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Et si l’innovation dans les services publics passait par des startup d’Etat ?

99058959_oTrès intéressé par la démarche portée par Pierre Pezziardi, il se présente comme :

Entrepreneur, co-fondateur du cabinet de conseil OCTO Technology et de l’Université du SI, fondateur d’OpenCBS Microfinance, associé de KissKissBankBank, auteur,conférencier, Pierre Pezziardi (@ppezziardi) promeut l’idée d’Informatique Conviviale : des systèmes fondés sur la confiance et destinés à décloisonner les organisations en renforçant l’autonomie de leurs acteurs

Classique dans le domaine privé, la démarche des startup se développe dans le secteur public. Ici bien sûr c’est le côté agile qui est mis en avant et pas le côté investissement pour une revente rapide et une rentabilité maximale qui domine dans le privé… Une startup d’état c’est la « task force » dont tout fonctionnaire un peu soucieux de la qualité des services rendus à rêvé un jour devant une situation bloquée ! D’ailleurs le concept fait appel non sans humour à la notion d’ »intrapreneur indigné » : 

Seul un intrapreneur sincèrement indigné par une situation imparfaite, un irritant pour les usagers ou les agents publics, pourra prendre le risque de se lancer dans une innovation radicale. Les conservatismes légitimes du système réclament un engagement, une opiniâtreté et un sens du dialogue tout particulier. Relisez cette phrase 4 fois s’il vous plait. Relisez-là encore, car vous êtes encore en train de faire l’inverse, je vous vois lister des problèmes, récolter des idées, inventorier des solutions, convoquer des groupes de travail, effectuer un premier chiffrage … STOP. Cherchez un indigné.

Si le mot startup pourra hérisser certains, j’y vois pour ma part un mot-levier permettant de déployer l’innovation dans les services publics… Au delà du slogan, les startup d’état c’est une méthode qui vise à faire évoluer les services publics grâce à des équipes dédiées à la conception d’un produit ou service, financées, localisées et autonomes, sur une durée limitée…

Les premiers résultats sont dignes d’intérêt : data.gouv.fr, Marchés Publics Simplifiés, ou mes-aides.gouv.fr sont issus de ces programmes. Le premier permet en quelques clics de savoirs toutes les aides auxquelles un usager à droit et d’estimer les montant mensuels. Le second permet par exemple à une entreprise de répondre à un marché public avec son seul numéro SIRET. Il simplifie ainsi radicalement la réponse aux appels d’offres publics pour les entreprises de toutes tailles !

Concrètement ? 

Quelque soit le sujet, une startup = 4 personnes et 6 mois. 1 chef de produit (fonctionnaire, haut-fonctionnaire, conseiller territorial ..), 1 coach numérique (entrepreneur, expert lean startup et écosystème web), et 2 développeurs senior. Soit moins de 200 000€ sur 6 mois pour une mise en marché. Le recrutement des développeurs est facilité par la légitimité de votre action qu’illustre votre slogan et la liberté de travail en méthode Agile, au contact direct des usagers.

Une telle équipe ne suffit pas, c’est aussi de positionnement dont il s’agit :

Vous avez votre chef produit ? Qu’il recrute dès le lendemain un groupe de travail ouvert : les clients et les partenaires du futur produit se réuniront toutes les 1 ou 2 semaines pour une démonstration et une discussion sur les orientations à prendre. Les personnes présentes tirent leur légitimité de la connaissance du sujet et auront pouvoir de décision sur le produit. La startup accepte donc l’idée que ce n’est pas celui qui paye qui décide, mais bien ceux qui utiliseront qui décident.

Le plus « radical » du point de vue des administrations actuelles est peut-être l’autonomie nécessaire à ce type de projet :

L’équipe, colocalisée, dispose de ses propres matériels, de son accès Internet. Elle choisit ses technologies et ses solutions d’hébergement. Elle ne dépend d’aucune facilité transversale : achats, informatique, RH, communication et répond directement au politique qui l’a demandé ou à son représentant direct (membre du cabinet, directeur d’administration, président de collectivité ..).

Après cette phase de conception, il ne faut sans doute pas négliger le plus difficile, c’est-à-dire la greffe sur l’administration cible ! 

Après la phase de croissance suivra une phase de consolidation, puis souvent une phase d’intégration dans une administration cible. En effet, le contexte initial de recherche de débouchés impose une agilité maximale, tandis qu’avec le succès et l’augmentation des usagers, cette exigence glisse peu à peu vers des enjeux de sécurité et de fiabilité. Ce processus global prend entre 18 et 36 mois après le lancement.

Compliqué ? vous n’y croyez pas ? Acteur de terrain ou dirigeant, lisez ce qui suit (source) :

Vous êtes un Dirigeant ?

  • Allouez dans votre entreprise ou votre administration une enveloppe budgétaire dédiée à l’innovation hors de toutes contraintes (règles tacites, règles explicites, ..), le contrôle étant réalisé a posteriori
  • Créez pour ce faire un Incubateur Interne, structure placée sous votre autorité, et incluant des représentants des salariés et des usagers. Cette structure fédère des micro-incubateurs dans chaque division de l’entreprise.
  • Animez ces structures sans surcoût, en recrutant simplement dans chaque division des volontaires, opérationnels et dirigeants, qui en acceptent la charge.
  • En fait, à ce stade, n’en créez qu’une seule, mais rapidement. Priviliégiez l’atteinte de résultats modestes, mais rapides, puis itérez. Choisir une direction très décriée par ses clients internes ou externes (informatique, RH, call center ..) est souvent judicieux, puisque le pire y est déjà acquis.
  • Les micro-incubateurs permettent à tous sans autorisation l’investissement de quelques jours hommes et de quelques centaines d’euros dans leur zone : de la petite amélioration concrète au prototype plus ambitieux. Cela signifie en particulier qu’ils diffusent une telle culture auprès du management et garantissent l’elasticité règlementaire requise au sein de leur territoire.
  • Les micro-incubateurs décident ensuite de financer les seconds tours de leurs initiatives (par exemple pour passer du prototype au pilote opérationnel auprès des usagers) avec leur budget innovation dédié.
  • Toute dépense n’aboutissant pas à un produit utilisé dans les 12 mois – c’est à dire résolvant un problème pour des gens – sera stoppée par l’Incubateur Interne.
  • Toute dépense aboutissant à un produit attirant des usagers, c’est à dire contribuant à « l’enchantement client », sera valorisée par l’Incubateur Interne en vue d’être généralisée là où elle est pertinente.

Vous êtes un Acteur du terrain ?

  • Avant de réclamer un changement chez les autres, effectuez, si ce n’est déjà fait, un premier changement sur vous même : cessez de rêver au grand soir en désignant la structure comme irréformable et responsable de tous les maux.
  • Observez vos usagers et/ou vos pairs et choisissez un irritant qui se reproduit régulièrement (attente, erreurs, surcoûts, gaspillages ..) dans votre zone d’activité.
  • Imaginez ce que vous pourriez faire pour combler ce problème si vous disposiez d’une demi-journée par semaine et du droit d’agir. Pour vous aider, souvenez vous que des outils numériques gratuits, ou au pire bon marché, existent pour partager des documents, des données, vendre ou louer des objets, des services, lever des fonds, publier un site web, réaliser un sondage … Si vous n’en êtes pas convaincu, commencez par une formation au numérique qui élargira votre horizon.
  • Demandez la permission d’agir, mais au fond, agissez comme si vous aviez cette légitimité. Au mieux, on vous félicitera, au pire, vous serez critiqué, mais avec un tel fait d’arme à votre crédit, votre employabilité est assurée…

Le système est bloqué. Pour débloquer les situations bloquées, il y a une solution : le rire. Il est maintenant clair que si l’on veut que les salariés soient productifs, ils doivent être heureux. Et le bonheur passe par l’humour, la joie, l’accomplissement de soi, l’autonomie, le plaisir de faire plaisir.

Et si après tout ça vous n’êtes pas encore convaincus que les petites équipes agiles à qui ont fait confiance sont la clé, regardez donc Le bonheur au travail, ce documentaire assez génial qui explore des initiatives de refontes organisationnelles radicales dans le privé comme dans le public. (teaser)

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log animé par Silvère Mercier, alias Silvae depuis 2005 qui s’attache à recenser les expériences innovantes, à susciter des débats et à cerner les enjeux du numérique au sein de la communauté de l’information-documentation.

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Via un article de Silvae, publié le 26 mai 2015
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