par mois pour que, plutôt que de répondre à la question de manière un peu récurrente dans les mails, que, nous, on collationne les réponses des questions auxquelles tu es confronté, pendant une heure, un midi par mois ».
C'est parti, c'est né de cette formation et ça s'est mis en route quelques mois plus tard. Maintenant cela vit et vous trouvez sur la page des cafés robustes les contenus de la dizaine de cafés robustes.
Cette partie café robuste vit sa vie et l'enjeu qui était derrière pour nous, était toujours et encore de produire des communs, mais pas nous, pas toi, nous allons produire des communs autour de la notion robustesse. Pendant ces cafés à la fois, nous t'écoutons sur un sujet, mais tu nous questionnes sur un sujet, et nous faisons de la documentation croisée, plutôt que de t'attendre que tu puisses écrire ou que quelqu'un décide d'écrire, nous écrivons une documentation sur la notion pour continuer à la faire vivre.Les démultiplicateurs de la robustesse
Une deuxième chose qui émerge de cet échange à la terrasse à partir du constat d'être submergé par les demandes, qui t'arrives, où tu ne peux pas répondre moins d'un an à l'avance c'est l'idée de mettre en place une formation de formateur, une formation de démultiplicateur à la robustesse. De nouveau, tu dis oui, et de cette idée initiative est née la communauté des gaston dont on parlera plus tard.
Je veux bien que tu réagisse par rapport à ces deux choses qui se sont passées en sortie de formation. Un plan commun qui se construit et puis cette idée d'essaimer et de faire vivre de la notion.
Olivier : C'est un peu l'idée que je passe sur le siège arrière pour que la notion vive sa vie sans moi, ou moins devant. L'idée d'avoir des contenus partagés, partageables, des personnes qui s'impliquent pour en parler, d'avoir les cafés robustes, ou au début, c'est beaucoup moi qui parlait, et maintenant, de moins en moins, plus les invités, cela c'est super, une sorte de decrescendo. Le but, c'est que je n'anime pas beaucoup larobustesse ce serait très contre-productif et aussi que ça enferme la notion. Juste être biologiste pour en parler c'est une aberration. On est linguiste, on peut parler de robustesse, on est ingénieur, on peut parler de robustesse... Surtout c'est beaucoup plus pluriel, c'est beaucoup plus riche quand c'est porté par des personnes différentes, c'est incarné différemment. Là c'est le cas il y a plein de personnes qui en parlent très bien avec leur expérience de vie. Les cafés robustes, c'est un peu le carrefour, un petit carrefour où on se rend, où on se croise, pas tous, on n'est pas dans la performance. Il y a des sujets qui viennent et à moi et, ça me nourrit énormément. Quand on a eu la discussion sur le revenu de base, cela m'a permis de clarifier quelques trucs, j'ai encore du chemin à faire, évidemment, mais ça permet quand même à chaque fois d'avancer. C'est comme un grand laboratoire et ça me plaît beaucoup.
Gatien : Je poursuis l'histoire... Suite à la formation, il y a pas mal de productions qui émergent de cette formation qu'on décide de rendre visibles : des formats d'animation qu'on avait conçu pour la formation, des trames de formations, des posters, des carnets.. Nous faisons un choix fort par rapport à la licence pour que ces contenus sur larobustesse soient récupérables, que les gens puissent l'utiliser pour faire d'autres formations, des sensibilisations, et déclinent ça effectivement autour d'eux. On fait aussi des cartes, des cartes de fluctuations, des cartes sur les concepts, sur les grandes notions, les incontournables..
Et émerge rapidement l'idée d'un agenda, parce qu'étant donné qu'une petite pierre a été déposée avec des contenus récupérables, y compris pour des activités commerciales, d'autres personnes disent : j'aimerais bien faire de la formation et m'appuyer sur ce qui existe comme le chrono de formation que vous avez déposé là et qui dit qu'est-ce qu'on a fait le lundi, ce qu'on a fait le mardi, le mercredi, avec les détails, les objectifs qu'on veut, tout est là. Du coup émergent d'autres idées de formations, d'autres idées d'animation, et donc l'agenda est validé.
Et donc pour nous, effectivement larobustesse peut devenir un espèce de portail, certainement pas le seul, sur lequel pourraient s'appuyer quelques-unes des formations qui se mettent en place autour de de la robustesse. Mais cela avec un parti pris un peu fort qui est de dire si vous voulez déposer une formation.sur cet espace, c'est tout à fait possible, il suffit de remplir un formulaire, rien de compliqué, par contre la robustesse, c'est le partage, la coopération, la redondance, c'est l'inverse de l'efficience. Pour rester en cohérence avec la notion défendue et éviter de faire de la robustesse le nouveau concept, pour faire un peu plus de « comme avant », nous avons fait le choix de n'accepter ici que des formations qui partagent leur contenu de cours à minima sous licence CC by sa. Sans cet engagement fort, du coup, vous n'êtes pas référencé ici, c'est un peu brutal, mais c'est complètement assumé. Cela fait pas mal de de frictions, de discussions avec des structures, des personnes qui voudraient arriver sur le site mais pour lesquelles la difficulté de faire du partage est un peu compliquée. Pour nous l'idée de fournir les contenus en amont de la formation, même si on n'a pas payé la formation, est très importante pour rester en cohérence avec le propos.
A propos du « CC by sa »

Laurent : En France dès que vous publiez des contenus le droit d'auteur s'applique automatiquement, même si vous mettez vos contenus sur internet, personne ne peut réutiser les contenus sans votre autorisation écrite et explicite, sans qu'il y ait un contrat qui soit signé. Il y a plein de gens, notamment dans l'économie sociale et solidaire qui pensent que publier sur internet c'est partager, non ! pour partager, il faut que l'auteur et seul l'auteur peut le faire élargisse les droits d'usage. Pour cela il y a des licences qui se rajoutent au droit d'auteur, qui permettent d'élargir le droit d'usage. Ce sont en particulier les licences creative commons crées par un juriste Lawrence Lessig vous pouvez réutiliser un contenu mais vous devez citer l'auteur premier. Dans le cas de la licence CC by sa vous pouvez réutiliser les contenus, y compris à des fins commerciales, pour faire du business , un bouquin, aucun souci, par contre, ce que vous allez produire devra répéter la même licence, c'est la viralité de la licence que nous avons choisi. Si vous prenez ces contenus, vous prenez les diaporamas d'Olivier. Vous pouvez tout à fait les récupérer en faire vous-même des conférences, les vendre extrêmement cher, par contre, vous allez l'améliorer forcément, le contextualiser et cela vous devez le remettre dans le pot commun. C'est un principe qui est important, sur lequel ça gratte vraiment très fort. Pourquoi ça gratte très fort ? parce qu'il y a plein de gens qui voient dans la notion de robustesse le prochain mot « bankable » et pour lesquels si dans mon offre de formations, je n'ai pas mis le mot robustesse, c'est quand même pas terrible.
Effectivement la notion se diffuse, fondamentalement, on en a envie et Olivier l'a très bien dit- de « dés - Hamaniser » le concept, surtout pas que ce soit associé à une personne, qu'Olivier soit notre prochain sauveur, notre maître à tous ! ça c'était au vingtième siècle, aujourd'hui on peut imaginer penser un peu différemment. Et donc, du coup, comment on se débrouille pour que, les contenus restent vivants, que tout le monde puisse se les approprier et qu'on puisse effectivement les modifier. C'est vraiment un élément important pour lequel on a eu des heures et des heures de discussion, avec plein de personnes qui arrivent, en disant « tu comprends, c'est mon modèle économique ». Que le modèle économique soit un produit d'entrée, c'était le monde de la performance, l'idée dans le monde de la robustesse c'est que le modèle économique, soit un produit de sortie. Si on estime que cette notion-là de robustesse est une notion importante qui permettrait peut-être au monde d'aller un peu mieux, le premier qui la privatise, c'est totalement scandaleux. Donc, il y a vraiment l'idée d'affirmer ça. Et quand on parle de discussions avec tout un tas de consultants qui veulent récupérer la notion ; là, on fait de la psychanalyse. « Parce que du coup, tu comprends, si des gens réutilisent mes contenus, comment je vais vivre » Le mieux, c'est qu'on vive sur la planète, on ne va pas inverser les modes de pensée, soit l'idée, c'est que moi, j'arrive à vivre sur cette notion-là et soit plus riche que les autres, soit l'idée, c'est que ce qui se joue actuellement, c'est la survie de l'humanité sur terre, pour parler un tout petit peu cash. Quand on parle de robustesse, effectivement, c'est sympathique, c'est joyeux et il faut que ce soit joyeux. Ceci dit, il ne faut pas qu'on se trompe et cette notion du Creative Commons by sa est d'appliquer ça.
Qui valide ?
Autre élément, on a des personnes qui nous disent ok je vais partager mes contenus, mais qui est-ce qui va les valider ? est-ce qu'Olivier va les relire ? Non ! Olivier ne va pas les relire. Est-ce que du coup vous vous allez relire et valider ? Non pas du tout ! A partir du moment où tu le rends visible pour la communauté, la communauté va tout de suite renvoyer des choses. Donc, plus la notion de robustesse va se développer, plus nous on deviendrait des espèces de machins d'une pyramide, des super validateurs ou est-ce que du coup, ça devient un vrai sujet partagé. Et si jamais tu dis des bêtises, peut-être que ça va être une promesse de discussion, mais peut-être que, dans les bêtises que tu vas dire, ça va nous amener, peut-être à apprécier des choses. Et donc, c'est comment on se débrouille pour faire des communs.
Robustesse ET santé commune
Dernière chose qu'on voit aussi beaucoup actuellement par rapport à ce que dit Olivier sur la notion de santé commune, c'est de la « robustesse washing » séparée de la santé commune. C'est un autre sujet sur lequel on est hyper attentif : la robustesse c'est
rester stable à court terme et viable à long terme
Dans viable à long terme, il y a la santé commune. On voit des personnes qui nous sollicitent et qui ne prennent que la première partie de la phrase : rester stable à court terme et pour qui, viable à long terme, ce n'est pas notre boulot. Dans ce cas-là, ce n'est pas de la robustesse. Il y a un vrai travail à faire pour dire : voilà ces deux éléments sont deux éléments indissociables.
Gatien : Peut-être juste aussi par rapport à cette licence, c'est tout à fait possible de nourrir l'écosystème avec ces licences tout en en vivant soi-même. Ce n'est pas un abandon. Dans les licence Creative Commons il y a aussi des licences qui se limitent à des réutilisations non commerciales et non modifiables, nous, ce qu'on dit, c'est qu'une production qui est non modifiable, ça devient un fossile ! On nous dit mais si c'est modifiable, les gens n'ont pas bien compris ce qu'on pourra faire avec et vont sans doute détourner mon propos, ok, mais peut-être que demain tu es mort. Donc, du coup, qu'est-ce qu'on fait de ce contenu qui est fossilisé ?
L'histoire continue donc, avec ce choix fort par rapport aux productions déposées ici, et malgré tout, beaucoup de productions sont déposées, des formats d'animation, des traces de formations, des posters, des supports pédagogiques, cela commence à s'agréger très fort, et notamment aussi grâce à l'impulsion de la communauté des gastons, un démultiplicateur de robustesse, que vous trouvez dans l'annuaire « [ils peuvent en parler](https://larobustesse.org/?Annuaire) » Des personnes qui sont vraiment dans cette démarche de faire vivre cette notion, qu'elle, s'amplifie, qu'elle aille plus loin. Dans les productions de ce cet espace de travail il y a aussi maintenant des podcasts portés par Aurélie et Bastien.
Suite au café robuste, on a pas mal discuté de sujets divers et variés et pas mal de personnes, à la fin, les cafés robustes nous ont dit : en fait, une heure, c'est trop court, il faut un deuxième café.
Et donc on leur a proposé plutôt que de continuer en mode échange avec Olivier de réfléchir ensemble si vous pensez que c'est important qu'on réfléchisse ensemble sur cette notion : par exemple sur Robustesse et éducation, regroupons nous en communauté apprenante ; on démarrera d'où on est et on verra bien ce qu'on peut faire. Et quelques communautés apprenantes ont commencé à émerger en sortie des cafés robustes avec l'accompagnement d'un retraité hyperactif qui vient de Bretagne qui s'est emparé de l'animation de ses communautés apprenantes.Peut-être un un dernier rebond sur ces communautés apprenantes, qui ont dérivé des cafés robustes et de ses productions librement partagées qui piquent un peu pour des personnes qui veulent vraiment être dans l'agenda et à qui on demande de partager un petit contenu.
Olivier : Je suis vraiment très mauvais dans tout ce qui est numérique, creative commons je maîtrise très mal, j'ai découvert en effet que le CC by sa est un outil de choix pour faire des contenus partageables. Ce qui me plaît bien dans ce que tu as dit c'est que la robustesse, si on est dans le contrôle, si on veut vraiment s'assurer que c'est la robustesse parfaitement définie, consolidée, elle ne va pas vivre. En fait, ça ne me dérange pas trop que la robustesse soit récupérée parce que l'on peut voir cela comme un cheval de Troie, une fois que ça rentre, c'est difficile d'en sortir, C'est un peu comme le greenwashing : une fois que c'est rentré, c'est quand même difficile de faire sortir la question écolo. Une entreprise qui fait rentrer la robustesse dans sa raison d'être, dans sa vision stratégique ne va pas dire un jour : finalement, on a décidé de pas être robuste ! Ce qui va plutôt se passer, là on a une crise, on n'a pas bien passé la crise ? pourquoi ? notre robustesse ce n'est que du déclaratif, et ça ne marche pas. Peut-être qu'il va se passer des choses, donc, le côté cheval de Troie est intéressant et le CC by sa permet cela, c'est un outil du cheval de Troie qui permet de partager. Et aussi sur l'idée que ça peut nourrir des discussions et des désaccords féconds.
Le shift project, avec son programme pour l'économie française, va faire un rapport sur l'économie robuste. La robustesse entre au shift, c'est un déterminant, c'est une force de frappe assez forte surtout dans un milieu qui vient plutôt de l'ingénierie, de l'optimisation et beaucoup sur l'énergie. Quand on voit, le programme c'est encore beaucoup de l'énergie, il n'y a pas encore beaucoup de vivant, mais une fois que la robustesse rentre, il y aura du vivant ; Cela me paraît intéressant et c'est grâce au partagé et partageable.
Sur les communautés apprenantes, merci là aussi. c'est vraiment très joyeux cette trajectoire, ce qui est très fort là dedans : le risque permanent c'est de faire venir un expert pour s' « enrobuster », un expert ça va donner des idées, ça lance une discussion, mais si vous dépendez à 100% d'un expert c'est une béquille, c'est fragile. Quand il y a la crise, l'expert n'est pas avec vous, donc il faut avoir des compétences, des savoir-faire, une pratique locale. La communauté apprenante permet cela c'est du bottom-up émergeant On peut articuler les deux, les formations les intervenants et les communautés, et là, on a la galerie pour s'enrobuster dans les territoires. Et puis ce que j'aime beaucoup dans les communautés apprenantes avec la fine équipe, Michel et compagnie -les bretons sont quand même en avance sur les communautés apprenantes-, c'est là qu'on voit quand même que quand il y a des gens qui sont très motivés et très engagés, ça s'accélère, cela croise de tous les côtés, c'est un peu à archipel : une communauté Brest et robustesse va parler avec la communautés, Formation et robustesse. Tout ça, c'est partagé , partageable et on va se nourrit les uns des autres, c'est un archipel où le point important et là Lorenzo ne va pas nous contredire, le point fort de l'archipel, c'est l'océan, c'est le commun des communautés, le wiki permet aux ilots de se parler entre eux. Un archipel, ce n'est pas une redondance d'îlots, c'est aussi un système, les îlots se parlent entre eux et cela c'est robuste, dans les communautés apprenantes il y a à la fois l'ilot et le commun qui se parlent entre communautés apprenantes.
Michel : Merci Olivier. Après le café robuste sur l'éducation et la formation un petit groupe de personnes a continué à se réunir. On a fonctionné au début en cercle apprenant, quelque chose qu'on avait expérimenté dans Riposte créative territoriale durant le Covid puis aussi dans Riposte Créative Bretagne, Gironde et Riposte créative pédagogique. On y a expérimenté une écriture ouverte à tous où chaque fois que l'on faisait quelque chose on le mettait en ligne et contrairement à ce que peuvent penser souvent les responsables, cela ne pose pas de problème. Les gens ne se précipitent pas pour écrire des choses, on n'est pas dans des polémiques, on est dans une écriture ouverte. A la différence avec wikipédia, on pourra avoir plusieurs versions comme aujourd'hui sur le format d'animation des [conférences vivantes](https://larobustesse.org/?Conférences#) sur larobustesse.org où plusieurs versions sont proposées. Il n'y en a pas une de bonne, il n'y a pas de point de vue neutralité à respecter, chacun peut décrire sa façon de faire.
Au bout de quelques mois ce cercle apprenant en petit groupe, s'est arrêté faute de disponibilités des participants et dans le même temps de plus en de personnes étaient intéressés. On a alors élargi le cercle en communauté apprenante Robustesse et formation ouverte à toutes celles et ceux qui étaient intéressés. Une communauté apprenante c'est un certain nombre de personnes qui ont envie d'apprendre ensemble et de manière autogérée. Chaque communauté, va décider de quoi parler, est-ce que si un intervenant extérieur qui lance un débat, est-ce que c'est une table ronde, peu importe, et cela donne une grande diversité.
La première été créée en septembre 2025. Et ensuite on s'est aperçu que cela pourrait aussi être intéressant de se regrouper sur un territoire et ainsi on a proposé une communauté apprenante Robustesse autour de Rennes. Et ce qui est bien, c'est qu'il y a plein de gens qui arrivent avec de l'hétérogénéité, quelques personnes qui sont dans des collectivités, d'autres dans la consultance, l'ESS ou à l'université et ce groupe vit. On a démarré en octobre, et on a déjà 8 ou 10 animations très différentes auxquelles on n'avait pas toujours pensé : un atelier constellation, des tests de robustesse, un débat « la robustesse pourquoi cela intéresse », des arpentages, des présentations de la robustesse ici et là avec les shifters, en entreprise. On est bien dans cette logique d'allez rencontrer des personnes, des collectifs. (ndr toutes les initiatives sont documentées sur la robustesse autour de Rennes)
Et cette idée de communauté territoriale a plu et maintenant il y a une communauté en Loire atlantique, au pays de Brest, au pays de Vannes et ce samedi s'ouvre Robut'Alpes, et une autre bientôt au pays Basque. (voir ici toutes les communautés apprenantes Robustesse actives
A côté les communautés apprenantes thématiques se développent aussi : après celle sur la formation, une autre sur territoire et collectivités, a été créée après un café robuste en décembre puis celle autour du soin animée par Julie Chabaud qui a démarré en janvier et compte déjà plus de 200 participant .e.s.
Ces communautés apprenantes ont en commun un fonctionnement décrit dans un petit texte qui explique ce qu'est une communauté apprenante : il n'y a pas de sachant, on apprend ensemble et tout ce qu'on produit est partagé avec la même licence de de partage CC by sa. C'est aussi toute l'expérience qu'on a depuis des années avec Gatien et Laurent sur ce partage que l'on pratique depuis des années et qui fonctionne. On a repris cela et au fur et à mesure que les communautés se mettent en place, font des réunions, ou prennent des initiatives, les contenus sont mis en ligne, et cela enrichi aussi un petit peu, les contenus qui sont déjà là.
Aujourd'hui après l'expérimentation à l'automne on est dans une seconde étape de l'élargissement avec comme prochaine étape de faciliter la diffusion et l'interconnexion des communautés apprenantes via les outils numériques et des temps de rencontre et aussi de voir de manière réflexives comment ces communautés focntionnent, en quoi ces communautés apprenantes sont robustes ? Dans un atelier qui va suivre sur les communautés apprenantes, on pourra en discuter plus largement. (ndr voir aussi l'article les communautés apprenantes étape 2 : l'élargissement.
C'est très agréable et joyeux de voir toutes ces communautés, tous ces gens qui ont envie
faire quelque chose, qui s'organisent pour faire quelque chose. Aujourd'hui, on est plus de cinq cents participant.e.s, à une douzaine de communautés apprenantes, et j'espère que, suite à cette rencontre, il y en aura d'autres.Gatien : Voilà donc une invitation à participer à l'atelier qui va suivre. Dans les 10 minutes, qui restent on vous propose d'échanger par groupe de 4 ou 5 sur ce qui s'est mis en place comme architecture invisible. Est-ce que vous pouvez rendre visible l'architecture invisible qui fait que aujourd'hui, d'une conférence en Belgique a émergé ce que vous avez vu, quels sont les ingrédients que vous auriez envie de mettre en avant ?
Les retours
L'idée c'est de citer des mots ou les grands concepts que vous auriez repéré dans ce qu'on vous a montré et qui qui pourraient servir de bons ingrédients pour d'autres projets similaires.
- le côté joyeux
- psychanalyse pour le partage ouvert
- la confiance
- accueillir, cheminer avec ce qui est là
- générosité
- diversité
- rencontre
- lâcher prise, accepter le côté bazar
- humilité
- avoir déconstruit son rapport à l'argent et au résultat
- ne pas savoir et révéler les volontés
- imperfection
- prendre le temps
- compréhension des modèles économiques robustes
- reliance
- partage
- essaimage
- prendre soin
- autonomie d'apprentissage
- lien humain, lien à la nature
- volonté de désincarnation
- énergie
- agir sans savoir quel résultat on attend
- communs
- lâcher l'égo
- le modèle économique comme résultat et pas comme pré-requis
[Vanessa](https://forum-cooperation.org/?VanessaBarbier2/iframe) : On a une belle captation graphique, merci Solène. Vous avez donné de bons ingrédients pour cette recette de la robustesse, on voit que pour apprendre, qui est le sujet de ce temps dédié à comment on apprend, comment on pratique, comment on coopère autour de la robustesse, on a pas mal d'ingrédients déjà. On a le café robuste, qui vous propose un rendez-vous mensuel pour creuser ce sujet des communautés apprenantes, qui va faire l'objet d'un temps dédié tout à l'heure, avec le lancement de la communauté Robust'Alpes. Pour les ressources c'est la robustesse.org des contenus en communs, que vous pouvez utiliser, partager, modifier, etc.
Comment, Olivier, ça nourrit ce concept ?
Olivier :Je rajoute un autre mot, c'est le mot inverser, on est en train d'inverser beaucoup de choses aujourd'hui. Sur le lâcher prise ou le changer de prise, ou encore tenir une corde, c'est un peu quand on bascule, de vouloir contrôler sa musique, quand on est un musicien classique avec sa partition à faire du free jazz. En fait, on n'est plus dans le contrôle, on est dans la sérénité, la sérénité, c'est de la sécurité qui n'a plus besoin du contrôle. La sécurité a besoin de contrôle, c'est du sécuritaire qui nous met en insécurité.
Inverser le fait que quand on fait des communautés apprenantes en fait, on essaie surtout de transmettre et c'est en transmettant qu'on dure, c'est le contraire de durer en se mettant dans un bunker.
La confiance naît de l'incertitude. Il y a un exemple qui est parfait pour ça, c'est trustpilot, la compagnie qui fait des étoiles sur internet pour vous donner confiance. C'est surtout pilot, c'est pas du tout de la confiance, c'est du contrôle. En fait, ça me permet d'éviter d'avoir à faire confiance.
Il faut se mettre dans l'incertitude pour faire émerger la confiance, c'est ce qui a émergé dans notre chemin.C'est aussi les modèles économiques que l'on va les inverser, on est en train de les inverser, on sort d'une économie de la production et d'une économique propriétaire qui dépend d'un monde abondant en ressources et stable vers un modèle économique de la fonctionnalité, de l'usage, du partage, de la coopération. Tout ça, ce sont des modèles qui produisent moins, qui partagent plus, qui font du lien social où l'économie, en effet, c'est le produit de sortie, ça, c'est terrestre, basé sur des ressources.
Cela me nourrit beaucoup, mais j'espère surtout que ça nous nourrit tous, ces idées, et c'est aussi l'idée de ces communs, c'est en fait un rééquilibrage dans le monde où c'est surtout le domaine privé qui domine au détriment du public et où on oublie un peu les communs. Là, on va simplement rééquilibrer, public-privé, comment ? ça veut pas dire que ça ne sera que des communs, mais on va avoir un peu de mélange. Là, on a tout ce qu'il faut pour prendre des chemins viables par la robustesse, la santé commune.
Est-ce que je me sens une personne source ? La robustesse, c'est un vieux mot., ...la fable de
La Fontaine. Si on doit chercher des penseurs de la robustesse il y en a plein dans l'histoire, si je veux prendre l'histoire récente, dans les années cinquante, on peut citer Shannon, on peut citer Jean-Pierre Aubin, la théorie de la viabilité ; dans les mathématiciens les systémiciens, les cybernéticiens. Quand on fait de la science, quand on est chercheur, notre but, c'est de faire des théories robustes et donc, qu'est-ce qu'on fait ? on les chahute on les met dans les situations pour voir si c'est stable et viable malgré les situations. On peut considérer que la recherche, c'est de la robustesse, c'est notre métier finalement. En fait, dès qu'il y a eu un chercheur sur terre, il y a eu de la robustesse... Mon seul rôle, ce n'est pas d'être une source, c'est plutôt d'avoir utilisé la biologie pour incarner un principe de robustesse qui s'oppose à la performance. Ce principe-là existait bien avant on le pratiquait, les ingénieurs le pratiquait. Ma seule contribution est de rendre ce concept plus concret avec le vivant. Je ne suis certainement pas une personne source, mais peut-être j'espère ressources.Vanessa : Une personne ressource, avec beaucoup d'humilité et qui fait de la robustesse un concept inspiré mais aussi très vivant, et j'espère en tout cas que c'est ça qu'on a voulu vous montrer.
Merci à tous pour votre participation. Merci, Olivier Laurent et Michel.
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Expérimenter les communautés apprenantes de la robustesse, étape 2 : l’élargissement à 8 communautés
11 mars, par Michel Briand — IP
Après la création en septembre 2025 de la communauté apprenante "Robustesse en formation", présentée dans un précédent article puis de celle territoriale "Robustesse autour de Rennes", 6 autres communautés apprenantes thématiques ou territoriales ont vu le jour d'octobre à février.
C'est cette étape d'élargissement des communautés apprenantes, leur fonctionnement pour apprendre ensemble que se propose de décrire cet article avec en conclusion quelques questions ouvertes pour la suite.Les communautés apprenantes de la robustesse sont une réponse à l'intérêt important que connaît le concept de Robustesse développé par Olivier Hamant sollicité pour plusieurs dizaines d'intervention chaque mois couplé à une volonté d'agir "de la notion au concept opérationnel" de centaines de personnes. En mars 2025 les 8 communautés apprenantes actives de la robustesse compte environ 500 participant.es.
Dans une démarche de coopération ouverte un espace collaboratif larobustesse a été initié par Gatien Bataille et Laurent Marseault en2024. C'est un espace ressource aux contenus délibérément partagés et protégés par une licence Créative commons by sa qui participent par leur réutilisation encouragée à la diffusion des concepts de robustesse et de santé commune. Le fonctionnement en collectif ouvert "ils peuvent en parler" adossé à des formations de 4 jours pour partager une expérience commune forme l'ossature d'une communauté apprenante de personnes soucieuse de s'impliquer collectivement et en "partage sincère" autour de la robustesse. C'est ainsi que des dizaines de ressources (trames de conférences, d'animations..) ont été déposées depuis un an par une trentaine de contributeurs.
Comme décrit précédemment, c'est autour d'un café robuste [1] qu'est apparu le premier cercle apprenant Robustesse en formation, au printemps 2025 transformé à la rentrée de septembre en communauté apprenante, dénomination retenue pour ces collectifs de personnes souhaitant s'impliquer dans un espace d'apprentissage thématique ou territorial autour de la robustesse.
Introduction
Cette notion de communauté apprenante s'inspire des cercles d'apprentissage expérimenté avec la direction Innovation du CNFPT dans Riposte Créative Territoriale lors du Covid. en y ajoutant :
la coopération ouverte : les contenus produits sont publics et librement réutilisables (CC by SA)
l'usage privilégié d'outils libres pour les échanges et production
Une page ébauchée à l'automne et amendée à la rencontre annuelle des contributeurs en janvier à Lyon décrit ces principes de fonctionnement communs qui doivent être acceptés par les personnes souhaitant initier une communauté apprenante de la robustesse. Dans un souci d'interopérabilité, les Communautés apprenantes de la Robustesse (en abrégé "CARe" qui est aussi un clin d'oeil au soin "care" sont outillées autour de wikis (issus de la ferme à wiki de larobustesse) avec des formulaires : participant.e et proposition dupliqués d'une CARe à l'autre.
Après cette introduction voyons maintenant la courte histoire de cet élargissement des communautés apprenantes de la robustesse entre octobre 2025 et février 2026.
Les communautés territoriales en Bretagne (et 44)
Robustesse autour de Rennes

La mise en place de la communauté apprenante robustesse et formation a donné confiance pour proposer un mois plus tard une communauté apprenante territoriale autour de Rennes. Le contexte local a été favorisé par
- plusieurs interventions récentes d'olivier Hamant : Rennes métropole, Université de Rennes...
- une interconnaissance d'acteurs de la coopération ouverte
- la disponibilité et l'envie d'expérimenter cette dimension locale sur laquelle Olivier Hamant insiste, pour les 2 animateur.ice.s
- une certaine culture de la coopération présente sur la région
La première rencontre d'interconnaissance a mis en lumière de multiples propositions qu'un formulaire a permis de formaliser. Dans ce formulaire un champ permet aux participant.es de s'associer à une proposition. C'est ce mécanisme qui va ensuite être utilisé dans les communautés apprenantes pour d'une part faciliter l'expression d'envies de faire (chacun.e peut proposer un sujet) et d'autre part favoriser l'auto organisation : chacun.e peut s'associer et participer à la mise en oeuvre d'une proposition.
Dans cette communauté apprenante 8 initiatives ont vu le jour antre octobre et février confirmant le bien fondé de la dimension territoriale locale pour une communauté apprenante de la robustesse. La communauté apprenante étant centrée sur Rennes et l'agglomération a fait le choix de rencontres en présence avec la présence de quelques personnes hors agglomération (S Malo, Vannes).
La dynamique de production publique et réutilisable a été adoptée pour chacune de ces initiatives du fait d'une pratiques antérieure de 6 des participant.e.s avec pour 6 d'entre elles un report dans les format d'animations partagés de larobustesse.org.
D'une quinzaine de personnes à son démarrage, la communauté apprenante s'est progressivement élargie et compte maintenant (mars 2026) une cinquantaine de personnes. Comme pour la communauté apprenante nous avons eu quelques personnes qui ont souhaitées être abonnées à la liste de diffusion sans s'inscrire à la communauté. Un mel est alors envoyé pour propose à la personne de participer à la communauté, à ce moment 3 adresses mel restent invalidées faute d'inscription à la CARe. A terme la demande d'abonnement sera automatisée pour éviter cette difficulté.
La co-animation par deux personnes ayant une pratique de l'outil yeswiki et du partage sincère, une connaissance des concepts de base et pour l'une d'entre elle un suivi d'une formation des démultiplicateurs a facilité cette mise en place de la communauté apprenante.
Robustesse en Loire Atlantique

C'est dans un autre contexte celui du réseau des personnes formées via animacoop et robustesse et coopération autour de Nantes et St Nazaire qu"est née la communauté Loire atlantique à l'initiative des animateurs de ces formations. Du fait de la dimension plus large du territoire les rencontres se font à la fois en présence et en visio tels d'un côté les ateliers (jeu des 4 totems), la journée du 17 octobre et de l'autre les cafés robustes . La participation de 32 personnes à la journée témoigne ici de l'intérêt suscité par cette communauté apprenante territoriale
Robustesse au pays de Brest
Ici c'est une série de conférences et d'ateliers avec Bastien Jakobiak à l'initiative de l'Université de Bretagne Occidentale qui a servi de point de départ en janvier à cette communauté apprenante.

Quelques propositions, formulées lors d'une première rencontre le 14 janvier devraient se concrétiser au printemps dans un collectif qui compte aujourd'hui une quinzaine de personnes. Un temps fort pour cette communauté sera le prochain Forum des usages coopératifs dont un des thème est l'intelligence du vivant avec une conférence d'Olivier Hamant, une session "la robustesse du concept à l'opérationnel" , des ateliers et une rencontre des communautés apprenantes de la robustesse.
Robustesse au pays de Vannes
C'est dans une invitation à animer un atelier au Forum social local de Séné qu'a émergé cette communauté apprenante. Alors que dix à 20 personnes étaient attendues, ce sont environs 60 personnes qui sont venues. De cette affluence est née l'envie d'aller plus loin et d'initier une communauté apprenante au pays de Vannes animé par les personnes à l'origine de l'atelier et accompagnée par son animateur.
Une première réunion le 9 mars a rassemblé 12 personnes (sur 20 participant.e.s inscrit.e.s) avec deux nouvelles animatrices pour prendre un relais au printemps.
Un archipel de communauté apprenante locales robustesse en Bretagne, 44 et ailleurs

C'est à la fois au croisement de personnes impliquées dans la coopération ouverte et la robustesse et d'une culture régionale de coopération que se sont développées ces 4 première communautés apprenantes de territoire. D'autres telle Robust'Alpes et en wallonie devraient voire le jour au printemps.
la communauté robustesse , territoires et collectivités

>C'est, après le café "Collectivités territoriales et robustesse" du 19 novembre, dans un processus analogue à celui de Robustesse et formation qu'est née cette communauté apprenante. La forte participation (70 personnes à ce café) s'est suivie d'une adhésion nombreuse à la communauté. Initiée début décembre elle comptait après le webinaire d'interconnaissance le 16 décembre 77 membres fin décembre et 128 personnes début mars.
Cette participation nous a amené à fonctionner par groupes constitués par les personnes qui s'inscrive à une proposition qui les intéresse.

Comme pour l'animation d'une communauté apprenante, cela marche si des personnes prennent en charge l'animation du groupe. En deux mois seules 3 propositions ont donné lieu à une rencontre ! Ici aussi les compte rendus ont vocation à être publics pour être accessibles à tous (mais cela demande du temps) et 3 réunions sur 5 ont été publiés.
la communauté robustesse et soin
La dernière communauté présentée ici en ce début 2026 est la communauté Robustesse et soin initiés par Julie Chabaud. Initiées début janvier elle compte déjà deux mois plus tars 185 membres ! Cette forte participation teint probablement au réseau de Julie Chabaud sur le sujet et à la résonance des question de soin, avec la robustesse et la santé commune.
Après une pleinière d'interconnaisance le 6 février qui a réuni 57 personnes, 10 propositions ont été énoncées qui ont commencé à se réunir début mars. A noter l'envie de se retrouver localement qui a donné lieu a 3 propositions de groupes géographique à Lille, dans le sud-ouest et autour de Lyon-Grenoble. La densité des participant.e.s visible sur la carte ci dessous permet d'expérimenter cette hybridation d'un communauté apprenante à la fois thématique (le soin) et territoriale.
A côté de ces 7 premières communautés apprenantes la communauté Robustesse et pédagogie créée autour d'enseignants-chercheurs de l'université de Liège de Lille et de hautes écoles en belgique, animé par une doctorante invite à échanger sur 4 axes :
- Robustesse des institutions universitaires : Comment penser une université capable de durer sans se figer ? Quels dispositifs, quelles formes de gouvernance, quels rythmes, quelles structures favorisent une robustesse institutionnelle dans un monde instable ?
- Robustesse pédagogique : Que serait une pédagogie robuste ? Peut-on enseigner avec l'erreur, la lenteur, la redondance ? Quels seraient les bénéfices pour les enseignants, les étudiants, les collectifs d'apprentissage ?
- Former des citoyen·nes robustes : Quelles compétences, quelles attitudes, quels savoir-être développer pour former des individus capables d'agir dans l'incertain ? Peut-on faire de l'incertitude un levier de puissance, plutôt qu'un obstacle à contourner ?
- Evaluer dans le cadre de la robustesse : Comment faire évoluer nos méthodes d'évaluation pour les rendre robuste et permettre qu'elles mesurent des aptitudes robustes ?
C'est aussi une communauté ouverte et dont les contenus sont mis en parage
Questions ouvertes
L'assistance à la mise en place d'une Communauté apprenante de la robustesse
Aujourd'hui les communautés apprenantes de la robustesse (sauf celle sur la pédagogie créée en parallèle) partagent un même outil un yeswiki initié à partir de la ferme à wiki de larobustesse.org, mais la mise en place reste "manuelle" pour dupliquer les formulaires et la page d'accueil. Un financement attendu devrait permettre de créer un modèle qui réduirait ce travail d'installation. La double inscription via le formulaire de la communauté et l'abonnement à la liste de diffusion amène un petit travail de mise en cohérence. Comme nous souhaitons que les membres se présentent brièvement l'abonnement n'est pas validé si la personne ne s'est pas inscrite via le formulaire et cela demande une vérification. A l'inverse quelques personnes oublient de s'abonner et là aussi une vérification est nécessaire. Un petit développement attendu permettra d'abonner automatiquement à partir de l'inscription au formulaire.
La coopération dans l'archipel des communautés apprenantes
L'usage des mêmes formulaires est facilité par la fonction "importer" des yeswiki qui permet de dupliquer un formulaire d'une communauté apprenante à l'autre. Ainsi l'ajout du formulaire proposition initié à Rennes est maintenant repris dans les autres communautés apprenantes. Ces jours ci un formulaire "déjà là" pour donner à voir des initiatives en robustesse déjà là va être testé sur les communautés apprenantes "Territoires et collectivités" et "soin" et pourra ensuite être réutilisé ailleurs.
Dans les interconnexions possibles : dupliquer sa fiche pour une personne participant à plusieurs communautés apprenantes ; ce cas devient plus fréquent depuis l'élargissement du nombre de communautés apprenantes de la robustesse (CARe).
Une autre idée de possible : une carte qui agrégerait l'ensemble des les personnes participants à une communautés.
Et d'autres idée à venir.. nous n'en sommes qu'aux de 7 premiers mois des CARe
Les communautés apprenantes facilitatrices du partage ?
Les communautés apprenantes de la robustesse ont fait le choix de mettre en partage réutilisable leurs productions contrairement à l'usage courant dans le monde de l'éducation, des associations ou de l'ESS.
- comment ce choix est-il perçu par les acteur.ie.s de ces communautés apprenantes ?
- est ce que ce choix fait avancer des personnes, des collectifs dans un changement de posture ?
Du projet de CARe à la CARe active
Un certain nombre de Communautés Apprenantes de la Robustesse restent à l'état de projet.
- comment faciliter un démarrage ?
- quel accompagnement pour les animateur.ice.s des CARe ?
- une communauté des animateur.ice.s ?
- comment et est ce opportun de solliciter de nouvelles CARe ?
Faire vivre le commun : quelle communauté de garants à édifier ?
Lors de l'arpentage de la charte du Verstohlen proposé par Julie Chabaud avec le Labo furtif j'ai noté cette interrogation qui fait sens pour les Communautés Apprenantes de la Robustesse :
On oublie trop souvent que dans la modélisation des « communs », il y a certes la ressource à
préserver – par un mode de propriété spécifique – mais il y a aussi la communauté des garants à édifier, grâce à des valeurs, des règles, des comportements, des gouvernances singulières, des jeux, soit tout ce qui pourra stabiliser cette dynamique régulatrice, protectrice, de l'endroitAcceptabilité d'une demande de CARe
Certaines demandes sont quelque peu hors sujet
- qu'est ce qui fonde une communauté de la robustesse
- qu'est ce qui est par exemple hors sujet ?
Communauté apprenante et crise
Notre première expérience des communautés apprenantes s'est faite au travers de Riposte Créative Territoriale, prolongé sur Riposte Créative Pédagogique durant le Covid. Ces communautés n'ont duré que le temps de la crise. On peut s'interroger sur le lien entre le développement rapide des Communautés Apprenantes de la Robustesse et le sentiment de plus en plus partagé d'un monde en poly crise soumis à des fluctuations de plus en plus fréquentes ?
Les CARe et les incontournables de la robustesse
quel point de vue réflexif sur les CARe à l'aune des incontournables de la robustesse- le monde fluctuant, la poly crise, le monde des tempëtes
- la pensée systémique
- la robustesse n'est pas à la carte c'est d'abord la santé commune des territoires
- la joie, le chemin
- questionner la question
- la coopération
- Le rapport au temps
- Optimisation et viabilité
.. et aussi
Analogie de l'archipel
-* que peut apporter la notion d'archipel appliqué aux Communautés Apprenantes de la Robustesse...Quelle appréhension des membres des CARe ?
- quelles représentations ont les membres des CARe de
- de la coopération ?
- qu'apprennent-ils ?
Bibliographie
Les communautés d'apprentissages sur wikipedia
« Mon précieux » : pourquoi les universitaires protègent leurs ressources pédagogiques et leurs données (mais partagent volontiers leurs articles) traduction en français de l"article de Javiera Atenas et de Leo Havemann, publié par la chaire REL-IA le 4 mars 2026 sous licence CC by.
Les cercles d'apprentissage, d'étude ou de pratique sur Riposte Créative Territoriale par Jonathan Kaplan, Bernard Alix, édition du 10 février 2021, contenu sous licence CC by sa, licence générale du site.
//Une présentation du contexte de leur émergence, de La plus-value des cercles proposés dans le cadre de Riposte Créative Territoriale, des principes partagés des différents cercles proposés et d'une petite bibliographie.Débat : Pour faire face aux crises, développons des « communautés apprenantes »
par Marie-Cécile Naves , François Taddei Gaëll Mainguy dans The conversation, 13 avril 2020 sous licence cc by nd.Le cercle d'étude, fiche de la coopérative pédagogique du CNFPT, [document texte téléchargeable](https://ripostecreativeterritoriale.xyz/?CercleApprentissage/download&file=Cercle_dtude_cooprative.docx), pas de mention de licence d'usage élargi, copyright.
Alain Baudrit, « Les communautés d'apprentissage vues sous le prisme de la co-construction : des modalités collectives à géométrie variable ? », Les dossiers des sciences de l'éducation [En ligne], 46 | 2021, mis en ligne le 29 janvier 2024, consulté le 13 mars 2026. URL : http://journals.openedition.org/dse/6038 ; DOI : https://doi.org/10.4000/dse.6038 ; article sous licence CC by nc nd.
A quelles conditions les Réseaux peuvent-ils être apprenants ? [Intervention](https://media.ac-normandie.fr/environnement_educatif/innovation/actualite/Intervention_de_CHS_sur_les_re_seaux_apprenants-_RERS__2_.pdf) de Claire Héber-Suffrin auprès du GARF Paris 11 et Bretagne, atelier « intelligence collective et réseaux apprenants » 21 septembre 2017, 11 pages, copyright.
Les communautés d'apprentissage : apprendre ensemble, par Denis Cristol pages 10 à 55, Compte rendu, Savoirs n°43, copyright, Date de mise en ligne : 09/06/2017 https://doi.org/10.3917/savo.043.0009
[1] Une heure d'échange autour du concept de robustesse pour créer ensemble une documentation autour des questions fréquentes (FAQ) (‼️ voir prochaines dates ci-dessous)
En présence d'Olivier Hamant : Une heure de 12h30 à 13h30 chaque mois.
PRISE DE NOTES COLLECTIVE => https://pad.yeswiki.net/p/cafe-robuste -
Robustesse et municipales : contribution de Laurent Marseault au webinaire du 21 janvier
24 janvier, par Michel BriandSuite à la création de la communauté apprenante "Robustesse, territoires et collectivités" un groupe de travail a été constitué sur la prise en compte de la robustesse aux municipales de mars 2026. Une première initiative est ce webinaire du 21 janvier avec une introduction au débat par Laurent Marseault qui a été contacté par plusieurs listes sur ce sujet.
Un second document à venir reprendra les échanges qui ont suivi.
Texte en invitation au webinaire
Laurent Marseault qui est intervenu auprès de listes candidates aux élections sur Robustesse et municipales introduira la discussion (30 mn)
– Comment la robustesse questionne la dimension du territoire local ?
– Comment habiter un monde fluctuant ?
– La Robustesse un angle mort des programmes ?
– Quelles facettes de la robustesse et de la santé commune à mettre en avant dans les prochaines élections municipales ?Suivi d'un échange entre participant.e.s.
Une trentaine de personnes ont suivi ce webinaire
Intervention de Laurent Marseault
Introduction : d'où je parle de robustesse
Je m'appelle Laurent Marseault depuis tout petit, mon vrai métier est animateur nature. Je me suis spécialisé sur un seul animal, donc homo sapiens dit sapiens pour aider cet animal bizarre à coopérer, collaborer, fonctionner en réseau, en travaillant sur trois grands leviers :
-* Le premier levier, c'est un travail sur la posture } : choisir de faire ensemble, c'est un choix politique, choisir de coopérer, c'est un choix politique.- Deuxième levier sur lequel je m'amuse beaucoup, ce sont des techniques d'animation. Une fois qu'on a décidé de faire ensemble, comment on anime cela ?
- Et le troisième levier, ce sont les outils numériques, parce que maintenant, on sait faire des séquences d'intelligence collective en présence, avec des personnes, c'est assez facile, il y a des gens qui sont formés pour ça, il y a de très bonnes formations. Par contre, si on souhaite que cette dynamique perdure à distance, là, le numérique capacitant est super important.
C'est un peu la trilogie sur lequel je m'amuse. J'accompagne plutôt les acteurs des transitions, donc plutôt les gens qui on envie que le monde aille mieux.
Et donc, rencontre avec Olivier Hamant, il y a quelques années, où on voit les gens qui, à la fin des conférences ou après la lecture des bouquins, ont les yeux qui pétillent et les oreilles qui frétillent et qui ont envie d'y aller. Des personnes qui sont enthousiastes, des personnes qui sont joyeuses et c'est assez intéressant, parce que d'habitude, quand on réunit des gens autour des enjeux de développement durable ou des transitions on constatait deux choses.
- La première, c'était que l'on avait ce que j'appelle les toujours là, des personnes qui, quels que soient les sujets de transition dont vous parlez, hop, ils sont là. Vous parlez de lutter contre un grand projet inutile, ils sont là ; vous parlez des femmes battues, ils sont là ; vous parlez des migrants, ils sont là. C'est ce que j'appelle les toujours là et puis, il y a des personnes qui ne sont jamais là, des personnes, qu'on ne voyait jamais. En parlant de robustesse, on voit arriver des personnes qui, d'un seul coup, disent : ah, mais c'est très intéressant, donc cet élargissement c'est intéressant.
- Et la deuxième chose, c'est qu'on voit à la fin de ces conférences, des gens qui sont joyeux alors que quand on parle de tous les problèmes du monde, où on dit qu'il faut un peu se bouger, parce que si on continue comme ça, cela risque de piquer, on voit des personnes qui, à la fin, sont totalement déprimées. Effectivement, le constat est fait, maintenant, on sait donc, si les gens ne font pas, c'est qu'ils ont un peu décidé de ne pas faire. Quand on présente aux personnes des mondes qui ne vont pas bien, on voit vraiment des gens qui désinvestissent parce que le ratio de quantité d'informations "maléfiques" par rapport aux propositions qu'on peut leur faire n'est pas forcément en notre faveur. Du coup, deuxième intérêt de l'idée de la robustesse, en tous les cas moi, ce qui m'a beaucoup intéressé, c'est de voir de nouvelles personnes, des gens qui sont joyeux et ont envie d'y aller.
Avec un complice en Belgique qui s'appelle Gatien Bataille, on a proposé à Olivier de monter une formation pour aider à passer du concept à l'opérationnel : il y a des gens qui sont chauds comme des pendules, maintenant comment on peut les accompagner dans leur parcours, dans leur processus pour qu'ils transforment leur "envie de" en quelque chose. On a fait ces formations qui ,rapidement, ont eu un petit peu de succès. Donc, on a mis en place le site La robustesse.orget on a monté les cafés robustes et avec l'aide de Michel, on a, en septembre, impulsé les communautés apprenantes de la robustesse. On a très rapidement formé des démultiplicateurs, des personnes qui sont capables de faire des conférences, des formations, avec l'idée que cette notion ne soit pas privatisée par une personne, ou privatisée par par un groupe, mais qu'au contraire, cela reste une notion vivante en phase avec Olivier Hamant là-dessus, avec une dynamique qui se crée autour du sujet.
Pourquoi cette notion de Robustesse interpelle
Cette notion de robustesse percole doucement et cela s'accélère même, c'est une notion qui est en train de se répandre à droite, à gauche avec quelques émissions grand public qui ont permis que ce soit diffusé et ça fait sens y compris pour des personnes qui sont partie prenantes de futures équipes municipales. Dans ce cadre-là, j'ai été sollicité par deux équipes (et d'autres en cours) : "Tu ne voudrais pas nous parler un peu de robustesse, parce qu'on aimerait bien inscrire cette notion de robustesse dans notre projet politique ? et est-ce que tu peux nous aider à cela ? Avant d'expliquer les interactions qu'on a eues avec eux, je vois trois grandes raisons qui font que ces personnes-là sollicitent la robustesse.
- La première grande raison, c'est le fait de pouvoir réenchanter la démocratie. Actuellement la démocratie, n'est pas trop trop en forme et il y a des personnes qui croient encore en cette belle idée, et cette belle idée, il faut absolument qu'on la nourrisse. Dans ce cadre-là on va essayer de faire monter les curseurs de la démocratie chez nous et travailler sur ce qu'on appelle les premiers kilomètres de la démocratie, de la même manière qu'on parle des premiers kilomètres de l'alimentation. Les premiers kilomètres de la démocratie c'est à minima, l'endroit sur lequel on peut agir, et peut-être que l'idée de robustesse peut nous intéresser dans ce cadre-là. Dans la robustesse, il n'y a personne qui vous dira : il faut faire ceci, c'est un chantier, c'est un chemin qu'on ouvre. Voilà, ce chemin là, on a envie de l'ouvrir à minima, au sein de la liste et à maxima, pourquoi pas, avec les habitants du territoire.
– Deuxième raison : faire face aux fluctuations : ce sont des personnes qui qui disent : "nous, on est conscients, on a un peu écouté autour de la robustesse, avec ce constat que nous sommes dans un monde fluctuant et qui va fluctuer de plus en plus. Forcément, on va être aux premières loges et donc, il nous faut, en tant que future équipe municipale, se préparer à ça", c'est de l'analyse de risque ++. Face une fluctuation, comment on peut gérer ça avec cette idée de de pouvoir assurer de la stabilité dans un contexte fluctuant. C'est là pour moi la deuxième raison, qui était très clairement exprimée de la part des personnes.
- Troisième raison : réparer la santé commune : la robustesse c'est vraiment de cette phrase en deux parties "comment rester stable à court terme et viable à long terme". Rester stable à court terme, c'est faire des tests de fluctuation, par contre comment rester viable à long terme ? comment se débrouiller pour réduire l'ampleur des fluctuations auxquelles on va être confronté. Et ça, c'est forcément travailler la santé commune ; c'est dire que nos projets au 21ème siècle ne doivent, à minima, pas dégrader la santé commune et, à maxima, doivent réparer la santé commune. La santé commune c'est la santé des personnes, la santé des sociétés, la santé des écosystèmes, et dans l'écosystème, l'eau, le sol, la biodiversité. Dire cela, signifie que cette idée de santé commune, peut devenir un projet politique au niveau de notre territoire. On a envie de prendre soin et de réparer la santé commune. Quand on est dans un ministère à Paris s'occuper de la santé commune au niveau intergalactique, c'est un peu compliqué, par contre en proximité quand on est sur un territoire, le nombre d'idées et le nombre de leviers est important. On s'aperçoit qu'il y a des personnes qui déjà travaillent là-dessus, qui font quasiment du robuste "déjà là", et il y en a plein. Donc, on peut se débrouiller en tant qu'élu, non pas d'imaginer qu'on va avoir la lumière divine le jour où on sera élu, et d'un seul coup on sera intelligent et on aura des solutions pour tout le monde, mais de dire : voilà, dans notre projet politique, on a envie de travailler à la santé commune. Quels sont les acteurs du territoire qui déjà font ça ? et comment on va se débrouiller pour donner à voir, pour mettre en lien, pour simplement reconnaître ce que font les gens pour que, du coup, ce robuste déjà-là, on puisse le le faire fructifier, le faire se connecter et le faire coopérer pour que ça puisse fonctionne pas.
Ce sont les trois grandes raison, si je résume, en premier, réenchanter la démocratie, donc ce fameux premier km de la démocratie ; en second ça va tanguer en donc, forcément, durant notre mandat, on va être confronté à des choses auxquelles on n'a pas pensé et si vous pouvez nous aider à penser cela va, ç'est peut- être une bonne idée. Et en troisième chose, c'est un projet politique de dire : nous, ce qu'on veut, c'est que ce territoire soit en meilleure santé, au sens Michel Serres du terme, très, très large.
Ça peut être un projet politique extrêmement rassembleur, parce que des personnes qui vous disent : en fait, non, je n'aimerais pas que le territoire, que les gens soient en bonne santé et que la société soit en bonne santé en fait, il y en a assez peu. Cela peut vraiment être un projet qui peut transcender les considérations locales et certains projets politiques d'élus. Ce que je présente, c'est un témoignage, ce n'est pas la vérité. Donc, vous mettrez plein de guillemets et puis, surtout, c'est un vrai sujet vivant.
Les fluctuations
L'élément sur lequel on travaille tout de suite après ce sont les fluctuations. Quand on dit aux gens : voilà, ça va tanguer, ils comprennent assez bien. Souvent ce que je fais, c'est expliquer qu'une fluctuation ce n'est pas qu'on appelle les tendances et la différence entre des tendances et des fluctuations n'est pas toujours claire dans la tête des personnes. Une des caractéristiques des fluctuations, c'est qu'on sort de la moyenne, dans des fluctuations on sort de l'écart-type. Par exemple il y a de moins en moins d'argent public qui arrive de l'état pour les collectivités locales, ça, c'est une tendance et donc, du coup, ça va diminuer régulièrement. Peut-être cela va augmenter un peu une année puis cela va diminuer ; la tendance, c'est que ça diminue. Ce n'est pas une fluctuation, on n'est pas du tout dans le feu on n'est pas dans un début de test de robustesse.
Ensuite on explique que l'on a identifié trois types de fluctuations.
Fluctuation de niveau 1 :
Une fluctuation de niveau 1 , cela va nous secouer un peu mais on va revenir dans notre état d'équilibre précédent. L'exemple de ça, c'est, pour beaucoup de de deux territoires, le covid. Le covid nous a un peu secoué, il a fallu qu'on s'organise, on a eu des trucs un peu un peu absurdes, mais quelques années plus tard, on est revenu à peu près à notre état d'équilibre précédent. Il y a plein de gens qui ont pu dire : on va apprendre plein de choses de ça, mais grosso modo, on est revenu, pour la grande majorité des personnes, à notre état d'équilibre précédent et on garde cela comme une expérience vécue ensemble. C'est ce qu'on appelle les fluctuations de niveau 1, mais ceci dit, ça vaut le coup de se préparer un peu sur des fluctuations de niveau 1.
L'exemple de ça, c'est une commune, pas loin d'ici du côté d'Uzès -qui s'appelle Belvézet qui à la suite du covid ont fait une immense analyse de qu'est-ce qui a fonctionné et qu'est-ce qui n'a pas fonctionné ? est-ce que s'il y avait du robuste déjà là ? ils n'appelaient pas ça du robuste déjà là mais quels étaient les éléments qui ont fait que pour les gens, ça s'est bien passé pour eux, et par contre, quelles étaient les choses qu'il fallait absolument peut-être inventer ou réinventer. De faire cette analyse là, ce dont ils se sont perçus, c'est que cette idée de sécurité sur un territoire, en fait, c'était les liens entre les personnes. Donc, si on avait beaucoup de liens entre les personnes, les gens allaient mieux et si on avait un paysage qui était plutôt joli, une nature plus belle, ça allait mieux pour ces gens-là que pour des personnes qui étaient, par exemple, dans un endroit où il n'y a pas de vue sur la nature. Le résultat de cela, c'est un des projets de cette petite commune d'investir dans tous les endroits où on peut faire des liens de sociabilité et dans tous les endroits où on veut préserver la nature. Donc, ils ont comme ça un certain nombre d'axes qui sont sortis de l'analyse de ces fluctuations, souvent, Olivier Hamant dit : "surtout, ne loupez pas les crises", le covid a été une crise, comment on profite de ces moments-là pour analyser ce qui a marché ?
Une petite méthode d'analyse qui s'appelle la méthode des 3C : qu'est-ce qu'il faut cesser, qu'est-ce qu'il faut continuer, qu'est-ce qu'il faut créer ? Si on prend le temps de faire cela, on a un territoire qui va apprendre de ce qu'il a vécu, qui va grandir en lien, grandir en prise en compte de ce qui est important pour lui. Cela ce sont les fluctuations de niveau 1, grosso modo, on a déjà vécu des fluctuations de niveau 1 et on en vit, de manière assez régulière, sauf que nous ne prenons pas le temps de les analyser cela. Et peut-être que un des rôles des élus, c'est, dès qu'on a une crise, surtout de l'analyser et de dire : est-ce qu'au final on a un système qui est relativement adaptable, et s'il n'était pas adaptable, qu'est-ce qui nous manquait pour que si jamais une autre fluctuation arrive, cela puisse bien se passer pour nous ?
Fluctuations de niveau 2
Une fluctuation de niveau 2 : c'est votre structure n'a plus d'objet.
Prenons l'exemple des tiers-lieux : ce sont des structures qui ont été largement financées par de l'argent public pendant un certain temps. Il y en a plein qui en ont profité pour faire du lien, pour faire des choses qui sont fabuleuses et pour fabriquer des petits modèles économiques qui font que le jour où il n'y a plus cet argent cela se passe bien. Et puis d'autres qui n'ont pas préparé cela, ce qui fait que je jour où le financement public s'arrête, le projet s'arrête, la structure s'arrête. On a quelques exemples de financements publics dédiés à une cause, et puis, d'un seul coup, hop cela part, à 180° et d'un seul coup, plein de structure se cassent la figure et donc, pour ces structures là, c'est une fluctuation de niveau 2. Une fluctuation de niveau 2, cela peut être le plus grand employeur de votre territoire qui se fait racheter par un fond d'investissement qui va récupérer les brevets, la richesse puis qui va licencier tout le monde au bout d'un an. Une fluctuation de niveau 2 sur un territoire, ça peut piquer un petit peu fort. Ça peut être aussi, si on regarde bien pyrénées-orientales avec 3 trois trois années de sécheresse consécutives, les gens ne sont pas tous partis, mais ça les a secoué vraiment très, très fort, plein de de de vignes ont été arrachées, là, on commençait à être dans du bouleversement, ce n'est pas un bouleversement majeur, mais il y a de la casse.
Fluctuation de niveau 3
Une fluctuations de niveau 3, remet complètement en cause le fonctionnement du territoire. Donc, exemple de fluctuation de niveau 3 : Trump envahit le Groénland, du coup, la Chine peut envahir Taïwan, les européens ne sont pas contents du tout, ils commencent à protester et là il y a un système qui est assez simple qu'a déjà appliqué Trump à un juge de la cour pénale internationale où l'accès à tous les services américains est coupé. C'est une fluctuation de niveau 3, on sait que c'est coupé, mais on ne sait pas quand ça va revenir. Donc, on part sur l'hypothèse que, pendant trois à six mois, nous n'avons plus accès aux services américains.
Et donc voilà, chers élus, vous êtes là tous, nous sommes convoqués en urgence en réunion conseil municipal.
tous les services américains sont sont coincés, et qu'est ce qu'il se passe ?Dans une autre commune, la fluctuation de niveau 3 testée, c'est la bulle spéculative de l'intelligence artificielle qui a explosé, sachant que la masse monétaire placée dans l'intelligence artificielle est 10 fois supérieure à celle des subprimes en 2008, si jamais cette bulle explose, il est fort possible que l'euro n'ait plus de valeur. Donc hypothèse de travail, réunion d'urgence du conseil municipal l'euro n'a plus de valeur. On pourrait aussi faire un test avec une coupure d'électricité, tel que cela s'aest passé en Espagne et au Portugal, sachant que si l'électricité n'était pas parvenue au bout de vingt quatre heures, on passait sur un black-out d'une semaine.
Je ne vais pas entrer dans les détails, et donc on fait travailler les gens là-dessus par petits groupes. Et là, il y a deux étapes. La première étape s'est une prise de conscience de nos dépendances : on s'aperçoit que si vous coupez les services américains, grosso modo, il n'y a plus d'accès où vous pouvez retirer l'argent, vous ne pouvez plus faire de transactions financières. Tout ce qui est connexion internet, ça risque de piquer un petit peu. Grosso-modo, on s'aperçoit que, très rapidement, c'est la même chose que si l'argent, l'euro, n'avait plus de valeur.
Quand on est sur des tests de fluctuations de niveau 3, ça renverse complètement la table. Ce dont on s'aperçoit, c'est que autant pour les fluctuations de niveau 1, de niveau 2, on peut attendre de l'aide qui peut venir d'ailleurs : vous allez avoir des masques qui vont être commandés à l'autre bout de la planète, ça va prendre un peu de temps, mais bon, ça risque de bien se passer. Lorsque vous faites une fluctuation de niveau 3, les masques. Vous pouvez toujours les attendre ils ne vont jamais arriver.
Donc la fluctuation de niveau 3, la solution est obligatoirement territoriale. Il va falloir regarder le territoire et se dire : comment on fait ? parce que, du coup, 1) constat des dépendances, on s'aperçoit que nous sommes ultra dépendants et nous n'avons pas pris conscience de cela, si vous avez tous les mails dans gmail, si votre téléphone ne marche plus, et puis, comme on a coupé toutes les lignes de cuivre, comme tout passe par du numérique, en fait, vous n'avez à peu près plus aucun service qui fonctionne. Et donc, quand on n'a plus aucun service, qui fonctionne, au bout de trois jours, il n'y a plus à manger dans les supermarchés, ça va très, très vite. Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait au niveau du territoire ? et là, vous êtes, chers élus ici, et donc, qui fait quoi ? on va s'apercevoir que les gens vont se mettre à réfléchir sur les fondamentaux. Quels sont les fondamentaux qu'on souhaite absolument voir perdurer sur ce territoire ? Quels que soient les endroits où on s'amuse à faire ça, on arrive à peu près aux mêmes conclusions : si on peut manger, c'est plutôt une bonne idée, mais du coup, manger, c'est comment manger de manière un peu locale, parce que on ne va pas pouvoir faire venir les choses de très loin. Donc, est-ce qu'on a localement des personnes qui étaient très contents que, durant le covid, on a acheté chez eux, puis, en fait, on est très rapidement retourner acheter du bio dans les supermarchés parce que c'est quand même vachement plus pratique. Et puis, ces personnes-là, il est vital pour nous qu'elles puissent continuer à exister.
Si on continue un petit peu, on a besoin de faire circuler de l'information, quels sont les endroits qui permettent de faire circuler l'information ? est-ce qu'on a un crieur public, est-ce qu'il y a des endroits où les gens peuvent se réunir et est-ce que ces endroits sont identifiés pour ? Il y a aussi l'idée de santé, il y a peut-être des personnes qui vont être un peu plus vulnérables, et donc, comment en assurer une continuité de soin ?
Quand ça part en vrille, vous allez avoir deux types de réactions des endroits qui vont plutôt partir en panique, et des endroits qui vont plutôt partir en coopération. Si vous amenez plein de flics pour dire je vais sortir tous les policiers municipaux et on va les armer, là on va créer les conditions pour que ça parte en vrille. Si, par contre, avec les personnes, on a déjà travaillé ces scénarios en conseil municipal ou avec les citoyens (un petit clin d'oeil au réseau des tempêtes) on peut s'amuser à faire des jeux de rôles : si jamais il y a ça qui se passe, de quoi a-t-on a besoin ?, quels sont nos besoins fondamentaux ? La question au 21ème siècle, ce n'est pas qui va utiliser la salle municipale et est-ce qu'il y a une équité de services ou est-ce que on va mettre une future clé digicode qui va permettre de savoir exactement qui est-ce qui va venir. Ça va être vachement pratique à gérer si on fait un test de fluctuation en disant que le souci, ça va être qu'il n'y a plus d'électricité ou un truc comme ça. Peut-être que d'avoir, une salle municipale très ouverte, voire même qui soit réellement polyvalente, dans lequel on peut faire de de l'accueil, on peut monter mais un endroit où on peut se réunir et puis décider. Peut-être que même on peut, si on fait un jeu de rôle, même préparer des rôles, dire : tiens, là, il y a un tel est plutôt bon pour faire de la médiation, tiens, on va lui faire une casquette médiation ou un t-shirt médiateur. On s'est aperçu qu'il y a quelqu'un qui était très bon pour faire circuler l'info, et puis, même s'il n'y a pas d'internet, lui, c'est monsieur circulation d'informations. On peut avoir des rôles comme ça, qu'on peut préparer à priori et qui font que le jour où ça part en quenouille, cela fonctionne.
Ce que j'aime beaucoup en faisant ces test de fluctuation c'est que ça aide vraiment à réfléchir sur qu'est-ce qui est important pour notre territoire, et surtout, quand on arrive sur de la fluctuation niveau 3. On voit bien que je ne peux pas avoir en tant qu'élu toutes les solutions. Et donc, l'enjeu, ça va être, de nous préparer. Quand je dis nous préparer, c'est de préparer le terrain à pouvoir fabriquer, à travailler son adaptabilité. Et quand on fait ça, l'enjeu, ça va être de faire avec les gens, parce que ce n'est pas moi, en tant qu'élu qui, d'un seul coup, va savoir ce qui est bon ou pas bon pour les autres et qui, en cachette, va devoir pleurer. C'est comment, du coup, on coopère ? comment on va faire ensemble, comment va on va co-oeuvrer pour, se débrouiller, pour que, si jamais on a des fluctuations un petit peu importantes, on continuer à travailler notre adaptabilité.
Le changement de posture
Le changement de posture, c'est vraiment fondamental, y compris pour des listes qui se disent alternatives. Pour une des listes que j'ai rencontré, ce que j'ai perçu, c'est que les personnes restaient en logique d'intention, c'est-à-dire qu'ils disent, voilà, puisque l'on est élu, c'est nous qui devons arriver avec plein d'idées qui sont bonnes pour les autres. Et donc c'est nous qui devons fabriquer le programme et puis une fois qu'on aura un programme qui sera super, c'est là-dessus que les personnes vont aller. Alors je ne dis pas qu'il ne faut pas d'idées, c'est bien d'avoir des idées, mais je pense qu'en terme de changement de posture, il y a vraiment l'idée de passer d'une logique d'intention à une logique d'attention. Ce n'est pas parce qu'on est acteur des transitions, qu'on a envie que le monde aille mieux, qu'on doit imposer nos idées aux autres. Et donc je pense que effectivement ce changement de posture, en citant Olivier Hamant :
- dans la démocratie performante, "je veux et je sais", je veux qu'on arrive à ça et je sais comment on va faire, et donc je cherche des exécutants pour qu'on puisse arriver à ce résultat-là
-* dans la démocratie robuste, c'est j'ai envie de, mais je ne sais pas comment faire. À partir du moment où on dit "j'ai envie de", une envie, ça peut se partager et ça peut se discuter. Des personnes qui travaillent sur la coopération parlent d'intention sans forme : j'ai une intention sans forme, c'est-à-dire que je ne sais pas exactement comment on va faire, le fait d'avoir une intention sans forme laisse de la place à l'autre. Et si on dit que la coopération se construit sur l'exposition de ses vulnérabilités, si moi en tant qu'élu je dis "moi j'ai envie de", j'ai envie d'avoir un territoire en santé, en détaillant un peu l'idée de santé commune, par contre je ne sais pas comment faire, là tu vas voir des gens qui vont dire " moi j'ai une envie similaire et par contre je sais déjà un peu comment faire".
C'est un changement de posture qui est un peu subtil : si on dit "moi j'ai envie de mais je ne sais absolument pas comment faire", en terme de crédibilité, ça va piquer un peu. Par contre, vous pouvez allez voir le réseau Bruded, qui est un réseau d'élus en Bretagne autour de la transition qui font de l'échange de pratique depuis maintenant une quinzaine d'années qui documentent ce qu'ils font, c'est fabuleux. Et vous pouvez dire "voilà, moi par rapport à cette envie-là, j'ai plein d'idées mais moi je ne sais pas trop laquelle faire et laquelle choisir". Le réseau Bruded, c'est une association qui fait des visites apprenantes, qui font des dossiers fabuleux. Dire que vous avez envie de que vous avez déjà potentiellement des solutions mais à partir du moment où vous dites "moi je ne sais pas laquelle choisir", on peut soit à minima la choisir avec d'autres personnes et à maxima la co-construire avec les gens. Et donc vous voyez ce changement de posture de "je sais, je veux" à "je sais, j'ai envie d'eux, je ne sais pas" laisse de la place aux autres.
La gouvernance contributive
Il y a même un élu, un gars qui a fait trois mandats du côté de Brest, qui est assez sympa, qui a des cheveux un peu frisés et grisonnants, qui avait travaillé sur une notion qui s'appelle la gouvernance contributive et dedans il y a un certain nombre d'ingrédients que j'utilise quand je discute avec ces élus pour les inciter à changer de posture.
- faire avec : La première chose, c'est de dire un des enjeux est de développer la coopération sur le territoire et de faire avec les personnes, les associations, plutôt que de faire pour les gens. J'ai discuté avec un élu il n'y a pas longtemps, qui me dit "j'ai un super projet, là on est en train de le peaufiner, et on ne le dit à personne, parce qu'on veut leur faire la surprise". Là, on est encore dans la posture "de papa" qui a envie de faire une surprise à ses enfants, et puis ce jour-là on va couper un ruban, ça va être génial et comme ça je pourrais dire que j'ai fait plein de choses.
- être en attention : Un second élément, c'est être en attention. Je disais tout à l'heure : des gens qui font des choses sur le territoire, il y en a déjà plein. Donc soit j'arrive et je suis en intention, alors mon intention va écraser les intentions des autres, voire même va provoquer une guerre des intentions. Si par contre je dis moi par rapport à cette idée, prenons la finalité de la santé commune, quelles sont les personnes qui déjà sur ce territoire font des choses ? comment je suis en attention par rapport à cela ? Je l'accueille et du coup c'est du robuste déjà là, ce sont des choses sur lesquelles on va pouvoir s'appuyer.
- donner à voir : Quand on est sur une petite commune, en général les gens se connaissent, mais plus vous êtes sur une commune importante ou un territoire important, plus les gens travaillent dans leur coin. parfois vous avez des personnes qui travaillent pour une même finalité, pour une même envie, mais par contre ne savent pas que tu as une association à côté, ou un élu à côté, ou un service social à côté qui travaille pour la même raison. Comme les humains travaillent beaucoup en silos, un des enjeux est de donner à voir ce que font les uns et les autres pour inciter à la connexion, inciter à ce que les personnes puissent travailler sur le lien, sur la porosité, sur les connecteurs entre les différentes actions. Et en tant qu'acteur d'une collectivité, je peux inciter les personnes à travailler en lien. Là actuellement avec quelques personnes on accompagne le département du Gard pour qu'un appel à projet, devienne un appel à communs. Pour cet appel à communs, les structures doivent travailler à minima à trois, produire des communs dans tout ce qui est fait, y compris quand ils déposent le projet, qui doit être visible à tout le monde. Donc il y a une notion de transparence et de coopération ouverte. Cela crée des liens et cela crée aussi un peu des problèmes, mais n'empêche qu'on est vraiment dans du changement de posture.
- outiller, apprendre à coopérer : Il y a aussi l'idée d'outiller les humains : à l'école on n'a pas appris à faire ensemble, on n'a pas appris à coopérer, on a plutôt appris à cacher sa copie. Donc il y a un enjeu à outiller les personnes pour apprendre à coopérer. Qu'est-ce que c'est que la coopération ? comment ça s'anime ? comment ça s'outille au sens numérique du terme. Il y a vraiment un enjeu à former là-dessus.
- Connecter, relier : je ne reviens pas là-dessus, mais plus on fera de liens entre les choses et qu'on "désilotera". Donc quand les gens qui travaillent sur le social commencent à articuler leur projet avec des gens qui travaillent sur la biodiversité, c'est vachement plus pertinent que quand vous avez des écolos qui bossent dans un sens et puis les solidaristes qui travaillent dans un autre sens. Et bien souvent ce sont des personnes qui n'ont pas forcément des langages communs, qui pensent que le monde sera sauvé quand tout le monde sera comme eux ; et un des enjeux peux être de non pas opposer les gens et de continuer à maintenir des clivages, mais de connecter, de relier.
- mettre en communs : le dernier élément, c'est mettre en communs, se débrouiller pour qu'on crée des communs sur le terrain à la fois mettre en communs ce qu'on fait, mais aussi identifier et préserver les communs du territoire. Si je reprends l'exemple de la commune de Belvézet dont je parlais tout à l'heure, suite au Covid, où ils ont analysé quels étaient les endroits qui ont été super importants : ils ont vu qu'ils avaient un petit salle de spectacle en plein air, qui était un lieu important. Il y avait une place municipale qui était importante.. Ces différents lieux ce spnt comme les points d'acupuncture du territoire, ces points d'acupuncture, il faut absolument les identifier comme points vitaux du territoire et que tout le monde ait conscience que ce sont des points vitaux et on va se débrouiller pour y mettre de l'énergie. Par exemple, adossé à la petite salle de spectacle en plein air, ils ont construit une cuisine et se sont aperçus que cette cuisine peut être utilisée par toutes les associations du territoire. Et ils sont aperçus que maintenant le matin, tu vas te retrouver avec des chasseurs qui vont venir boire un coup avec des personnes d'une association de randonneurs, du coup cela fait des espaces où ils vont se croiser, ils vont se rencontrer et forcément à un moment ou un autre cela va dialoguer. Ce côté mettre en commun, identifier les communs, les préserver, c'est vraiment vital. Cela fait partie de la gouvernance contributive et cela a été documenté.
Le changement de posture est complètement vital, ce faire avec, être en attention, donner à voir, sont des manières d'analyser ce qu'on fait ou ce qu'on ne fait pas sur un territoire. On a une espèce de trame, qui est perfectible mais qui est compréhensible, pour le faire avec, comment on se débrouille pour faire avec ? Et là du coup, quand on dit comment on s'y prend, je renvoie la balle, comment vous pourriez faire plus avec les gens ? Certains vont faire un inventaire de tous les gens qui font des choses. Est-ce que cet inventaire tu le fais pour toi ou est-ce que tu le fais pour toutes les instances du territoire ou tous les acteurs du territoire ? Si on prend le côté être en attention, on peut se débrouiller pour reprendre des idées de l'appel à communs du Gard : il va bientôt y avoir une réunion ou toutes les personnes qui vont déposer des projets sont dans une même salle, ils vont travailler sur le fait de fabriquer des projets ensemble. Si on fait ça, forcément, en tant qu'élu je vais être attentif à ce que font les différentes associations, mais surtout elles vont commencer à être attentives entre elles, ce qui donc va créer des conditions de connexion, techniquement c'est pas très compliqué.
Très souvent, je donne cette trame et là ensuite j'interroge ce serait quoi les fluctuations qui risquent de vous tomber sur la figure sur votre territoire. Là les gens ont plein d'idées, on les liste et puis après je leur fais tirer une au hasard, on dit tiens si y a ça qui se passe, est-ce qu'il y a du robuste déjà là ? qu'est-ce qu'il manquerait ? Et là tu t'aperçois qu'en fait ce sont les gens qui se fabriquent leur propre processus et je pense qu'il y a vraiment un enjeu à s'apercevoir que cette idée de robustesse, c'est un processus. Personne ne vous dira cette commune a 3R, vous voyez comme des communes mettent 3 fleurs sur les panneaux etc. La robustesse se construit à l'échelle territoriale et sur des connexions entre territoires, c'est un processus où en grandit en robustesse. Ce chantier, on va l'aborder en fonction des angles qui nous semblent pertinents pour nous. Par exemple si je reprends la commune de Belvézet, qui a identifié que la question de l'eau : il y a des endroits où il y a trop d'eau, il y a des moments où il n'y a pas assez d'eau. Cette idée de qualité de l'eau va être articulée avec la biodiversité, articulée avec les paysans qui vont avoir de l'eau au moment où il faut. Du coup ils sont en train de lancer un immense chantier participatif autour du sujet et d'aller chercher des financements là-dessus. Ils ont trouvé un axe qui pour eux a très fort effet levier où cet axe-là est co-construit avec les habitants. A partir du moment où tu fais ça, ça veut dire que chaque commune ou chaque territoire est tout à fait en capacité de trouver les pistes qui sont pertinentes pour lui. Et là du coup si on commence, et là je te remercie encore Michel sur l'idée de communauté apprenante, si on a des gens qui sont des petits poissons pilotes robustesse dans plein de territoires qui discutent entre eux, c'est là que les solutions vont vraiment arriver. L'idée c'est que vous compreniez les ingrédients de la robustesse en les mettant en œuvre à votre niveau, vous allez avancer, vous allez expérimenter, des fois ça va marcher, des fois ça va échouer. Par contre si vous êtes en coopération ouverte, ce que vous allez faire va un peu comme ce que fait Bruded, ce que vous allez faire va servir aux autres. Des fois vous aurez une question, vous pourrez la partager non pas uniquement dans votre conseil municipal mais dans une communauté de personnes un peu plus large, et là on peut à mon avis tout à fait avancer ensemble.
a-brest











