@ Brest

Relier et partager autour du web

Santé auditive : les jeunes font la sourde oreille

La modification des modes de vie et des habitudes récréatives des jeunes ne sont pas sans conséquences sur leur santé auditive… Et pourtant, ils ont tendance à faire la sourde oreille face à ce qui pourrait sérieusement menacer leur audition dans les années à venir !

Oreilles en danger…

L’Observatoire de la santé visuelle et auditive du groupe Optic 2000 (dont fait partie également le réseau d’audioprothésistes Audio 2000) a publié une étude en 2015 sur la vue et l’audition des adolescents. On y apprend que les jeunes passent 9 heures par semaine en moyenne à écouter de la musique avec des écouteurs. Le Dr Dagnaud explique : « une partie importante de la jeunesse vit dans un bain musical presque constant ». Cette immersion, qui touchait la moitié des adolescents il y a 20 ans, les concerne presque tous aujourd’hui… En outre, une enquête réalisée dans le cadre du baromètre de santé 2014 montre que la part de 18-35 ans qui font un usage fréquent et intensif de musique « amplifiée » (avec casque ou écouteurs) a triplé depuis 2007, passant de 4 à 13% (25% chez les 15-19 ans). Ce type de pratique est en effet totalement intégré aux modes de vie actuels : « « Monter le son » facilite l’oubli de soi et conduit à se vider la tête », analyse le Dr Dagnaud.

Or ce n’est pas sans conséquences : l’étude JNA (Journée Nationale de l’Audition) publiée annuellement nous apprend que 49% des sondés ont déjà ressenti des douleurs aux oreilles, et ils sont 21% à ressentir des douleurs fréquentes et durables. L’étude de l’Observatoire Optic 2000 révèle quant à elle que les pertes auditives liées au bruit pourraient toucher jusqu’à 10% des adolescents. Et l’INPES confirme que presque 10% des moins de 25 ans présentent déjà un audiogramme pathologique…

… Et sourde oreille !

Pourtant, toujours d’après l’étude Optic 2000, 25% seulement des jeunes sont attentifs aux troubles visuels et auditifs. Comme le souligne Pascal Foeillet, médecin ORL : « ils considèrent que c’est un « problème de vieux » »… Et leur première réaction, en cas de douleur ressentie, pour 59% d’entre eux, est d’attendre « que ça passe » (étude JNA). Ils ne sont que 14% à consulter un ORL. Le Professeur Van den Abbeele en atteste : « relativement peu d’adolescents viennent consulter pour des symptômes d’exposition au bruit ».

Or c’est un risque sanitaire grave qui se profile à l’horizon. En effet, les comportements empirent… et les lésions ne sont pas réparables. « Une surexposition régulière aux bruits trop forts peut entraîner des dégâts irréversibles à tout âge : on ne peut pas réparer une oreille interne abîmée », prévient le Dr Foeillet. Jean Stanko, président de l’association JNA, alerte également de son côté : « on peut même imaginer qu’un jeune d’aujourd’hui aura l’audition d’un sénior de 65 ans, dès l’âge de 45 ans ».

Quelles solutions ?

Il est donc nécessaire d’agir dès maintenant, de prendre conscience, et d’aider à faire prendre conscience que le capital auditif doit se préserver… Il faut réduire « le décalage entre les maux constatés et la mobilisation », soutient Yves Guénin, le secrétaire général d’Optic 2000. En effet, l’étude de l’Observatoire du groupe montre que 88% des jeunes se disent sensibles aux messages de prévention lorsqu’ils sont émis par des professionnels de santé. « Nos […] audioprothésistes ont donc un vrai travail de prévention à faire pour que les jeunes soient mieux informés », déclare Didier Papaz, le directeur général du groupe Optic 2000, qui ajoute : « C’est notre devoir de diffuser des messages, à travers nos centres […] Audio 2000, pour sensibiliser et informer les jeunes ». Pour le Pr Bruno Frachet et le Dr Waël Khazen également, « il est temps d’agir pour l’audition : dépister, sensibiliser par des campagnes de « marketing d’idées » auprès des jeunes […], agir avec les leaders d’opinion qu’ils respectent ».

En plus de la prévention, il est essentiel de travailler aussi sur l’environnement sonore lui-même. « Certains auteurs soulignent l’importance d’agir aussi au niveau de la protection pour éviter que les environnements ne soient trop bruyants », explique le Dr Pommier. En France, la puissance maximum de sortie des baladeurs est ainsi fixée à 100 dB, et les appareils portent un étiquetage de prévention. Quant aux établissements diffusant de la musique amplifiée, ils doivent respecter un niveau moyen de 105 dB, avec des niveaux de crête de 120 dB. Mais d’autres actions, et d’autres mesures, devront encore renforcer cet aspect.

Car il en va de la santé auditive de demain des jeunes d’aujourd’hui. Avec des impacts sur bien des pans de la santé en général… « Perdre l’audition c’est dur », alerte Bucodes SurdiFrance, une fédération d’associations de personnes malentendantes et devenues sourdes : « toute la vie sociale est impactée. Beaucoup de situations deviennent difficiles […]. Perdre l’audition c’est aussi avoir des sifflements dans les oreilles et souffrir d’intolérance aux sons ». Un message qu’il faut entendre – et transmettre - dès aujourd’hui, car une crise sanitaire majeure pourrait être évitée avec des gestes simples de prévention et de protection.

Posté le 18 mai 2016 par Nicolas Laurent
©© a-brest, article sous licence creative common info
flickr
Rennes2016-06
par Telecom Bretagne
Creative Commons BY-NC-SA