Animateur Multimédia : un mouton à 5 pattes ?

Référentiel de compétences de l’animateur multimédia.
Eléments de réflexion sur les questions de qualification, profils de postes et évolution professionnelle

Animateur multimédia, médiateur nouvelles technologies, initiateur ou agent facilitateur NTIC, cyberanimateur … les épithètes ne manquent pas pour tenter de définir ce qui n’est pas encore un métier spécifique, mais plutôt des emplois nouvellement apparus avec le développement de lieux destinés à initier le grand public à Internet et aux technologies de l’information.

Un profil de poste variable selon les structures employeur

La diversité des espaces publics multimédia, tient moins aux labels qui les identifient (ECM, EPN, PointCyb, Cyberbases …) qu’aux structures qui les hébergent avec des missions et des publics assez variables. Le modèle du lieu unique, tous publics et tous usages, s’il semble encore en vigueur en milieu rural ou dans les quartiers classés sensibles, a montré ses limites partout ailleurs. On s’oriente dans la plupart des villes vers des lieux spécialisés autour d’une ou plusieurs thématiques.

Ainsi les usages encouragés dans une médiathèque (moteurs de recherche et consultation de sites) ne seront pas ceux proposés par un PIJ ou une association d’insertion (privilégiant les thématiques emploi et formation) et encore moins les pratiques constatées dans un lieux de répétition des musiques actuelles (ateliers de production MAO, création de site web …).

Bien évidemment la qualification requise pour ces animateurs sera variable d’un lieu à l’autre.

Le profil-type de l’emploi d’animateur multimédia.

Si on raisonne à partir des missions et rôles d’un espace multimédia labellisé EPN, le profil de poste de l’animateur multimédia se résume en 5 grands axes de compétences pour l’animation / médiation qui est le " cœur de métier " :

Concevoir des actions et des projets

  • Définir : des objectifs, des moyens, un planning de travail, une répartition des tâches
  • Evaluer : les demandes du public, la faisabilité d’un projet, le coût dune opération, les résultats d’une action.

Pratiquer et maîtriser l’outil technique

  • Connaître et pratiquer personnellement les outils multimédia
  • Apprécier leur potentiel et leur pertinence en situation d’animation en fonction des publics
  • Rechercher, adapter ou inventer des solutions techniques en fonction de besoins précis

Animer un groupe

  • Réaliser une animation ou mener un projet en suivant un cadre défini au préalable
  • Evaluer le déroulement en cours et réajuster si nécessaire
  • Faire un bilan et capitaliser l’expérience acquise

Transmettre des savoir-faire et des contenus

  • Recueillir les attentes, analyser les besoins, tester les pré-requis
  • Formaliser les contenus, les organiser en suivant une progression adaptée
  • Choisir les moyens pédagogiques, les mettre en œuvre et évaluer les résultats

S’informer et se former

  • Définir un projet professionnel, des objectifs de progression
  • Se situer par rapport à un champs professionnel de l’animation NTIC, connaître l’état de l’art des pratiques d’animation, faire partie d’un réseau d’EPN
  • Se donner les moyens de progresser par l’autoformation ou la formation en alternance.

(référentiel tiré d’un travail mené parE. Vergès et H. Deriu à l’ECM de la Friche de la Belle de Mai à pour la formation continue des animateurs d’Espace Culture Multimédia)

A ces 5 axes majeurs de compétences, on peut ajouter 2 axes de compétences secondaires, mais qui sont pourtant nécessaires au bon fonctionnement quotidien d’un EPN.

Maintenir l’outil technique en bon état de fonctionnement

  • Installer et gérer le matériel et les mises à jour de logiciels,
  • Assurer la maintenance informatique de premier niveau
  • Administrer un réseau local et un site web

Faire connaître le projet

  • Concevoir et réaliser des supports de communication visuels
  • Créer et animer un site web
  • Diffuser l’information sur les actions et projets de l’EPN

Qualifier ou professionnaliser ?

On peut aussi se placer du point de vue des animateurs plutôt que celui des employeurs.

Cela correspond aussi à une vision à plus long terme de professionnalisation de jeunes animateurs débutants vers des métiers existants, plutôt que leur qualification à court terme dans des emplois plus ou moins précaires. On peut considérer ainsi un poste d’animateur d’espace multimédia comme une opportunité de premier emploi qualifié et qualifiant, comme un tremplin pour une insertion professionnelle future dans le cadre de métiers existants.

Dans cette perspective d’" out-placement ", on est amené à organiser les compétences d’un animateur d’EPN non plus par rapport à l’activité du lieu, mais par rapport à des " cœurs de métiers " observés dans des secteurs d’activité connexes.

On obtient alors 4 axes de professionnalisation de l’emploi d’animateur multimédia :

  • Relationnel (Accueil du public, médiation et animation)
  • Technique (Administration et maintenance informatique)
  • Artistique (Mise en page, création graphique, musicale, …)
  • Organisationnel (Gestion d’un lieu public et conduite de projet)

Le relationnel au cœur du métier

Dans la pratique, il apparaît que pour exercer efficacement les fonctions d’animateur d’EPN, il faut posséder des compétences dans au moins deux de ces axes, dont le Relationnel.

Par exemple :

  • Relationnel + Technique,
  • Relationnel + Artistique

Par contre les profils Technique + Artistique ne sont pas adaptés aux besoins d’accueil du public que supposent les missions d’un EPN et s’épanouiront davantage dans des emplois de type infographiste, webmestre ou concepteur-réalisateur multimédia.

Et si on se mettait à plusieurs ?

La solution au problème du mouton à 5 pattes ne se trouve pas dans les manipulations génétiques, mais dans l’organisation du travail en équipe et dans la gestion collective des compétences. On est souvent plus fort à plusieurs que tout seul.

Comme un Espace Public Numérique est censé être ouvert 30 heures par semaine, il ne peut fonctionner avec un seul animateur travaillant 35 heures, car si on se livre à une petite estimation horaire, on obtient la répartition suivante :

Temps de travail hebdomadaire de l’animateur = 35 h

  • Administration réseau et maintenance (8 h)
  • Formation, autoformation, veille technologique (7 h)
  • Coordination, préparation, mise en place d’animation (5 h)
  • Présence avec le public (15 h)

On voit que si l’espace doit être ouvert au public plus de 15 h par semaine, un deuxième animateur est indispensable.

On recherchera alors la complémentarité des profils, le temps passé par l’un sur la maintenance du matériel pourra être consacré par l’autre animateur à l’animation d’un site web, ou à la recherche de partenariats pour monter des projets.

Si l’embauche d’une personne supplémentaire n’est pas possible, il faudra rechercher la complémentarité dans le travail en réseau, en mutualisant les compétences à l’échelle de plusieurs structures.

Le site de l’Association CRéATIF avec plein d’infos et de ressources en lignes sur l’accès public aux TIC
http://www.creatif-public.net

La MJC Monplaisir à Lyon forme des Animateurs multimédia depuis 8 ans (BEATEP Communication Multimédia)
http://www.mjc-monplaisir.asso.fr

Posté le 6 décembre 2002 par Philippe Cazeneuve

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Nouveau commentaire
  • Novembre 2003
    14:32

    > Animateur Multimédia : un mouton à 5 pattes ?

    Merci,

    Nouvellement en cours de réflexion sur ce métier (car au chômage), j’essaie de trouver tous les éléments qui pourrait m’aider à parvenir à ce but. Votre article me conforte dans certaines idées que je me suis faites.

    En effet le côté relationnel (qui est le plus développé chez moi en tant qu’ancien commercial dans les télécoms) m’est apparu très évident. Il s’agit ensuite pour moi de définir un projet et d’établir mes carences "techniques".

    Alors merci pour votre article qui en quelques mots en dit bien plus que certains longs discours.
    Il me faut maintenant appliqué cela sur mon secteur (la Haute-Savoie) en faisant un bilan par rapport à la situation géographique et à ce qui existe (c’est à dire rien ou presque).

    ND