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L’émergence du co-citoyen

Co-citoyen fait référence à la fois au mot concitoyen, le compatriote, le citoyen d’une même nation, mais aussi à celui qui évoque la co-habitation, le co-travail, le co-voiturage, ou encore, la co-création, etc. C’est dans cette double compréhension que se situent ce nouveau mot, et les défis qui lui sont liés. Il exprime alors tous les désirs citoyens, mais également quelques unes de ses frustrations.

un articlerepris de la revue OT lab, laboratoire d’usages des administrations à l’heure d’internet et publié sour une licence CC by nc nd


Explications.

Internet avec son immense déploiement territorial et applicatif a apporté à chaque citoyen des moyens d’interagir avec son environnement inégalés jusqu’à présent. Qu’il s’agisse des ordinateurs, des portables, des tablettes ou téléphones dit « smart », tout nous amène à collaborer, à co-exister, à co-créer davantage. Cette réalité de l’action collective — on parle souvent même d’intelligence collective — nous amène à nous confronter avec le système en place, celui des institutions nationales. En effet, celle-ci nous paraissent lentes, lourdes et souvent décalées, dépassées voir désuètes. Bref, il existe d’une côté une accélération d’un certain monde en ébullition qui ouvre des champs du possible à l’intervention citoyenne et de l’autre des institutions, certes démocratiques, qui ont l’air de plus en plus jouer contre le citoyen. C’est pourquoi le citoyen ne se prive plus de mettre en doute la capacité du système, notamment politique, à résoudre les grands problèmes immédiats. Ce doute s’installe au moment même où le citoyen explore la co-création. Ce double mouvement nous conduit tout droit vers une rupture qui amène les institutions politiques à freiner et les actions citoyennes à foncer. C’est un peu comme les cartes topographiques fédérales officielles de Swisstopoface à Google Maps. Google a amené une utilisation si simple et si facile que cela a fait naître de nouveaux usages pour les citoyens. Par exemple, grâce à la géolocalisation et aux nouvelles possibilités d’utiliser le service en le combinant à un autre, ce qu’on appelle le « Mash-Up », il devient immédiatement possible de repérer des hôtels, des restaurants, des monuments touristiques, dans un rayon autour de soi avec son téléphone portable. Le citoyen vit tous les jours ce grand écart entre les institutions politiques et les développements privés qui sont nettement plus réactifs.

Des solutions doivent donc rapidement voir le jour, car cette situation va sans aucun doute s’empirer. Mais comment procéder ?

En premier lieu, les pouvoirs publics, les administrations doivent lancer des expérimentations de co-citoyenneté afin d’acquérir non seulement un savoir-faire, mais surtout de créer des ponts entre ces deux mondes qui ne font que se distancer. On confond souvent ces démarches avec des échanges à l’intérieur de groupes sélectionnés, souvent des spécialistes consultés sous le contrôle étroit des administrations. Il s’agit bien au contraire ici, d’expérimentations qui pourraient prendre différentes formes, mais qui doivent toujours être conçues pour rendre le citoyen actif et créatif. Il ne s’agit pas de lui présenter ou même de l’informer d’un nouveau service ou d’une nouvelle application administrative « clé en main », mais bien de l’impliquer très tôt dans la démarche pour réaliser avec lui un projet. De nombreux exemples existent de par le monde (voir encadrés ci-joints), mais ce qui compte c’est de lancer localement des essais de co-citoyenneté ce qui n’est pas encore le cas. Pour ce faire, des ateliers de co-création comme les « World Cafés » sont très performants (voir encarté ci-joint sur l’expérience Rezolab ou des hackathons), mais on pourrait aussi imaginer des formes plus légères de participation (voir celui de « Santé cent deux » des Pharmacies Principales à Genève) ou encore des formes fondées sur les processus du design comme celles initiées par « La 27e Région » véritable laboratoire de transformation publique en France.

Dans tous les cas, il s’agit avant tout d’acquérir du savoir dans ce qui semble être un champ encore méconnu et nouveau pour les institutions démocratiques, de la présence de cette co-citoyenneté sur le territoire. Ce citoyen était jusqu’à présent normé dans et par les institutions alors que le co-citoyen sort de ce champ : il pense et agit hors du cadre. Il faut donc adapter les structures pour lui et ce n’est plus lui qui doit faire l’effort de s’y contraindre. Cet exercice va conduire les administrations vers une refonte en profondeur de ces structures et de ces services. C’est là le principal enjeu actuel : « faire du citoyen un co-citoyen ».

Quelques exemples de processus co-citoyen :

1. REZOLAB : comment la co-création citoyenne prend concrètement forme

REZOLAB est un réseau de citoyens de la métropole lémanique qui participent volontairement et activement à une sorte de laboratoire sociétal à grande échelle. En récoltant des idées sur le développement souhaitable du système métropolitain de santé, le réseau a dans un premier temps conduit une discussion collective (2012) pour identifier les préoccupations premières puis proposer des solutions originales et enfin en 2013, a poursuivi trois expériences ciblées afin de créer un processus d’acquisition de savoirs et de compétences collectives. « World Café », « On-Off » et « Co-Citoyen » sont autant de termes qui ont émergé lors de ce processus. REZOLAB s’inscrit définitivement dans le cycle de « co-création citoyenne » qui est l’expression contemporaine de ces nouvelles formes de participation active. Le site www.rezolab.ch vous en apprendra davantage… si vous êtes motivé.

« Santé Cent-deux », un projet REZOLAB et Pharmacie Principale

Le but de ce projet qui se présente sous la forme d’un concours, est d’expérimenter une nouvelle forme de prise en charge des problèmes de surpoids et de leurs conséquences. Il s’adresse à tout un chacun et favorise une approche éducative et ludique sur le sujet. Ce n’est pas une énième campagne de santé basée sur un sentiment de peur ou de culpabilité mais sur le désir et le plaisir d’agir. L’idée de fond met en avant la mesure du tour de taille à la place de l’approche traditionnelle du poids, ce qui facilite le changement « je me mesure sans devoir me peser… c’est moins lourd ». Ce jeu de mot met en exergue une nouvelle manière de concevoir le problème du surpoids qui met l’accent sur le plaisir en prenant le contrôle de soi et écarte tout sentiment de culpabilité. C’est là le challenge de ce projet.

2. Les « Hackathons » : comment co-créer des applications

Un hackathon est un évènement qui regroupe différents acteurs (programmeurs, designers, citoyens, entreprises, administrations, associations, etc.) pour co-produire des prototypes d’applications informatiques dans un intervalle de temps court (un jour à une semaine). Le mot-valise est issu de la contraction de deux vocables. D’une part, celui de « hacker » qui fait référence à une culture, celle des programmeurs virtuoses et expérimentés qui excellent à très rapidement mettre en œuvre des programmes avec leurs compétences pointues (et non le sens erroné avec lequel il est souvent confondu de pirate informatique ou « cracker »). Et d’autre part, le mot « marathon » qui indique l’intensité et le sens continu des efforts pour passer la ligne d’arrivée avec un prototype le plus abouti possible. Il s’agit donc bien d’une production pour les besoins citoyens par une communauté qui permet de faire émerger les possible et les créer ensemble. Il faut insister sur l’aspect concret de la chose : ce n’est pas une collection d’idées consignées dans un rapport, non, on cherche ici des données et on construit des applications immédiatement utiles à résoudre des questions concrètes qui se posent aux citoyens. Des exemples de hackathons en Suisse sont les évènements Make.Opendata.ch. Plusieurs différentes thématiques ont été explorées comme la mobilité, la santé ou les finances publiques et les résultats sont disponibles sur http://make.opendata.ch/?page_id=247

3. Le laboratoire d’innovation publique : comment les administrations co-construisent leur transformation

Comment mettre en place une structure pour penser la réforme de l’Etat et les politiques publiques de demain ? Voilà la question que se pose le service public français à son plus haut niveau avec la ministre en charge de la Réforme de l’Etat. Pour approcher le problème de façon nouvelle et ne pas succomber aux sirènes des conseils externes, une structure éphémère a été mise en place pour dessiner les contours du futur Laboratoire. Inspiré des exemples danois comme le MindLab (http://www.mind-lab.dk/en) ou français avec La 27e Région (http://www.la27eregion.fr), ces laboratoires sont affranchis des pressions quotidiennes usuelles et se mettent au service des administrations pour permettre d’être au plus près des attentes de usagers, de catalyser et d’expérimenter les idées innovantes, ainsi que de sensibiliser et de former les fonctionnaires à des approches issues du processus itératif du « design thinking ». Ces approches innovantes visent à transformer l’action publique en profondeur en incluant l’idée de co-création avec les citoyens et les fonctionnaires.


4. La Fabrique Citoyenne : comment stimuler le co-citoyen sur son territoire

Issue de réflexions pour construire de l’innovation sociale et citoyenne dans les territoires aussi bien urbains que ruraux, la Fabrique Citoyenne sort des concepts classiques attribués au rôle de consultant qui répond aux appels d’offres. Au contraire, il s’agit ici de mettre en place une structure qui initie, incube des projets innovants, des services pratiques qui sont portés et co-produits avec les citoyens. Cette structure est active dans des thèmes tels que « habiter autrement » pour répondre de façon innovante et durable à la crise du logement et aux questions du vieillissement de la population, « travailler autrement » qui soutient le développement d’espaces de co-working et d’incubation entrepreneuriale, « consommer autrement » pour favoriser les circuits-courts et la consommation collaborative et de l’économie de partage de ressources, « se déplacer autrement » afin de repenser et s’approprier les changement de modalités dans les transports.

Citons quelques exemples de fonctions expérimentales lancées. L’Atelier Fabuleux, tout d’abord, qui expérimente l’idée anglo-saxonne de FabLab, un lieu de prototypage d’objets par des imprimantes 3D et des machines-outils pour fabriquer et modifier rapidement des objets, se réapproprier le fonctionnement par les citoyens et en détourner les usages selon leur besoins. La Cantine Numérique propose des tiers-lieux et de co-working en offrant des espaces d’activités et d’échanges aux travailleurs isolés. Le Potager Apprenant, ajoute à la dimension de culture de la terre celui des échanges sociaux. Le Café Citoyen, offre un lieu de débat et d’échange citoyen qui permet de lancer des idées, de mobiliser des acteurs et d’initier des travaux. Plus d’informations sur cet article de a-brest et le site de sapie.coop.

Giorgio Pauletto, Observatoire technologique et Xavier Comtesse, Avenir Suisse
Adapté d’un texte paru comme article dans « Affaires Publiques »

Posté le 13 septembre 2013 par Michel Briand
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