La fabrication numérique pour s’exprimer autrement

En février et mars 2016, le TyFab a ouvert ses portes au GEM La Boussole. Ce Groupe d’Entraide Mutuel brestois est une structure d’accueil de personnes souffrant de fragilités psychiques. L’idée de Nathalie Lareur, animatrice de la Boussole, était de proposer aux membres une activité originale : monter une exposition afin de prendre la parole à l’occasion de la semaine de la santé mentale. Il existe déjà un atelier d’écriture au GEM, mais trouver un bel écrin aux mots permettrait de mieux les partager. Et si ces mots étaient intégrés aux silhouettes grandeur nature de leurs auteurs, ils paraîtraient encore plus personnels ! Le projet « Nos silhouettes s’expriment » était lancé.

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Comment réaliser l’exposition ? Nathalie savait que la fabrication numérique pouvait apporter une solution innovante. Et à plusieurs titres. La fragilité psychique, liée à diverses maladies (schizophrénie, bi-polarité, dépression,…), provoque de nombreux désagréments. Il n’est pas toujours aisé de s’en rendre compte sans y être confronté : impatience, fatigue insurmontable, humeur instable, concentration volatile, regard extérieur difficilement gérable, bref, des obstacles au quotidien que tout un chacun devrait comprendre sans juger. Or, avec les machines à commandes numériques, il est possible de fractionner son projet. La création du fichier de commande de la machine se fait à partir d’un ordinateur : rien de plus simple que d’enregistrer son travail en cours et de le terminer plus tard ou même ailleurs (d’autant que les logiciels libres représentent une offre ergonomique, partagée et disponible sans se ruiner). En somme, chacun peut avancer à son rythme. En plus, dans le cas de la fabrication numérique, la découpe de précision est réalisée par la machine : le résultat est parfait sans attendre. Enfin, ces « machines », on les trouve dans des lieux comme les fablabs. Dans ce cas, il est nécessaire de rentrer en contact avec une communauté, de provoquer la rencontre et d’apprendre à faire ensemble. Cela tombe bien, le GEM c’est aussi un moyen de rompre l’isolement, de créer du lien social malgré la fragilité (pourrait-on préciser « contre la fragilité »).

Le GEM est donc venu à la rencontre de la Maison de Libre et de son fablab, le TyFab. Plusieurs bénévoles se sont proposés pour mettre en place neuf ateliers. Cette spontanéité était motivée par les valeurs de partage et d’ouverture du TyFab. Le groupe a eu quasiment les mêmes mots vis-à-vis du projet : «  le fablab doit être ouvert à tous, il faut faire l’effort d’accueillir et de former des publics qui ne pousseraient pas nos portent habituellement. » Les dates ont été planifiées et les thèmes de chaque atelier attribués selon les compétences des bénévoles : « choisir une solution de fabrication numérique », « modéliser les silhouettes », « utiliser la machine » et « réaliser les silhouettes ». Les membres du GEM sont venus au 214 de la rue Jean Jaurès, en groupes de tailles variables, avec les animateurs. Effectivement, il est d’usage au GEM de ne pas obliger les membres à participer aux activités. D’un atelier à l’autre, une douzaine de participants s’est impliquée, que ce soit pour une seule séance ou pour l’intégralité. C’est donc douze silhouettes colorées qui ont été fabriquées.

Le déroulement des ateliers :

Première étape – D’un objectif (des silhouettes grandeur nature), il faut concevoir toutes les étapes préalables en fonction des contraintes. Pour ce projet, les membres du GEM, conseillés par les makers du fablab, ont utilisé la découpeuse vinyle (laize 61,5 cm) et des grands panneaux de bois mélaminés blancs.

Seconde étape – A partir des photos en pied des membres, il a fallu réaliser un tracé correspondant au contour de la personne. Ce tracé a été converti en fichier lisible par la découpeuse vinyle. C’est la modélisation.

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Troisième étape – Lancer la découpe avec la machine… et regarder (écouter aussi, le son du plotter est typique).

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Quatrième étape – Chaque silhouette découpée dans le vinyle a été placée sur la planche recouverte d’eau savonneuse. Il valait mieux être plusieurs pour bien positionner ce sticker géant !

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Cinquième étape – L’eau savonneuse qui fait des cloques entre le vinyle adhésif et la planche a été chassée avec des raclettes.

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Sixième étape – Coller les textes, eux aussi découpés par la machine. Il fallait être très minutieux, mais chacun pouvait laisser parler sa créativité pour disposer les mots. On peut utiliser du papier transfert pour un résultat bien rectiligne, ou faire lettre par lettre pour un effet dynamique.

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Septième étape – Prendre du recul, admirer le résultat et être fier de soi.

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L’exposition est déjà passée par le PL du Pilier Rouge, la MPT du Guelmeur et la Hall des Sports de la Cavale Blanche. Le #214JJ, local de la Maison du Libre exposera bientôt les silhouettes colorées. L’esprit makers n’est jamais très loin : certains au #214JJ voudraient reproduire les silhouettes aux couleurs de la MDL et du TyFab pour décorer le lieu. Nous comptons sur les membres du GEM pour participer 😉 .

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Un grand merci à Nathalie Lareur et aux animateurs du GEM pour cette idée pleine de sens et pour leur confiance. Merci également aux bénévoles de la Maison du Libre et du TyFab qui ont donné de leur temps : Arthur Wolf, Bernt Weber, Nicolas Diaz et Romain Heller.

To Be Continued…

Maison du libre

URL: http://mdl29.net/
Via un article de erwan.joud, publié le 21 mars 2016

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