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Exposer le domaine public à emporter, une idée à copier !

J’ai récemment animé une formation en interne à la médiation numérique des savoirs au sein du réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-méditerranée. A cette occasion, Christian Rubiella, directeur du réseau m’a parlé d’un projet en cours, visant à réutiliser les œuvres du Domaine public (DP) mises à disposition par The Metropolitan Museum of Art, oui le Musée de New-York ! Vous savez le genre de projet dont on se dit « mais comment n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? ». Le DP c’est un formidable terreau de médiation numérique des savoirs. J’ai souhaité lui poser quelques questions afin d’en savoir plus sur cette initiative, dans l’espoir qu’elle essaime très largement.

Pouvez-vous nous présenter l’initiative que vous avez développé à partir des oeuvres du MET dans le réseau de bibliothèque que vous dirigez ?

Au début du mois de février, le Metropolitan Museum of Art a annoncé avoir partagé un fonds numérisé de 375 000 œuvres via une licence Creative Commons Public Domain (CC0). Le hasard fait que nous avions eu livraison, dans la même période, d’un photocopieur de très bonne qualité, pouvant reproduire de façon très satisfaisante de la HD sur des papiers épais. D’un côté des collections impressionnantes et de l’autre la possibilité de faire des reproductions de grande qualité : l’idée a donc été de proposer aux usagers une exposition de reproduction de ces œuvres sur le réseau des médiathèques de l’agglomération Hérault-Méditerranée. Avoir accès instantanément à de tels fonds, c’est pouvoir proposer que le MET « vienne » au public de notre réseau, en accompagnant cette exposition d’un dispositif d’acculturation au Domaine Public et en y ajoutant un matériel pédagogique « light ».

Nous avons donc sélectionné 130 œuvres parmi toutes celles disponibles, afin de construire une exposition cohérente, installée sur 4 médiathèques, et ce pendant 4 mois. Le public est invité à admirer les œuvres bien entendu, comme dans toute exposition, mais nous avons rajouté un petit « plus » : Tout le monde peut repartir avec les œuvres de son choix. Trois options s’offrent à ceux qui souhaitent repartir avec les œuvres sous le bras : soit venir avec son papier -du papier épais, genre papier aquarelle- et repartir gratuitement avec l’œuvre imprimée, soit nous fournissons la reproduction déjà imprimée à prix coûtant, soit 30 centimes d’euro. La dernière possibilité est de charger toute l’exposition sur clé USB à l’accueil des médiathèques.

Pour ce qui est de la médiation : de la médiation directe bien entendu, du contact -pour expliquer comment cela est possible- une chronologie numérique en ligne afin de situer l’œuvre avec un lien vers le descriptif technique du MET, et un fond d’écran dynamique dans toutes les médiathèques afin de pouvoir voir toutes les œuvres disponibles. En revanche, nous avons fait le choix de ne pas présenter de livres en dispositif passerelle. L’exposition dure tout l’été, et les contraintes d’aménagement ne nous le permettent pas, car il y a trop d’artistes différents exposés. De plus je n’avais pas envie que le public ait l’impression que l’expo était destinée à faire sortir des fonds. C’est bien de promotion du domaine public qu’il est question et de médiation autour des CC. Après si les beaux livres sortent, tant mieux, mais ce n’est pas notre but.

Quel a été le retour des usagers ?

Les usagers n’ont même pas attendu la fin de l’accrochage pour nous interroger et s’étonner. Les premières reproductions sont donc parties avant que l’ensemble de l’exposition ne soit visible. Depuis le début de l’exposition, pas un jour ne passe sans que des reproductions ne soient données à nos « visiteurs » – car bien entendu, il n’est pas nécessaire d’être abonné au réseau pour bénéficier d’un dispositif sur le domaine public ! – A la date où je vous parle, nous avons reproduit 80 œuvres. A la fin de la période d’exposition, nous aurons, si tout va bien, rendu des centaines de reproductions d’œuvres au public.

Ce qui est vraiment intéressant, c’est de s’apercevoir à quel point le public ignore ce qu’est le Domaine Public, pour une très large majorité : ne sont pas rares les personnes ouvrant des yeux tout ronds en nous demandant si c’est bien légal ce que nous faisons !

Invariablement une discussion s’engage et débouche sur des questionnements de la part du public : « mais donc, en fait, TOUTE la littérature classique AUSSI est accessible à tout le monde gratuitement ? ». Il semblerait qu’on soit tellement habitué à ce que tout soit marchand que la notion même de Domaine Public échappe à énormément de personnes.

Quel est le budget consacré à cette opération ?

Proposer ce genre d’exposition est accessible à toute bibliothèque, médiathèque, quelle que soit sa taille… A partir du moment où on a accès à un appareil qui reproduit avec une belle qualité (pour information il s’agit d’une Sharp MX5050, en matériel de location (environ 75€ par mois et 0.03€ par copie couleur). Le budget global pourra être calculé en fin d’exposition, si on veut être précis et y inclure le temps passé à faire des reproductions ainsi que le coût en encre. Mais à un mois du début de l’exposition, le coût global est de 2 cartouches de toner et 65€ de dépenses diverses. Ça me semble raisonnable !

Comment avez-vous choisi les œuvres proposées ?

Pour cette partie, je dois avouer avoir de la chance, car le responsable des animations de notre équipe est issu des Beaux-Arts et est donc à même de nous faire une belle sélection :

 

Sa coéquipière ayant elle aussi une grande expérience des expositions, la sélection a été faite soigneusement, mais rapidement. Puis nous avons interrogé l’ensemble de l’équipe pour le choix final, puisqu’on fait bien mieux de la médiation quand on est soi-même séduit par l’objet ! Nous avions par ailleurs décidé dès le départ de restreindre le choix sur les œuvres exécutées essentiellement au trait. Ou tout du moins ayant une base de dessin. La raison est qu’ainsi, nous sommes plus proches de la colorimétrie exacte des œuvres exposées.

 Souhaitez-vous renouveler cette opération et si oui de manière identique ?

La National Gallery of Art de Washington ou encore le Rijksmuseum à Amsterdam proposent des parties de leurs collections numérisées et accessibles. Un petit « tour du monde » des musées permettant des expositions de ce type serait tout à fait envisageable… Vu la réaction du public à celle-ci -qui ne comporte pourtant que 130 reproductions- on peut dire que les bibliothèques qui veulent mettre en place de tels dispositifs ont un boulevard devant elles ! Et nous pouvons être certains que le public a besoin de connaître cet accès au domaine public. Par exemple, si tout le monde savait comment fonctionne l’entrée des œuvres dans le DP, on peut être sûr, que les parents d’élèves refuseraient d’acheter, toute la scolarité de leurs enfants durant, les classiques imposés par les professeurs, sachant qu’il est inutile d’acheter quelque chose qui est déjà « à nous ». Or ce n’est pas du tout le cas, donc il est clair que finalement assez peu de personnes savent ce qu’est et comment fonctionne le DP, parmi nos usagers.

Ce projet s’inscrit-il dans une démarche plus large consacrée au domaine public ?

Ce projet s’inscrit globalement dans une démarche d’accès aux savoirs, sans enclosures –dans ce réseau, aucune chance, donc, que nous proposions PNB- L’an dernier nous avions proposé une exposition de photographes des 4 coins du globe, qui diffusaient sous CC. Elle s’intitulait FREEXPO. Notre dispositif était simple, nous chargions la photo en HD, un prestataire nous faisait les tirages photo, puis, après avoir informé l’ensemble des photographes exposés, nous mettions en contact direct le public avec les artistes, par un simple QR code qui permettait de charger la photo ET le contact direct de l’artiste. Et au sein des espaces d’exposition, de grandes affiches constituaient un tutoriel sur les CC avec explication des différents logos.

Pour l’an prochain nous sommes en train de travailler sur la musique. En ce moment nous faisons des sélections d’artistes ayant diffusé de la musique sous licence CC. Nous allons proposer un FREESTIVAL de musique, qui aura une particularité : nous allons donner au public les albums avant qu’ils ne viennent assister au concert. Bien entendu l’entrée des concerts sera libre et les artistes auront la possibilité de proposer leur merchandising. Il ne faudrait pas non plus que le public se mette à imaginer que les artistes n’ont pas à être rémunérés.

Et pour le moyen terme, je travaille en ce moment sur un projet qui devrait pousser un peu plus loin ces logiques, rapprochant encore plus l’offre culturelle des usages sur le territoire. Je pourrai revenir en parler ?

Réponse : OUI, avec plaisir ! 🙂

Si vous voulez contacter Christian Rubiella, contactez-moi via le formulaire du blog, je transmettrai.

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Via un article de Silvae, publié le 26 juin 2017
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