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Un livre pour savoir « bricoler sereinement avec les technologies »

L'Histoire-sans-finL’Histoire sans fin des technologies de l’écrit. Traité de bricolage réfléchi pour épris de curiosité, Béatrice Vacher, Isabelle Le Bis, Presses des Mines, 2014 (Les carnets de Lilith)

Sur le site de l‘ADBS et dans le n° 2015/2 d’I2D Informations, Données & Documents

Le titre de l’ouvrage donne le ton. Il y a beaucoup d’humour et d’intelligence dans ces quelque cent pages qui se moquent gentiment de notre besoin, voire (pour certains) de notre amour du classement dont les auteures relativisent, avec brio, l’efficacité. Vouloir agir rationnellement, raisonnablement, quoi de plus légitime pourtant !

Mais, dans le 1er chapitre, on découvrira que la technologie, « conçue pour retrouver facilement nos documents, en favorise la dispersion, voire la perte », dans le 2e chapitre que, « conçue pour simplifier la vie  », elle fabrique « du contrôle à grands coups de normes figées » et, dans le 3e que, « conçue pour conserver, partager », elle est « source d’amnésie, voire d’exclusion ». Un constat qui se vérifie au fil du temps et qui serait terrible, angoissant si ce n’est qu’il donne l’occasion de mettre l’accent sur le poids de l’humain, du dialogue, de la « puissance de l’écoute flottante en action  » ou encore sur le partage et le « bricolage collectif quotidien », « la reconnaissance mutuelle », qui résolvent bien des problèmes. Ou lorsque mépris et inattention, souligne-t-on aussi, sont les sources des difficultés rencontrées bien plus que les complications techniques trop souvent mises en avant.

« Fais-moi un plan de classement » ! Oui. Pourquoi pas ? Mais les classements sont multiples, nous le savons, les buts collectifs ne sont pas toujours clairs, les préférences des uns et des autres « vagues, contradictoires et évolutives  » et il y a toujours des choses que l’on « a du mal à caser » ou que « tout le monde ne case pas au même endroit », soit autant d’obstacles pour le public et de perplexité pour les gestionnaires de l’information.

Ce désir d’ordre, bien ancré (chez certains du moins), reste donc un vœu pieu, face à cette technologie, parée pourtant de toutes les vertus, « qui fabrique du désordre ». Les anecdotes pour le prouver foisonnent, comme ces abréviations des moines copistes imaginées pour copier plus vite qui se traduisent par des pertes de temps lorsqu’il s’agit de les reconstituer ou, encore, sur un autre plan, lorsque l’on passe insensiblement de « l’ organisation bienfaisante au contrôle pernicieux », comme le démontrent un grand nombre d’autres exemples. Les solutions, comme on le constatera, de prime abord judicieuses, engendrent complexité, embarras, incompréhension, confusion, exclusion… voire même des litiges. Et que dire des manières d’aborder le classement, si différentes et si fascinantes dans d’autres cultures, non occidentales ?

Il n’y a pas de progrès permanent en matière de classement, on l’aura compris, et le numérique n’y change rien. Ce sont une foultitude de « petits arrangements », la débrouillardise de l’humain, sans lesquels rien ne fonctionnerait, qui ont la part belle. Vous ne trouverez d’ailleurs pas de solutions dans cet ouvrage mais, après l’avoir lu, vous serez indéniablement « armés pour bricoler sereinement avec les technologies » qui ne manqueront pas de s’offrir à vous.

Voici un ouvrage brillant, émaillé d’histoires amusantes et étonnantes, qui fait appel à l’histoire, à la philosophie, à la sociologie, à l’économie, etc. Il est publié dans une collection qui « se penche sur des faits de manière joyeuse et critique ». Voilà qui devrait attiser votre curiosité.

Via un article de Michèle Battisti, publié le 29 juin 2015
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