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Interview de Guillaume Josse, fondateur de Futura-sciences

Entretien avec Guillaume Josse publiée par la revue Captain Doc, une publication de INIST Diffusion.

"La diffusion de la culture scientifique doit être un des vecteurs de la reconquête active de l’intérêt estudiantin pour les sciences".

Guillaume Josse est fondateur et chef de projet du site internet
Futura-Sciences http://www.futura-sciences.com, portail de référence
dans le domaine des sciences et technologies. Elève ingénieur à
l’ENST-Bretagne, passionné de plongée et de windsurf, il est
actuellement en stage Jeune Ingénieur - césure en entreprise d’un an
entre la 2ème et 3ème année - chez Alcatel Alenia Space.

Pour Captain
Doc il revient sur le concept du site et sa démarche, à l’heure où les
étudiants désertent les filières scientifiques.

Guillaume Josse : Futura-Sciences est un carrefour où convergent les
richesses thématiques des sciences et des technologies. De la physique,
à la biologie, en passant par l’astronomie, l’informatique ou les
mathématiques, l’internaute peut emprunter ces routes et se laisser
guider par 4 pôles : s’informer, comprendre, communiquer et se
détendre.

C’est aujourd’hui une équipe bénévole d’une trentaine de personnes,
pour plusieurs millions de pages lues par mois.

Le concept invite l’internaute à plonger "au coeur de la science" au
travers d’un portail internet dynamique qui présente une actualité remise à jour en
permanence et de nombreux dossiers, de la recherche au
quotidien, aux grandes avancées : retour en vol de la navette américaine
en direct, télévision numérique terrestre, boson de Higgs, viaduc de
Millau, réchauffement climatique, gastronomie moléculaire, théorie de
l’évolution, crocodile du Nil...

Les forums de débats et de discussions - plus
de 30 espaces différents pour 300 000 messages - sont aussi à découvrir
ainsi que l’agenda des
manifestations scientifiques, une grande galerie photos et maintes autres
rubriques.

Futura-Sciences permet aujourd’hui de rapprocher les scientifiques des
citoyens et favorise la maitrise des enjeux posés à la société par les
nouvelles découvertes. Les ramifications conceptuelles de thèmes de
recherche récents comme le clonage sont parfois complexes, et il est
important d’apporter des réponses aux nombreuses questions qu’elles
peuvent susciter.

Captain Doc : Comment vous est venue l’idée de faire connaître la
science ?

G. J. : Passionné au lycée par les avancées prodigieuses des
technologies et les percées scientifiques faites dans de nombreux
domaines, ma découverte d’internet fut à la base de cette aventure. La
culture scientifique me paraissait trop absente des médias
traditionnels et cette porte ouverte vers un eldorado numérique fut le
déclic pour la création du site en juillet 2001, alors que je rentrai
en PC* (deuxième année de prépa scientifique) au lycée Masséna.

L’humanité se cherche, encore et toujours. Mais aujourd’hui plus
qu’hier, les scientifiques nous interpellent. Les progrès de la science
ouvrent des boîtes de Pandore, closes jusqu’à ce jour. L’être humain
est placé devant de nouveaux défis, insurmontables si nous ne sommes
pas correctement informés.

C’est à la croisée de ces chemins que le concept de Futura-Sciences fut
forgé et qu’il évolue constamment aujourd’hui. Car dans cette ère de
l’instantané, la remise en cause doit être permanente afin de fournir
une information de qualité, claire et objective.

Captain Doc : Comment vit ce site ? Et comment êtes-vous arrivé à y
associer autant de personnalités du monde scientifique ?

G. J . : Au-delà du site internet, Futura-Sciences, c’est une grande
aventure humaine. Le site constitue une association de type loi 1901
animée par des bénévoles. Le réseau des réseaux a permis de fédérer une
équipe dynamique dont les membres proviennent d’horizons et de pays
divers : France, Angleterre, île de la Réunion, Pologne, Espagne... De
cette diversité culturelle découle notre énergie et un profond
engagement pour changer la donne. Un travail constant et une
organisation qui va de pair avec nos objectifs et les technologies
actuelles - wiki, forums, liste de discussions... - nous permet chaque
jour depuis 4 ans de construire cette action.

Mieux appréhender les enjeux des découvertes de demain, c’est aussi
mieux connaître les acteurs à la base de ces recherches. C’est pour
cette raison que dans une rubrique spéciale appelée "carte blanche" nous présentons le
portrait d’une centaine de personnalités scientifiques : Axel Kahn,
Jean-Pierre Luminet, Pierre-Gilles de Gennes, Bernard Lang, Hervé This,
Robert Kandel et bien d’autres. Au travers d’un dossier, de la
description de son métier et d’une biographie, le chercheur propose à
l’internaute de découvrir ses activités de tous les jours et les sujets
de ses travaux. A titre d’exemple, Daniel Desbruyères, chercheur à
l’IFREMER, nous captive grâce à une formidable plongée dans le froid et
l’obscurité des abysses.

Le dénominateur commun de cet engagement est avant tout la passion des
sciences et cette volonté d’en présenter les facettes réactives et
vivantes. Des scientifiques renommés comme Axel Kahn ou Roger-Maurice
Bonnet, qui parrainent le site, n’hésitent pas à accepter nos
invitations pour venir rencontrer les internautes lors de t’chats ou de
forums spéciaux, durant lesquels les internautes peuvent les
questionner sur des sujets aussi variés que la médecine de demain ou
l’atterrissage de la sonde Huygens sur Titan, que Futura-Sciences a
suivi en direct avec images et vidéos.

Captain Doc : Alors que le nombre de jeunes intéressés par les métiers
scientifiques est insuffisant, la diffusion de la culture scientifique
reste un parent pauvre des établissements d’enseignement et de
recherche en France. Comment expliquez-vous cette "réserve" et
qu’attendez-vous des établissements publics ?

G. J . : Les besoins en recrutement de haut niveau vont être importants
dans les prochaines années mais à cette promesse d’envolée du marché de
l’emploi s’oppose depuis le milieu des années 90 une tout autre réalité
 : les étudiants délaissent les filières scientifiques et à nombre
d’élèves relativement stable dans l’enseignement supérieur, les
inscriptions ne cessent d’y diminuer.

La diffusion de la culture scientifique doit être un des vecteurs de la
reconquête active de l’intérêt estudiantin pour les sciences. Il est
vrai qu’au travers de nos sollicitations sur Futura-Sciences, nous
avons pu noter une certaine réserve des établissements d’enseignements
supérieurs ou de recherche. L’enjeu est peut-être parfois mal perçu et
les priorités peuvent se bousculer, ce qui est compréhensible. Je crois
aussi que le potentiel d’Internet pour cette mission reste sous-estimé.
Mais concrètement la publication d’un dossier sur les turbo-codes avec
l’ENST-Bretagne a représenté en quelques jours plus de 10 000 accès.
Certains chercheurs se montrent d’emblée très motivés pour participer à
notre rubrique "carte-blanche" présentée plus haut, qui est destinée à
mettre en valeur les travaux de leur recherche et à donner envie aux
jeunes de se lancer dans une carrière similaire à la leur.

J’ai toujours perçu avec beaucoup d’intérêt les travaux pratiques et en
classes préparatoires nous avions systématiquement les yeux écarquillés
lorsque notre professeur de chimie nous présentait une expérience
"fumante" ! Cet accès pratique à la science et à ses réalités
quotidiennes est capital et fait aussi partie intégrante de la
diffusion de la culture scientifique. Peu de personnes imaginent par
exemple que la théorie de la relativité d’Einstein est la clé qui nous
a permis d’assurer la fiabilité actuelle du GPS et du futur système
européen Galiléo.

Il est vital d’assurer ce relais et ce rapprochement avec les jeunes
pour rendre la science accessible et moins opaque. Certaines actions
existent comme les conférences Népal (Noyaux Et Particules Au Lycée)
mais cette dynamique devrait être systématique et faire partie
intégrante des politiques de développement des écoles et universités,
des engagements des enseignants, pour capitaliser ce patrimoine
scientifique et le transmettre.

Je tiens enfin à profiter de cette interview pour remercier tous les
bénévoles qui s’investissent dans Futura-Sciences pour leur passion et
leur dynamisme ! Si participer à l’aventure vous intéresse, n’hésitez
pas à nous contacter

Propos recueillis par Michel Briand pour Captain Doc

© Captain Doc, septembre 2005

Et le mot du captain publié dans ce numéro 42 de Captain doc

On ne communique pas la sagesse comme on transvase le contenu d’un
récipient dans un autre, faisait observer Socrate à ceux qui se
collaient autour de lui. Une certaine conception d’Internet et de la
diffusion du savoir aurait parfois intérêt à ruminer cette plaisanterie
du grand ironiste. En apparence, un outil sans précédent de diffusion
du savoir, infini, bienveillant, prévenant même...

Cela n’empêche un fait, à savoir que le goût du savoir est en
régression. Captain Doc revient sur la question de la diffusion du
savoir, autour du site vedette animé par G. Josse (notre invité). Pour
lui l’information scientifique n’est pas simple affaire de curiosité ou
de passion, c’est aussi un enjeu politique et social fondamental, en
prise avec une actualité souvent menaçante.

Il convient donc de ne pas idéaliser le vrai visage du savoir.
Peut-être n’est-il pas fondamentalement rassurant, ou même éclairant :
c’est ce que suggère l’approche sonore, inspirée par la technologie,
que donne C. Jaeglé du philosophe (notre Biblionet). Il convient
surtout de s’interroger sur la relation du savant et du profane, qui ne
saurait se réduire à la simple "communication".

Posté le 2 octobre 2005 par Michel Briand
licence de l’article : Contacter l’auteur
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