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Minga de Brest : co-création d’un kit de co-création de biens communs

Un article repris du site deLilan Ricaud, animateur de cet atelier au 6éme Forum des usages coopératifs

Comment faciliter l’auto-organisation de groupes de travail pour créer des biens communs ? J’ai été invité à intervenir au Forum des Usages Coopératifs de Brest « Territoires et dynamiques contributives, la coopération en action » où j’ai animé un atelier ayant pour but de co-créer un kit de formats de rencontres comme outil pour co-créer des biens communs. Voici un retour sur cet atelier ; l’article est long mais riche d’informations pour ceux qui s’intéressent à l’animation de groupes.

Comment s’auto-organiser en tant que groupe ?

On voit de plus en plus de collectifs citoyens qui essayent de s’organiser pour inventer un mode meilleur et passer de l’opposition à la construction d’alternatives : Villes en Biens Communs, Colibris, Villes en transition, Transition Citoyenne, … Ces collectifs citoyens en grande partie auto-organisés rassemblent des personnes d’horizons et de cultures très différentes autour d’une envie commune.

Comment passer de cette envie commune à une action commune ? Comment aligner les intentions quand on ne se connait pas bien ? Comment s’accorder sur un mode de gouvernance moins pyramidal et plus distribué ?

Une des difficultés est d’arriver à se choisir des règles du jeu communes quand tout le monde apprend à se connaitre et que personne n’a plus de légitimé que les autres pour orienter le déroulement des rencontres.

Comme le résumait très bien Nathalie Menet sur la liste de discussion AnimFr(groupe francophone d’animateurs de réseau) :

(il peut y avoir des tensions) quand un groupe se constitue au départ sans réel leader, avec des membres qui ont différents degrés d’expérience : par exemple, des personnes qui ont l’expérience du travail en équipe, et d’autres qui travaillent en équipe pour la première fois.

Forcément, la finesse relationnelle n’est pas la même, l’analyse de ce qui se joue dans l’interpersonnel n’est pas la même, la prise en main du groupe n’est pas la même. Les plus expérimentés connaissent par expérience les étapes par lequel en général un groupe passe et essayent d’en éviter les écueils. Les plus novices, eux, tombent immanquablement dans tous les panneaux et les travers connus.

Je n’ai pas de solutions pour cette (..) idée, mais des questions :

Comment amener un leadership bienveillant sans donner l’impression aux plus jeunes que tel ou tel membre « plus vieux » leur impose quelque chose ?

Quelle alchimie trouver entre structuration des échanges et émergence organique, quand certains membres ne savent pas de quoi il s’agit (et souvent, dans ce cas, la structuration est mal vécue, et l’auto-organisation ne favorise pas l’émergence mais crée de l’inertie) ?

Comment partager au départ les expériences de chacun, sans que cela soit mal vécu par les plus jeunes (genre « le vieux qui la ramène ») mais au contraire que cela soit compris comme un acte bienveillant et fécond pour le collectif ? (ici, bien sûr, l’attitude bienveillante du « vieux » est primordiale, mais cela n’est souvent pas suffisant)

J’ai observé la même problématique dans divers réseaux, ce qui m’a amené à réfléchir à la possibilité de créer un kit que des groupes pourraient s’approprier pour faciliter le démarrage d’un projet collaboratif autour d’une intention partagée.

Plus précisément, j’ai profité de la rencontre du forums des usages coopératifs pour organiser un atelier ayant pour but de co-créer un kit qui aiderait les groupes à co-créer des biens communs.

A propos des biens communs

Les biens communs (ou simplement « communs ») sont des ressources, gérées collectivement par une communauté selon une forme de gouvernance qu’elle définit elle-même.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette notion voici une courte description de cette notion extrêmement importante.

Les (biens) communs - Contours et repères from Villes en biens communs

Minga : un chantier collectif pour créer des biens communs

Une Minga également appelée Minka (en langue quechua) est une tradition sud-américaine de travail collectif à des fins sociales.

D’origine précolombienne, cette tradition met le travail commun au service d’une communauté, d’un village ou d’une famille, à des moments déterminés où un effort important est nécessaire : récoltes agricoles, constructions de bâtiments publics, déménagements…

Elle se pratique en particulier au Pérou, en Équateur, en Bolivie et au Chili.

Même si le sens semblent varier légèrement selon les pays , l’idée est globalement la même (voir Minga sur la Wikipedia espagnole).

Transposée au numérique, une Minga peut être vue comme un travail collectif pour créer des biens communs.

Il existe un terme équivalent dans de nombreuses cultures du monde pour ce genre de pratiques (voir la page travail communautaire sur laWikipedia anglophone).

La notion de Minga m’intéresse car contrairement à des buzzwords vides de sens, derrière le mot Minga il y a une pratique sociale vivante très forte. Née de la culture quecha elle a survécu la colonisation espagnole et continu à exister de nos jours où elle reste un outil important du faire ensemble.

J’ai donc décidé d’inscrire mon atelier dans ce contexte en le baptisant ainsi.

Pour la petite histoire, le collectif Unisson qui travaille sur la création de « briques » pour facilitent la construction des projets autour des communs a lui aussi choisi symboliquement de s’inscrire dans le même contexte en se mettant en Minga permanente sur les 3 jours pendant lesquels chacun pouvait venir autour du tiers lieux éphémère pour proposer un « commun » sur lequel contribuer, mobiliser des participants pour contribuer à l’amélioration de ce commun et faire avancer concrètement des projets à partir des compétences des personnes présentes.

Il y a beaucoup de travail intéressant dans cette « Minga permanente », mais je décris ici uniquement ce qui s’est passé dans l’atelier que j’ai animé pour co-créer le kit de Mingas.

Déroulement de la Minga pour la co-création du kit

Le but étant de créer un kit de formats d’évènements, j’ai utilisé cette Minga comme un prototype et construit une séquence de formats que nous utiliserions à la fois pour co-créer le kit, mais aussi pour vérifier la pertinence de cette séquence comme trame/canevas pour de futures Mingas.

Cette séquence était la suivante :

  • invitation (en amont)
  • accueil, présentation de la rencontre et proposition de règles du jeu (10 min)
  • présentation du contexte (15 min)
  • brise glace (20 min)
  • réflexion collective (30 min)
  • pause (10 min)
  • action / travail collectif (45 min)
  • clôture (10 min)

En voici le détail.

Invitation

L’invitation est extrêmement importante car elle doit rendre visible une intention assez claire pour pouvoir résonner (ou pas !) avec les personnes et donner à certaines l’envie de venir contribuer.

Comme indiqué plus haut, j’ai choisi le mot de Minga pour donner un sens culturel et pas seulement descriptif à cette rencontre. En utilisant un mot désignant une pratique sociale à la fois ancestrale et toujours vivante je plante un décor qui n’est pas le même.

L’invitation s’est faite par le wiki du forums des usages coopératifs et aussi par des rencontres en présence.

Accueil

Avant d’accueillir les participants j’ai essayé de rendre le lieu le plus confortable possible, ouvrant les rideaux pour laisser le maximum de lumière naturelle entrer et ouvrant les fenêtres pour faire circuler l’air dans un bâtiment surchauffé par le soleil brestois.

Les tables longues et lourdes imposaient un format scolaire très rigide (participants assis face à l’orateur). Je n’ai pas pu agir sur cette architecture, mais j’ai essayé de casser ce format imposé par le lieu en invitant les participants à s’assoir sur les tables ou aller travailler dehors assis dans l’herbe s’ils le souhaitaient.

Présentation de la rencontre

Après avoir accueilli les participants, j’ai rappelé la notion de Minga décrite plus haut et essayé de clarifier mon intention pour l’atelier :

  • faire une Minga pour co-construire un kit de Mingas,
  • utiliser l’atelier comme une expérience où nous allons créer ensemble tout en testant une trame et des formats.
  • commencer avec des formats plutôt structurés et descendants où je suis l’animateur principal mais aller au cours de la rencontre vers des formats plus ouverts où je joue un rôle moins central et où le groupe fonctionne de plus en plus en auto-organisation.

Proposition de règles du jeu

Que se soit pour jouer au foot ou au échecs, des règles du jeu partagées créent un cadre commun qui permet ensuite de jouer ensemble.

Pour le déroulement de l’atelier, j’ai proposé au groupe les règles du jeu suivantes :

  • licences libres : les contenus que nous produirons ensemble seront mis en bien communs via la licence libre CC-BY-SA. Cela peut semble évident pour un chantier destiné à créer du bien commun, mais il était important de le préciser.
  • loi des deux pieds : Inspirée par le forum ouvert, cette règle indique que chacun est libre de se positionner à tout moment où il le souhaite, que ce soit de passer d’un groupe de travail à un autre ou même de quitter la rencontre.
  • discussion collective  : demander la parole, ne pas la prendre, donner la priorité à ceux qui n’ont pas parlé. Cette règle permet à chacun de contribuer au débat, favorise l’écoute, la qualité de la réflexion et l’intelligence collective.
  • bienveillance : notion générale un peu floue, mais qui consiste à partir du principe que chacun fait du mieux qu’il peut, qu’il faut être attentif aux autres et aider chacun à donner le meilleur de lui même.

J’ai demandé au groupe si chacun était d’accord pour jouer selon ces règles et s’il y avait des remarques avant de continuer.

Enfin j’ai aussi demandé à certains de jouer les scribes et de prendre des notes en collaborant sur un pad.

Présentation du contexte : les évènements co-créatifs

Même si je souhaitais laisser beaucoup de liberté et amener le groupe à s’auto-organiser, en tant qu’initiateur de l’atelier j’avais à la fois la légitimité et la responsabilité de guider le groupe au départ.

Pour planter le décor, j’ai commencé par un format de présentation classique où je suis brièvement revenu sur les évènements co-créatifs comme outil coopératif. J’ai essayé de montrer comment notre vocabulaire du faire ensemble est limité et comment en choisissant différents formats nous pouvons obtenir différents types d’interactions et augmenter ce vocabulaire du faire ensemble.

Pour cela j’ai effectué une présentation rapide réutilisant les diapos que j’avais déjà présentées à Toulouse une semaine plus tôt (voir ci-dessous à partir de la diapo 14 ; vous pouvez accéder aux notes de présentation en utilisant l’icône en forme de rouage sous le lecteur de diapos).

Brise glace : 3 évènements

Avant de passer à une réflexion et une action collective il me semblait important d’avoir un temps pour créer du lien et apprendre à se connaitre.

Pour cela je cherchai un format qui puisse briser la glace entre les participants mais ne mette pas mal à l’aise et ne force personne à sortir de sa zone de confort.

La sérendipité fonctionnait bien à Brest et au petit déjeuner j’ai eu la chance d’une rencontre et d’une discussion spontanée avec Anne Saubusse, très au fait des jeux coopératifs.

Anne a proposé et animé un brise glace appelé « 3 événements ».

Ce jeu consiste à dessiner une frise chronologique sur un tableau et inviter chacun à tour de rôle à venir marquer et présenter aux autres participants trois évènements publics qui les ont marqués en expliquant pourquoi.

Une règle de ce jeu est que l’on ne doit pas parler d’évènement privés et rester sur des évènements de la sphère publique auxquels les autres participants pourront se rattacher.

Ce format est intéressant car il permet à chacun de partager un peu de sa personnalité tout en gardant un contrôle complet sur ce que l’on livre de soi. On peut ainsi choisir de livrer des choses très personnelles ou bien rester général en évoquant simplement des centres d’intérêts.

Si dans le format original il est demandé à chacun de présenter trois formats, lors de notre Minga, nous avons simplement demandé de citer un seul format afin de garder du temps pour la suite.

Autre petite modification introduite en cours de route, j’ai demandé à chaque personne qui venait d’écrire au tableau et de présenter de passer ensuite le relais en proposant à une autre personne d’intervenir et en lui passant le feutre.

C’est un petit détail mais il me semblait intéressant dans le sens où il contribuait à réduire le rôle central d’animateur distribuant la parole que j’avais au début et, symboliquement, invitait chacun à devenir co-animateur de la rencontre.

Enfin ce format a eu le bénéfice supplémentaire de faire remonter quelques formats co-créatifs comme par exemple les « incroyables comestibles » qui consiste à planter des légumes ou des fruits dans l’espace public pour créer de la nourriture en biens communs.

Réflexion collective : souvenir du futur

J’avais déjà des idées sur la mise en œuvre de la fabrication du kit Minga.

Mais plutôt que d’imposer quelque chose et de faire travailler les participants sur mes idées j’ai trouvé plus intéressant d’utiliser un format de réflexion collective qui servirait à la fois à imaginer à quoi ressemblerait ce kit et comment il serait utilisé, mais aussi à créer une vision partagée.

Pour cela j’ai choisi d’utiliser un format très simple mais très puissant appelé « souvenir du futur ».

Ce format consiste à se projeter dans le futur après qu’un projet ou un évènement soit terminé et à « se rappeler » ce qui s’est passé.

Concrètement voici la trame que j’ai donné aux participants :

Quelques mois ou quelques années ont passé et un kit Minga a été produit. Vous avez utilisé ce kit avec succès et vous l’avez trouvé génial. Pourquoi ? Décrivez ce qui vous a plu en parlant au passé.

En racontant des histoires au passé ont fait sortir quelque chose de tangible et on crée une empathie avec le sujet. Il ne s’agit plus simplement de quelque chose d’imaginaire, mais quelque chose de qui devient très réel pour tous.

La aussi la diversité des individus enrichit le groupe, chaque personne amenant un angle plus ou moins personnel, technique, théorique ou pratique, mais toutes les pistes sont intéressantes, menant à une sorte de mini cahier des charges de ce que devrait être ce kit de Minga.

J’ai donné 5-10 minutes aux participants pour noter des idées sur papier. Certains ont réfléchis seuls, d’autres en petit groupes. Ensuite chacun est venu présenter ses « souvenirs » au groupe et les marquer au tableau.

Notez que ce format peut être aussi mis en œuvre en utilisant des post-it, qui peuvent être collés sur un mur et reclassés au fur et a mesure ou encore un logiciel de mindmapping projeté sur un écran qui permet la aussi de rendre visible, réorganiser, mais aussi de conserver au format électronique.

Notez aussi que j’ai demandé aux participants de « se rappeler » uniquement ce qui a bien marché, à la fois pour des raisons de temps et aussi pour unir autour d’une vision positive. Il aurait aussi été possible de « se rappeler » ce qui n’avait pas marché afin d’avoir une idée des écueils ou difficultés possibles.

Le format souvenir du futur a très bien marché, j’y reviendrai plus tard dans l’article.

Pause

Même si la durée de l’atelier était seulement de 2h30, il me semblait important de prendre une pause. Accepter qu’une pause est un moment à part entière de la rencontre c’est reconnaitre que nous ne sommes pas des machines ou des cerveaux sur pattes, mais des humains avec un corps, vivant, avec ses propres besoins, que nous avons une capacité d’attention limitée et qu’il est utile de se laisser un temps libre pour mieux repartir avec l’esprit clair.

Pendant la pause, il est possible d’aller au toilette, boire, fumer une cigarette, marcher, s’étirer, fermer les yeux, … Chacun a pu faire son choix.

Certains en ont même profité pour utiliser la loi des deux pieds et quitter l’atelier à ce moment la.

Le fait que des personnes partent est une chose positive car la rencontre étant basé sur le volontariat il est important que chacun soit la parce qu’il a envie d’être la et non parce qu’il se sent obligé de rester, ce qui pourrait engendrer des frustrations inconscientes et des tensions.

Action collective auto-organisée

La partie action / travail collectif est celle que j’avais le moins préparée car je voulais la laisser ouverte et amener le groupe à s’auto-organiser.

A partir des pistes des réflexions issus des « Souvenirs du futur », j’ai invité les participants à proposer des chantiers à partir des thèmes listés préalablement ou à rejoindre un chantier existant proposé par d’autres dans un esprit d’organisation proche du forum ouvert et de la stigmergie.

J’ai aussi donné la consigne suivante : Essayer de se fixer un objectif, aussi minime soit-il, qui soit atteignable dans la durée impartie (environ 45min).

Même si le temps restant était très court, je vois plusieurs intérêts à cela :

  • avoir un objectif concret à atteindre motive et est plus valorisant si on arrive au bout, que de démarrer quelque chose qui va rester inachevé
  • la contrainte de temps force à être créatif, à aller vraiment à l’essentiel et ne pas se perdre dans des détails

Après quelques minutes d’hésitation et de flottement nous nous sommes divisés en 3 sous groupes qui avait pour objectif de :

  • lister des formats d’évènements qui rentreraient dans le kit
  • travailler sur la partie témoignages du kit
  • réfléchir à la mise en réseau du groupe pour prolonger ce travail

Les groupes étaient invités à choisir leur mode de fonctionnement et leur lieu de travail.

Tout le monde ayant souhaité travailler dehors, nous avons convenu de nous retrouver dans la salle 10 minutes avant la fin pour que chaque groupe fasse une restitution aux autres. Les trois groupes se sont séparés, certains autour de tables, d’autre en cercles assis dans l’herbe, certaines personnes à l’ombre, d’autres au soleil.

Clôture de la session

Après la restitution de chaque groupe nous avons clôturé avec un petit brise glace (fait très rapidement car plusieurs personnes devaient partir pour les ateliers suivants).

Pourtant, même s’il est bref, le moment de clôture est important, c’est le moment où le groupe cesse son interaction et où les individus reviennent à leur routine. C’est donc un moment à ne pas négliger.

Même si nous avons fini avec un peu de retard, globalement nous avons respecté le temps (l’atelier lui même avait commencé avec un peu de décalage par rapport à l’horaire initialement prévu).

Bilan et résultats :

Prototypage d’un canevas de Minga

Je n’ai pas eu le temps de demander à tout le monde leur avis sur la séquence de formats, mais il me semble que malgré le temps très court, la trame à montré un certain potentiel et un intérêt auprès des participants.

De plus cette trame (invitation, accueil, présentation, brise glace, réflexion, action, clôture) peut être modifié pour s’étaler sur une durée plus grande (par exemple une journée ou un weekend), mais aussi utiliser d’autres formats pour chaque partie.

Par exemple, les présentations pourraient être faites en mode présentations éclairs (Ignite, Pecha Kucha, Lightning Talk) ou plus longue (TED Talk,Wiki Stage), le brise glace pourrait varier selon le sujet du jour, être plus ou moins énergisant, le format de réflexion collective pourrait varier (Accélérateur de projet, 6 accords partagés, Méthode de Nonaka et Takeuchi), le mode d’action pouvant être souple comme c’était le cas ou plus thématique (Coding party, Carto party, Translathon, Open Collaborative Translation,Edit-athon, Permablitz, Disco Soupe…)

Un cahier des charges du kit Minga

Grâce au format « Souvenir du futur », nous avons dégagé une vision très intéressante de ce que devrait être ce kit Minga et qui agit comme un mini cahier des charges. Voici un résumé issu du pad que j’ai réannoté pour le rendre plus compréhensible pour ceux qui n’ont pas assisté à la Minga (participants corrigez moi si je me suis trompé dans le sens).

Pour vous, le kit pour produire du bien commun a déjà marché. Comment était il ?

  • Il y avait de la diversité dans les formats présentés
  • Il a servi à atteindre les objectifs : production et prise de décision
  • Il a permis d’échanger avec la communauté pour l’enrichir
  • Il est accessible en ligne sur un outil collaboratif
  • Il a été approprié par d’autres
  • Il a pris en compte des spécificité du bien commun en terme de besoin d’outil d’animation
  • Il a permis de naviguer dans les différents formats selon les situations (thème, nombre et nature de participants . .)
  • Remixe des outils connus
  • Session de contribution : on a besoin d’avoir la trace
  • Il a permis de créer de la confiance
  • Il a permis la contribution en laissant les portes ouvertes
  • Il est rédigé en plusieurs langues
  • Il permet de trouver des témoignages de gens qui l’ont utilisé ou qui y ont participé
  • J’ai aimé le dé qui m’obligeait à répondre à des questions auxquelles je n’avait pas pensé avec un coté ludique
  • Le kit est porteur des conditions pour fabriquer d’autres kits adaptés par exemples à des enfants, etc.
  • Une foire aux questions / forum / . . .
  • accessible sous licence CC, accessible à tous (handicap) partout (différents formats)
  • j’ai pu accéder au kit à la mairie/maison de quartier (« vous vous souvenez ? c’était au temps où il y avait encore des mairies »)
  • Il contenait un système de code pour faciliter l’accés
  • Adaptation au contexte et créativité possible
  • recherche par thèmes ou tags et description détaillée
  • possibilité d’ajouter mes propositions
  • accessible à tous (vulgarisé) et partout sous différents formats (papiers, connecté,déconnecté, etc.)
  • pas besoin d’animateur ni de matériel important
  • très transportable et on pouvait piocher des petits modules dedans
  • Arbre décisionnel, grille, guidage dans les choix…
  • personnalisable pour que le fond soit aussi important que la forme
  • Il contient des paroles de penseurs inspirantes
  • petites expériences de coopération réussies
  • coopbox
  • qd on est sorti du verre à moitié vide en intégrant ceux qui disent « ca marche pas » et ne pas etre déprimé
  • illustrés par les dessins d’Eric Grelet
  • on a produit un résultat et on a été accompagné pour le mettre en partage et on a pu y apporter des retours
  • il avait été pensé pour être aussi un lien humain, être un kit et un partage des savoirs,
  • Il a été conçu pour aider à faire du co-wo-slow-tourism comme moyen de faciliter la transmission de pratiques sociales

Cela ne veut pas dire qu’il faut tout prendre et tout faire. En fait au delà d’un kit on peut imaginer qu’il y ait plusieurs kits (électronique, papier, en différentes langues, ou plus spécialisé sur certaines thématiques…).

La aussi il serait intéressant d’aller vers untravail en collaboration stigmergique où différentes personnes travaillent sur des parties qui les intéressent plus particulièrement (« scratch your own itch ») tout en rendant visible ce travail pour permettre à d’autres de contribuer spontanément. Il serait ensuite possible à chacun de se faire un kit personnalisé en réutilisant les briques qui l’intéresse.

Recensement de nouveaux formats

Au delà des formats d’animation génériques qui peuvent être adapté à tout type d’activités, j’avais dégagé quelque formats d’évènements co-créatifs plus spécifiquement adaptés à la production de communs.

Cette liste a été enrichie au cours de la Minga, la voici mise à jour :

Formats ciblés :

-  Carto Party : une rencontre conviviale pour améliorer la cartographie libre OpenStreetMap. Variantes (existantes ou imaginables) :

  • Carto Party Accessibilité : lieux accessibles aux personnes handicapées
  • Carto Party Velo : lieux accessibles aux vélos
  • Carto Party Culture (lieux moches, lieux culturels)
  • Carte subjectives (émotions, ressentis)
  • Carte du tendre (voir marquise de sévigné)
  • Cartes de connaissances (quel est l’arbre de connaissance du quartier ?)

-  Edit-a-thon  : un chantier collectif pour nettoyer, jardiner, compléter, remettre à jour des contenus dans Wikipedia, OpenStreetMap ou autre projet contributif

-  Incroyables comestibles : rassemblement pour planter des fruits et des légumes dans l’espace public et les mettre en libre partage. Peut être fait en mode Guerilla Gardening.

- LaboLex : Des ateliers juridiques sur des thématiques particulières, faisant se rencontrer des « experts » de la loi et des « experts »… du reste. Le but n’est pas tant de vulgariser des connaissances juridiques que de s’en servir pour mettre en perspective des problèmes réels, voire pour aider à formuler des éléments de solutions. Chaque atelier est l’occasion de produire de la connaissance de manière collaborative, qui a ensuite vocation à être diffusée, enrichie grâce au site Sharelex pour produire un bien commun.

- Wikis loves monuments : un concours de photographie pour collecter des photos de monuments afin d’enrichir la base libre Wikipedia et Wikimedia commons

- Wikisprint : formats court d’action collective

- Sunday Soup : un repas collectif où des porteurs de projets locaux d’innovation sociale « pitche » pendant 4 minutes devant la communauté locale, qui vote pour le meilleur projet auquel sera attribué l’argent collecté par les tickets d’entrée. Il a été utilisé notamment à Detroit pour améliorer la ville.

- Banquet Citoyen : un format inspiré du Sunday Soup, mais proche du Disco Soupe (récupération de nourriture mise au rebut pour co-cuisiner le repas). Il a été lancé à Nantes.

- Public Domain Remix : une rencontre pour remixer des travaux du domaine public afin de promouvoir le domaine public et les possibilités de la culture libre, approche interdisciplinaire et transmédia, les créateurs sont encouragés à créer de nouveaux supports, mettre une photo en sculpture, un travail littéraire en son, …

- Villes en Biens Communs : un évènement distribué pour promouvoir, faire connaitre et produire des biens communs

- Journées à thème qui pourraient être utilisé pour créer des communs (ces journées n »ont pas de format précis, mais créent en lien entre les communautés et offrent la possibilité de combiner plusieurs formats)

  • Hardware Freedom Day
  • Open Data Day
  • Software Freedom Day
  • Nelson Mandela Day
  • journée nettoyage (exemple : mountain wilderness, lets do it)

Formats qui pourraient être détournés pour créer des communs

- Wiki Stage : un évènement similaire aux conférences TED qui a pour but de créer un bibliothèque de vidéo ressources, mais ne semble pas libre. a Forker pour créer un Free Wiki stage ?

- Banquets républicains : tradition disparue (avant 1848 : comment ca va marcher la république ?

- Grève : occasion de changer les règles pourquoi ne pas l’utiliser pour créer des communs ? Passer du blocage à la création d’une alternative ?

Prototypage de mode de recueil de témoignages

Le groupe « recueil de témoignages » s’est demandé comment des témoignages pourraient encourager à rentrer dans cette démarche de production de communs :

Le groupe a établi que les questions devaient être simples et ouvertes. A cause du temps limité, le groupe est resté sur 2 questions :

  • Qu’est ce que ça vous apporte de participer ?
  • Une recommandation, une expérience ?

Après avoir travaillé sur cette trame le groupe est très vite est parti en mode prototypage, testant ses questions sur de vrais participants avec un format d’interview vidéo filmé par smartphone (pour exemple voir l’interview d’Hélène Laxenaire)

Des idées issues du test :

  • faire attention à la qualité du son
  • ajouter des sous titres ?
  • filmer immédiatement après avoir posé la question, pour garder la spontanéité, quand les personnes réfléchissent trop il y a un risque de blocage (c’est ce qui a été observé par l’équipe du tiers lieux éphémère dans ses sessions de « nabiLab » , format de courte interview inspirée d’émission de télé réalité détournée)

Je trouve ce sujet intéressant car il recoupe des questions que j’avais sur des alternatives pour documenter des recettes libres autrement que par une description, mais sous forme d’interview pour faire ressortir les spécificités et la subjectivité (suite dans un prochain article).

Mise en réseau pour la poursuite de la Minga

Voici un compte rendu des pistes explorés par le groupe de travail « mise en réseau »

  • Comment on capitalise la production d’aujourd’hui ?
  • Comment on imagine la suite de la construction ?
  • Création d’un outil pour permettre la création et le suivie du kit : peut être wiki
  • Se rapprocher de personnes qui aurait déjà fait ce travail
  • Un outil pour rassembler les différentes briques créé par les participants
  • Si une recette existe déjà ailleurs, prévoir un lien pour renvoyer vers cette recette ou récupérer le contenu pour l’indexer dans le wiki afin de permettre des recherches
  • Espaces de co-création sur le wiki afin de permettre la continuité du travail commencé
  • Une page d’accueil explicative sur le processus et la démarche entamé et les contenus qui sont déjà accessible
  • Si le kit est sous la forme d’un wiki permettre de transformer les fiches en ebook pour pouvoir les utiliser offline (à la manière de Ebook Coop TIC)
  • Une fois le projet assez mature peut être penser à sa promotion sur un media collaboratif type pratique-collaborative afin de présenter et proposer à de nouvelles personnes d’intégrer le projet

Prochaine étape : Fixer une date pour la prochaine réunion afin de stabiliser le travail commencé

Bilan

Le résultats sont assez riches pour un atelier de seulement 2h30 avec des participants qui pour la plupart ne se connaissaient pas avant. Au delà des contenus produits, le plus intéressant pour moi est qu’une dynamique collective a été lancée.

Pour la suite…

Le projet continu et si vous souhaitez participer vous pouvez vous inscrire sur le framadate(laissez un contact dans les commentaires) pour participer à la prochaine rencontre.

L’adresse originale de cet article est http://www.pratiques-collaboratives...
Via un article de lilianricaud, publié le 12 août 2014
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Abstract, Brest
par TheRevSteve
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