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Coopération entre le Musée de Bretagne et wikimedia

Manuel Moreau, chargé de l’action culturelle numérique et en poste au musée de Bretagne depuis 5 ans est interviewé par Léa Lacroix, membre du conseil d’administration de Wikimédia France et wikimédienne rennaise... Retour sur les liens entre le groupe local rennais et le musée de Bretagne

Une interview de Manuel Moreau, par Léa Lacroix accompagnée de Céline Rabaud et Anne-Laure Prévost qui ont retranscrit l’interview sonore. parue dans la lettre n°9 de wikimedia France

Chronologie du partenariat :
- 2012 : premier contact infructueux en tapant à la porte du pôle Collections du Musée
- mai 2014 : session de questions-réponses à la Cantine rennaise autour d’une présentation de Wikipédia et Wikimedia Commons à destination des GLAM. Le pôle publics renoue avec l’idée d’une action sur Wikipédia
- juin 2014 : premier atelier d’initiation à la contribution sur la 2e guerre mondiale
série d’ateliers et d’évènements sur la Préhistoire, dans différentes institutions rennaises
- début 2015 : ouverture spéciale du centre de documentation du musée pour une visite commentée par une conservatrice pour les contributeurs
- juin 2015 : atelier prévu sur les coiffes et les costumes bretons

Léa Lacroix :
“En septembre 2012, Edouard, un membre de notre groupe local, la Non Cabale de l’Ouest, a contacté le musée de Bretagne, car il cherchait la photo d’un chapiteau pour finir son article de qualité sur la Basilique Saint Sauveur. A l’époque, impossible d’obtenir l’autorisation de venir prendre une photo ou même d’obtenir qu’une des photos existantes soit mise sous licence Creative Commons compatible avec les projets Wikimedia...

Manuel Moreau :
A l’époque des premiers contact avec le musée, il y avait une véritable méconnaissance de la démarche des Wikipédiens et des questions d’ouverture des données publiques. Ainsi, c’est avec une certaine méfiance que fut reçu cette première demande. Par la suite, il y a eu une autre prise de contact. En 2012, nourri d’expérience menée dans des structures similaires comme les musées de Toulouse, le musée de Bretagne s’oriente vers une plus grande participation des publics au sein du musée… Cela a permis une nouvelle rencontre, avec les différentes composantes du musée : collection, public.... Un autre dialogue s’est engagé qui n’était plus dans la “commande” mais bien dans l’organisation d’un programme conjoint, qui soit “donnant-donnant” [...] pour le musée et pour les wikipédiens.

Léa : Notre action a vite concerné la mise en ligne progressive des photos du musée et de leur métadonnées associées...

Manuel : J’ajouterai que si le musée était timoré sur la collaboration sur Wikipédia au départ, c’est que la démarche le questionne en propre sur son mode de fonctionnement, son mode de production des données, de leur diffusion, et de la propriété de ces données. En rentrant dans l’échange avec les Wikipédiens, on a pu trouver ce terrain d’une forme de collaboration. La l’ouverture des données culturelles est aujourd’hui un enjeu fort pour le musée de Bretagne comme pour tous les musées de France !

Léa : Le projet avait d’ailleurs commencé par une longue réflexion autour de la question des droits, pour déterminer ce sur quoi le musée pouvait choisir de mettre sous une licence Creative Commons...

Manuel : Et rien n’est fini, le sujet reste toujours clair et entier ! Nous sommes dans une collectivité (Rennes Métropole, ndlr) qui a des actions très incitatives pour la libération des données et qui, si elle a la vocation de faire de l’open data une démarche collective d’innovation, des frais techniques ainsi qu’une redevance d’utilisation sont appliqués dans le cadre de la diffusion d’images issues du musée.

Le mode de partenariat développé avec le groupe local de wikimédiens rennais, sur des actions très précises, et non pas sur la libération d’un flot de données, permet au musée de prendre le temps de la sélection, de choisir ce qu’il va diffuser, et d’animer des ateliers plus intéressants car plus thématisés pour un public qui ne connaît pas Wikipédia mais qui est habitué du musée. C’est une approche qui nous convient pour l’instant, avant d’aller au delà.

Léa : Au musée de Bretagne, c’est de la sélection quasiment au cas par cas, image par image, qui sont ensuite importées directement par le personnel du musée. Cela permet avant tout à tes collègues de mettre les mains dans Wikimedia Commons, de comprendre comment ça marche et d’être vraiment impliqués dans cette démarche d’ouverture, non ?

Manuel : Exactement. On a d’ailleurs sollicité la disponibilité des Wikimédiens rennais pour ces temps d’initiation voire de formation, ne serait-ce que pour le versement d’images sur Wikimedia Commons, avec un photographe du musée présent et mes collègues de la cellule “Inventaire et Documentation”, qui ont la responsabilité des informations sur les objets, et notamment les fichiers image.

Cela a permis d’avoir ce temps de réflexion sur ce qu’est Wikipédia, posément, et aux gens d’aller parfois un peu plus loin. Le photographe du musée a par exemple réagi à la correction d’un nom d’un ancien conservateur du musée qu’il avait repéré sur une photo : une partie du chemin a été faite !

Cette action va d’ailleurs au-delà du musée : on peut parler des amis du musée de Bretagne, qui ont été présents sur les premières rencontres et ont suivi ce qui se passe. Ils voient un intérêt à ces ateliers, puisque ce sont des acteurs qui veulent participer à la vie du musée. Ils ont une forme de vraie expertise culturelle, mais qui n’est pas toujours diffusée comme on pourrait le faire au sein du musée.

Léa : Début 2015 au musée, nous avons organisé un atelier autour du thème de la Préhistoire...

Manuel : Nous réouvrions le centre de documentation du musée, Qui n’est pas en accès libre, mais reste ouvert au public sur rendez-vous.. En l’occurrence on a créé ici un événement un peu particulier puisque la visite se faisait sur inscription seulement et accompagnée d’une conservatrice, Françoise Berretrot. Cette conservatrice est responsable des collections archéologiques et notamment celles liées à la Préhistoire,
et a fait bénéficier les Wikipédiens et les personnes qui venait découvrir Wikipédia, d’une visite commentée du parcours permanent. Nous avons pu ensuite prolonger cette rencontre au centre de documentation du musée avec la mise à disposition de matériel informatique…

Visite du musée de Bretagne lors de la Wikipermanence du 20 janvier 2015 sur la préhistoire (Trizek / CC-BY-SA 3.0)

Léa : Et ça a très bien marché ! Une quinzaine de personnes qui ont participé.

Manuel  : Notamment parce que la sollicitation d’associations travaillant dans le domaine de la préhistoire a été tout à fait favorable, comme l’association Men ha Houarn, un salarié de l’INRAP , et même des personnes qui venaient d’autres départements pour venir découvrir les ateliers. Tout ceci a permis d’avoir un atelier très riche !

Léa  : Quelles étaient les motivations, les objectifs du musée pour s’investir dans le partenariat ?

Manuel  : Les motivations sont celles d’une ouverture du musée le plus largement vers l’extérieur, sous toutes les formes que peuvent prendre cet “extérieur”. Le musée se tourne vers les publics pour des vraies démarches de participation avec eux. Les wikipédiens et les gens qui s’intéressent à Wikipédia sont des publics qu’on approcherait pas autrement.

Pour nous, c’est aussi l’obligation d’être un musée qui favorise au maximum la diffusion de ses collections et de la connaissance. On peut dire tout ce qu’on veut, Wikipédia est aujourd’hui quand même un outil qui a cette vocation d’ouverture au plus large des publics, dépassant très largement les frontières et les périmètres du musée de Bretagne tel qu’il est aujourd’hui. Ne pas utiliser cet outil, ne pas collaborer avec les Wikipédiens, c’est négliger une bonne partie des potentiels de diffusion qui existent, quand bien même on a pas encore résolu toutes nos problématiques de droit. Commencer à s’engager dans cette démarche là, c’est aussi aborder différentes possibilités de diffusion. Je dirais même que les Wikipédiens ont aussi le mérite de nous interroger plus précisément sur la question des licences qu’on applique à nos productions.

Léa : Si l’on devait faire un petit bilan de ce que nos actions conjointes ont pu apporter au musée, au personnel du musée et aux personnes qui ont travaillé sur ce projet, que dirais-tu ?

Manuel : Pour les personnes qui travaillent sur ces actions, le bénéfice c’est d’apporter une forme de légitimité à leur propre usage de Wikipédia.[...] Wikipédia, c’est un agrégateur de sources. A ce titre-là c’est intéressant pour nous d’appréhender plus précisément le fonctionnement de Wikipédia, et justement de voir en quoi cela interroge nos pratiques professionnelles, et de savoir comment nous, on peut faire évoluer la manière dont on diffuse notre connaissance. Le travail qui avait été mené avec Wikipédia nous a aussi permis de prendre un autre point de vue sur la question de la diffusion en ligne de nos collections, à travers un site web par exemple, que nous n’avons pas aujourd’hui. Là où nous aurions été dans un mode de rencontre de client à prestataire sans se poser véritablement toutes les questions de diffusion , de licences, de libération des données, nous sommes à présent beaucoup plus armés vis-à-vis des prestataires qui nous suivent sur les cahiers des charges et ce qui nous poussera même peut-être à aller jusqu’à développer des outils de web sémantique, de manière plus aboutie.

Léa : Et après ?

Manuel : J’aimerais qu’au sein du musée, on puisse avoir le panel complet des personnes qui se sentent les plus concernées et qui seraient à même de contribuer. Je pense par exemple à mon collègue médiateur bretonnant qui aurait tout lieu, même si il est très occupé (rires) de faire bénéficier des productions en breton qu’on mène déjà au musée et qui pourraient très bien rejoindre les pages Wikipédia et venir renforcer ce pan Wikipédia …

Léa : Tout à fait, il y a au moins trois wikimédiens bretonnants qui l’attendent de pied ferme dès qu’il aura un peu de temps (rires). De toutes façons, le chantier n’est pas terminé : on a encore une rencontre au mois de juin !

Manuel : Exactement, sur la thématique des coiffes, ou plus globalement du costume en Bretagne, l’idée étant que sur ce programme annuel des rencontres Wikipédia avec les Champs Libres (bibliothèque et musée), on réfléchisse conjointement à des thématiques. Le musée essaye aussi de faire coïncider les ateliers Wikipédia avec les thématiques qui sont celles de sa programmation culturelle. Comme on accueille l’exposition d’un photographe qui a travaillé sur les cercles celtiques bretons, et ces femmes qui portent encore la coiffe à l’occasion des événements organisés par les cercles, c’est l’occasion d’aborder ce sujet-là pour faire aussi caisse de résonance sur ces projets.

Léa : Et nous, chez les Wikipédiens, on s’intéresse beaucoup à ces sujets-là. Globalement, ce partenariat est-il positif ?

Manuel : Pour moi le bilan est positif mais, je mettrais quand même un “mais” : la difficulté aujourd’hui, c’est de savoir comment le musée peut véritablement bien répondre à ce partenariat. A-t-on la possibilité d’aller au-delà de ce que l’on fait déjà en termes d’actions et de moyens ? La validation prochaine du projet scientifique et culturel du musée permettra certainement d’imaginer comment peut évoluer cette collaboration.

Léa : Côté wikimédiens, les bénévoles du groupe de Rennes ne se sont pas tournés vers le musée de Bretagne par hasard. Notre groupe local a naturellement des affinités avec l’histoire de Rennes, l’histoire de la Bretagne… Ce qui est formidable c’est le fait d’avoir pu nouer des relations particulières et individuelles avec des personnes du musée. La possibilité de discuter avec les conservateurs, avec le personnel à été super enrichissant. Tu parlais tout à l’heure de la visite spéciale qui a été faite pour les Wikipédiens, c’est valorisant et ça justifie entièrement le temps bénévole qu’on peut passer sur ces actions.

Léa : J’ai fini mes questions, est ce qu’il y a quelque chose que tu voulais rajouter ?

Manuel : Pourvu que ça continue !”

Posté le 8 juin 2015 par Auregann, Michel Briand
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