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" Accompagner les Mineurs Isolés Etrangers dans l’accès aux outils numériques " projet proposé l’association Don Bosco

Cette initiative fait partie des 45 projets soutenus par la Ville de Brest dans le cadre de l’Appel à Projets Multimédia 2015.

De l’analyse des besoins à l’élaboration d’un encadrement adapté

Présentation du service

L’Association Don Bosco accueille des mineurs isolés étrangers de manière régulière mais ponctuelle depuis des années. Ces enfants et adolescents étaient jusqu’alors répartis sur les différents services du pôle protection de l’enfance, en lien avec leur âge, leur projet, etc. L’application de la circulaire TAUBIRA du 31 mai 2013, relative à la mise à l’abri, à l’évaluation et à l’orientation des mineurs isolés étrangers se traduit par un afflux important de jeunes sur le département du Finistère.

Le 26 septembre 2013, le DAMIE accueille ses premiers jeunes dans un dispositif dédié en articulation avec le service An Treuzell, établissement dépendant de l’Unité Éducative du Ponant. À ce jour, le Conseil Départemental du Finistère nous a accordé une autorisation à hauteur de 43 places pour filles et garçons mineurs isolés étrangers âgés de 15 à 18 ans.

Le dispositif se donne les moyens pour mettre en œuvre les conditions requises pour favoriser l’inclusion (sociétale, linguistique, sociale, économique, individuelle) des mineurs isolés étrangers qui lui sont confiés.

Les mineurs isolés accueillis au sein du DAMIE proviennent très largement du continent Africain (Guinée, Mali, Côte d’Ivoire) mais aussi d’Asie et des frontières européennes. Il s’agit d’un public isolé, donc vulnérable, ayant eu un vécu très douloureux de par l’absence de soutiens familiaux, souvent en décalage culturel (langue, scolarité, santé) et n’ayant pas de lisibilité quant à son avenir. Certains ont subi des persécutions ethniques, des atteintes à leur intégrité. A la recherche d’un avenir, ils sont très demandeurs de formations, d’apprentissage et d’étude.

Synthèse du projet

Alors que l’environnement dans lequel évoluent les jeunes en France exige une connaissance et une maîtrise des outils numériques, les mineurs isolés étrangers accompagnés par le DAMIE n’ont souvent pas ou peu appris à les utiliser.

Lors de leur parcours d’intégration dans la société française, les mineurs isolés étrangers apprennent la langue française, intègrent des cursus scolaires, nouent des relations avec d’autres jeunes, découvrent la vie sociale et se forment dans le but d’intégrer une formation professionnalisante. Ces cinq piliers d’une intégration réussie dans la société nécessitent à différentes échelles d’être familier des outils numériques. Leur utilisation implique certes des compétences numériques, mais surtout une appropriation de la langue française en contexte. La langue française est le pivot central de toutes les tâches que les jeunes accomplissent, la tâche ne peut être correctement accomplie si la langue nécessaire à sa réalisation n’est pas maîtrisée. Utiliser les outils numériques à bon escient dans les cinq contextes cités auparavant ne peut se faire qu’avec un accompagnement linguistique spécifique, conscient des besoins des jeunes.

En effet, l’association Don Bosco fait le constat que la totalité des jeunes accompagnés au DAMIE se trouve en difficulté face à des tâches qui requièrent des compétences numériques. Certains n’ont jamais utilisé d’ordinateur et n’en connaissent pas l’utilité, d’autres ne le perçoivent que comme un outil de loisirs et, enfin, une partie d’entre eux se trouve démunie devant des injonctions telles que la rédaction de documents scolaires, professionnels ou officiels.

Par ailleurs, l’équipe éducative ne peut accompagner que de manière limitée les jeunes dans l’appropriation de ces outils car il n’existe qu’un seul poste informatique - dédié aussi bien aux loisirs qu’au travail - à leur disposition. Cela pose également problème pour l’auto-apprentissage. En effet, certains jeunes utilisent spontanément les outils numériques pour apprendre la langue française en autonomie mais ne peuvent accéder à l’unique ordinateur que sur des plages horaires limitées.

Ainsi, le DAMIE propose d’agir selon trois axes. Tout d’abord, il est nécessaire que des postes informatiques soient accessibles plus facilement pour l’auto-apprentissage. De plus, les cours de Français de Scolarisation doivent intégrer les outils numériques afin d’accompagner les jeunes dans une utilisation scolaire et professionnelle des ressources multimédia. Enfin, de nombreux jeunes n’ont jamais été scolarisés avant leur arrivée en France et se trouvent en situation d’analphabétisme. Il est aussi nécessaire de les familiariser avec une utilisation différente de l’écriture et de la lecture. Les jeunes pourraient donc utiliser les outils numériques en autonomie et avec un accompagnement linguistique.

Ainsi, le DAMIE souhaiterait acquérir quatre ordinateurs portables, une imprimante, un Pack Office et une connexion à Internet pour 11 mois, du mois de novembre 2015 au mois de septembre 2016.

En premier lieu, l’enseignante de Français Langue Etrangère (FLE) en poste au DAMIE pourrait créer une base de données de cours et d’exercices de langue en accès libre sur Internet que les jeunes pourraient utiliser seuls ou en petits groupes. Une formation à l’utilisation de cette plateforme pédagogique serait alors nécessaire pour que l’auto-apprentissage soit pertinent et efficace.

Ensuite, les cours de Français de Scolarisation pourraient intégrer d’autres ressources. Ceux-ci permettent aux jeunes d’acquérir les outils langagiers, méthodologiques et de savoir-être nécessaires à la réussite de leurs études. Néanmoins, il a été noté que l’enseignante qui intervient n’a pas à disposition les outils nécessaires à la transmission de ces savoirs. Les jeunes sont, par exemple, formés à la préparation d’exposés qui nécessite de faire des recherches sur Internet, de rédiger le corps de l’exposé avec un logiciel de traitement de texte puis de faire une présentation sous forme de diaporamas. Cet exercice requiert donc trois compétences numériques différentes et ne peut se faire de manière efficace sans mise à disposition de plusieurs postes informatiques.

De plus, la situation juridique des MIE les pousse à intégrer des formations professionnalisantes. Ils se trouvent donc très rapidement en contact avec le monde de l’entreprise par le biais de stages. La rédaction d’un curriculum vitae est alors nécessaire. Cet exercice est très formalisé et demande une certaine maîtrise du traitement de texte. Les jeunes devraient alors être accompagnés lors des cours de FLE. A l’issue du stage, les jeunes rédigent un rapport qui doit également être dactylographié. De nouveau, les normes de rédaction sont très importantes et doivent faire l’objet d’un apprentissage particulier. Enfin, les jeunes devraient tous posséder une adresse électronique personnelle afin de pouvoir prendre contact avec des professionnels ou d’être contactés. Or, peu d’entre eux connaissent le fonctionnement de cet outil de communication. Ils sont également amenés à utiliser des logiciels professionnels durant leurs stages, ceux-ci pouvant être découverts sur le terrain mais nécessitant, cependant, une maîtrise générale des outils numériques. Ainsi, les tâches qui leur sont demandées requièrent des compétences qui ne peuvent être acquises qu’au cours d’un accompagnement lors des cours de FLE. L’objectif de l’utilisation des ordinateurs pendant les cours de FLE est de faire fonctionner ensemble l’apprentissage de la langue et la réalisation de tâches dans une perspective actionnelle de l’apprentissage.

Enfin, de nombreux jeunes du DAMIE n’ont pas ou peu été scolarisés antérieurement et sont en cours d’alphabétisation. Ils acquièrent donc la compétence de lecture et la compétence d’écriture mais aussi le savoir "apprendre à apprendre" et les savoir-être scolaires. Ces jeunes sont donc très éloignés des outils informatiques et ne peuvent les appréhender en autonomie du fait de leur situation d’analphabétisme. Les ordinateurs pourraient être intégrés à certains moments des cours de FLE pour travailler avec les jeunes le lien entre l’écriture manuscrite et l’écriture typographiée. Sans se substituer à un apprentissage manuel de l’écriture, l’utilisation du clavier permettrait aux jeunes d’évaluer leurs progrès en accédant progressivement à de nouvelles tâches telles que la recherche sur Internet et le traitement de texte. Les outils numériques seraient donc découverts au même titre que les autres outils scolaires. Peu à peu et en étant accompagnés, les jeunes pourraient réaliser des tâches leur permettant de professionnaliser leur parcours : rédiger un CV pour demander un stage, faire des recherches de lieu de stage sur Internet, etc.

Objectifs du projet

Pour les jeunes :
- se rapprocher d’un outil inconnu et le découvrir
- développer des compétences scolaires
- maîtriser des outils nécessaires à l’intégration scolaire
- réaliser des tâches imposées par l’institution scolaire
- compléter le travail d’alphabétisation
- travailler la langue française en autonomie en complément des cours
- apprendre à communiquer avec les outils numériques
- se former à l’utilisation d’Internet et en comprendre les avantages et les risques
- apprendre à utiliser les outils numériques dans une optique de professionnalisation
- découvrir des outils permettant d’accéder à de nouvelles formes de culture

Pour l’équipe éducative :
- accompagner de manière plus effective les jeunes dans leur maîtrise des outils
- développer les compétences d’auto-apprentissage des jeunes
- créer des bases de données libres pour l’auto-apprentissage
- éduquer les jeunes dans l’utilisation des nouveaux moyens de communication
- didactiser les supports numériques pour les rendre accessibles
- accompagner les jeunes vers l’autonomie face au multimédia
- familiariser les jeunes analphabètes avec une autre facette de l’écrit
- offrir aux jeunes les outils nécessaires à leur intégration scolaire

Public visé

Le projet s’adresse aux 43 jeunes accueillis au DAMIE.

Animateurs

Enseignante de Français Langue Etrangère et doctorante en Linguistique à l’Université de Bretagne Occidentale : Géraldine CAIL

Calendrier prévisionnel

1er novembre :
- achat du matériel et aménagement de l’espace de travail
- création de la base de données des exercices de FLE en ligne
- utilisation du matériel en cours de FLE et mise en place des formations

1er mars : bilan de mi-parcours
- évaluation de l’utilisation des outils d’auto-apprentissage par leur fréquentation
- évaluation de l’efficacité de l’utilisation des outils en cours par leur appropriation par les jeunes

1er septembre : bilan de fin de projet
- évaluation des compétences : faire une recherche Internet seul, rédiger un CV, rédiger un rapport de stage ou un devoir scolaire ;
- évaluation de l’autonomie des jeunes devant les outils numériques : sont-ils capables d’utiliser seuls un PAPI brestois ou un accès Internet au sein des établissements scolaires ?
- évaluation de l’auto-apprentissage à travers les résultats au Diplôme d’Études en Langue Française (DELF) et à travers les retours des enseignants ;

Porteur du projet
Association Don Bosco
Pôle protection de l’enfance
Unité Éducative du Ponant
Dispositif d’Accompagnement des Mineurs Isolés Etrangers (DAMIE)
15, rue Sébastopol
29 200 BREST

Posté le 29 janvier 2016
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Téléphérique Brest
par juleg29
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