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Qui peut le Google +, peut le moins

Reprise d’un article publié sur le site Owni
magazine de journalisme numérique en creative commons

Un Facebook moins bleu ? Ou un Twitter plus blanc ? Sans vraiment prévenir, le réseau social Google + a débarqué sur la toile. Nouveau concurrent ou fail annoncé ?

par Pierre Ropert Le 1 juillet 2011

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Google… Mail, Documents, Reader, Agenda, Traduction, Actu, Maps, Earth, Talk, Images, Calendar, Analytics, Shopping, Livres, Groupes, Takeout… Il en fallait bien un de +. Ce sera donc Google +. Le dernier né du géant du web, un réseau social rien de moins, a débarqué hier sur la toile. Après quelques échecs retentissants en matière d’innovation, Google semble avoir appris de ses erreurs en proposant un service sans l’imposer (on se rappellera Google Buzz) et qui a le mérite d’être extrêmement simple d’utilisation (contrairement à Google Wave).

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Cette fois-ci, il ne s’agit pas de se précipiter, mais bien de proposer aux intéressés de tenter la bêta Google +. A ce stade, le plus dur reste encore d’y être invité. Car malgré ce statut de service en cours de développement, théoriquement buggé et incomplet donc, les demandes d’accès ont été si nombreuses que Google s’est vu dans l’obligation de ralentir la cadence, comme l’explique Vic Gundotra, vice-président de la division Engineering pour Google :

Nous avons du clôturer les demandes d’invitations pour la nuit. La demande est dingue. Nous avons besoin de nous occuper de ça soigneusement et de façon contrôlée. Merci à tous pour votre intérêt.

Hier, sur Twitter, Google + était la principale attraction et les demandes de comptes spammaient littéralement les timelines. Même avec un service théoriquement fermé – les invitations fonctionnaient de manière assez aléatoire jeudi matin, il était possible d’inviter de nouveaux utilisateurs grâce à un petit procédé simple au possible : tout détenteur d’un compte pouvait poster un article sur l’équivalent de son mur Facebook, puis choisir de le partager non pas avec des utilisateurs déjà inscrits, mais avec des adresses gmail. Résultat : une course aux invitations effrénée pour pouvoir tester le petit dernier de Google. Les plus impatients pouvaientvisionner la démo [en].

Dans Ton Cercle

Après avoir reçu le mail d’inscription ô combien convoité, il est proposé à l’utilisateur une page “Premiers pas” pour découvrir les principales options de Google +. Au passage, et si l’early adopter le souhaite, il peut synchroniser son nouveau profil avec ses comptes Youtube et Picasa utilisant la même adresse gmail. On retrouve tous les éléments propres aux réseaux sociaux sur la page du profil : timeline verticale, informations sur l’utilisateur, choix des informations à afficher, tchat incorporé – Gtalk en l’occurrence, etc…

Rien de nouveau donc, excepté une meilleure compréhension de l’utilisation actuelle des réseaux sociaux, et un service développé en conséquence grâce aux Cercles. Voilà la véritable innovation de Google +.

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Le grand défaut de Facebook est l’impossibilité (ou a minima la complexité) de la gestion des différents cercles sociaux : connaissances, proches, famille, collègues… Autant de personnes avec qui on ne désire pas partager les mêmes informations. Google + propose au contraire de faire une distinction nette en organisant ces différents groupes par cercles. Dès lors, lorsque l’on publie une information ou un article, il est proposé de ne le partager qu’avec les cercles souhaités. Les informations “potes de beuverie” resteront cantonnées à ce cercle d’amis, et ces derniers n’auront quant à eux pas à subir votre passion pour la philatélie (qui sait ?).

Le parfait contre-pied de Facebook donc, qui, par défaut, publie les données à tout le monde. Finie la pénible sélection au clic par clic des personnes dont ne veut pas qu’elles aient accès aux informations ou photos compromettantes.

L’interface ressemble en revanche à s’y méprendre à celui de Facebook, le bleu en moins. Un avantage qui permet à l’utilisateur récemment inscrit de ne pas être vraiment perdu. La gestion de l’information est quant à bien plus proche de celle de Twitter. On ne choisit pas ses abonnés (on peut les masquer ou les bloquer mais il ne s’agit pas d’un système fonctionnant sur invitation), mais on peut choisir de visualiser le flux d’informations d’une liste… ou plutôt d’un cercle.

Google + = Twitter + Facebook + Skype ?

Ce principe de cercles permet surtout à Google + d’être utilisé de deux façons bien distinctes.

Le réseau social de Google peut ainsi être utilisé de la même manière que Twitter, la limite des 140 caractères en moins. Preuve en est de la partie « Déclics » (ou Spark), qui permet de se tenir informer sur des sujets particuliers, avec une pré-sélection d’informations. On choisit un sujet (Série TV, Cinéma, Sorties VTT, Pedobear…), et les articles d’actualité sur cette cible remontent automatiquement dans le flux d’informations.

En l’état, rien ne semble configurable, mais cette partie de Google + pourrait bien être amenée à évoluer vers les Fanpages de Facebook. En mixant des Cercles de personnes soigneusement sélectionnées et les Déclics (une combinaison pour le moment impossible), Google + pourrait empiéter sur le terrain de Twitter en permettant une veille performante. Pour autant la veille sur le site de microblogging est efficace justement parce que l’information y est condensée, sans la limite de signes, le flux sur Google + pourrait rapidement devenir surchargé.

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L’autre façon d’utiliser est plus propre à Facebook. Google + s’attaque ainsi à la chasse gardée de Marc Zuckerberg : l’organisation et la communication via réseau social. Après les apéros géants Facebook, les apéros géants Google ? Le fait est qu’en la matière, les outils proposés par Google surclassent largement ceux de Facebook.

Non seulement les cercles permettent de mieux gérer des communautés, mais le chat, en plus d’être accessibles à plusieurs personnes (on peut ainsi discuter avec l’intégralité d’un cercle ou une sélection d’amis d’un simple Clique, ou Huddle en anglais), peut déboucher sur des visioconférences incluant jusqu’à 10 personnes. Ce sont les “bulles“, un concept à mi-chemin entre Skype et Tinychat. Particulièrement apprécié de la génération accro aux réseaux sociaux, il pourrait bien être une des clés du succès de Google +.

Cet aspect de Google + est également intéressant sur un plan professionnel. Pour ne prendre que l’exemple d’Owni, qui communique énormément en interne grâce à Gtalk et par Gmail, il suffirait de créer un cercle “Owni/22mars” dans lequel poster tous les liens utiles. De la même manière, il est tout aussi facile de délocaliser une petite conférence de rédaction grâce à la visioconférence.

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Et le nouveau réseau social a encore ses petits + : les like remplacés par des “+1″ qui sauront plaire aux habitués des forums de discussion, un système de notifications largement amélioré, des albums photos esthétiques et qui regroupent l’actualité des différents cercles, et probablement d’autres surprises sous le coude que nous n’avons pas encore eu l’occasion de découvrir.

Reste à savoir si les utilisateurs s’empareront de l’outil en y voyant un Facebook +. A en juger par les premières réactions, Google + pourrait bien être le fameux Facebook killer. Mais sans une arrivée massive d’utilisateurs, il est probable qu’un destin similaire à celui de Google Wave ne l’attende : un abandon progressif succédant à un engouement rapide.

Pour éviter cet écueil, Google+ serait donc avisé de mettre en place une option de migration des profils Facebook vers sa plateforme… et surtout de permettre l’accès à des applications. Car sans Farmvilleet autres consœurs présentes sur le réseau social, beaucoup d’utilisateurs de Facebook seront peu enclins à migrer sur Google +.

Google +, vie privée - ?

Jusqu’ici les fils d’information sont délicieusement vierges de “Découvres qui a répondu à telle question sur toi“, “Qui consulte le plus votre profil ?“et autres applications parasites. De la même manière, les Fanpages ou la publicité sont absentes. Seules les informations partagées par les contacts sont visibles. Si le constat est agréable pour l’utilisateur, il est peu probable que la firme y trouve son compte. Il s’agit encore d’une bêta et Google + devrait évoluer vers un modèle plus rentable. Tout comme l’Android Market concurrence de plus en plus l’AppleStore, Google + risque fort de se développer de manière à concurrencer Facebook : applications, pages officielles, et publicités devraient alors être de mise. Ainsi on peut d’ores et déjà se douter de l’arrivée d’une plateforme “Google Games”, comme l’a découvert le site Stillbruch.at[en] en s’intéressant au code source de Google + :

So. So code-druggie me… of course… started poking around in the code and found the following stuff :

f=ia:b.item.ia,sa:b.sa,ga:b.ga,Cf:b.Ab.GADGET_NAME,g=e||new M,f=Vx(f,m,c)+(” sent you a gift from “+(R(f.Cf)+”.”)) ;

and :

f=ia:b.item.ia,sa:b.sa,ga:b.ga,Cf:b.Ab.GADGET_NAME,g=e||new M,f=Vx(f,m,c)+(” invites you to play “+(R(f.Cf)+”.”)) ;

” have sent you Game invites and more from Google+ Games=4

La rumeur veut que le premier de ces jeux[en] soit justement Farmville, voire un nouveau jeu de l’éditeur Zynga. Question rumeur, Google vient justement de prouver qu’elles avaient tout lieu d’être justifiées.

Outre Google Games,les informations concédées à Google par les utilisateurs du service devraient devenir rentables… exactement de la même manière qu’avec Facebook.

La question est donc de savoir si Google + réussira à s’imposer sur un marché détenu, pour l’essentiel, par deux concurrents. Le moteur de recherche a depuis longtemps cessé d’en être un. Il a vu sa présence croître sur la toile de manière quasi exponentielle. Jusqu’ici, Google s’est surtout imposé grâce à des outils innovants. En lançant Gmail, Google avait fait le pari de s’imposer sur un secteur qui n’avait pas particulièrement besoin d’un nouvel arrivant. L’avènement de l’adresse en « gmail.com » est dû pour l’essentiel aux services proposés par le géant du web, parmi lesquels Googledocs, GoogleAgenda, et autres outils rapidement devenus indispensables. Depuis, les deux dernières tentatives de Google en la matière (Wave et buzz) se sont soldées par un échec.

Dans l’immédiat Google + n’est pas exempts de bugs (la page « Déclics » est par exemple restée affichée au dessus de certains flux d’information sans que les utilisateurs puissent l’en enlever, certaines actions publiées sur le mur ont tendance à s’afficher à plusieurs reprises, etc). Mais son nouveau service a l’avantage d’avoir déjà pléthore d’outils à sa disposition. La synergie entre ces derniers assure à Google + un public conquis d’avance.

Reste une inquiétude : l’omniprésence de Google sur le web. Le « Don’t be Google » va-t-il succéder au « Don’t be evil » ?

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Posté le 2 juillet 2011 par Michel Briand
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