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En-communs au Pays de Brest, une dynamique contributive des acteurs du libre, solidaire et durable

En quelques années, un mouvement de mise en communs émerge au pays de Brest comme sur d’autres territoires en France et ailleurs : des groupes de personnes construisent un projet et gèrent collectivement des ressources mises en communs.

Voici à l’occasion de la rencontre des Roumics à Lille un petit état des lieux, invitation à d’autres « donnés à voir » sur les territoires locaux pour se relier et élargir nos en-communs.

version provisoire en cours de rédaction publiée en "brouillon" pour servir de support au débat avec Michel Bauwens et Bernard Stiegler aux Roumics le 18 novembre 2014

La transformation de la société par le numérique fait émerger la question des "communs", [1] ce mode de gouvernance de ressources qu’une communauté choisit de mettre en biens communs.

Les extraordinaires inventions du logiciel libre, l’aventure des contributeurs de wikipedia, l’émergence en quelques années des cartes participatives d’Open Street Map, la ténacité des scientifiques de la publication ouverte confrontés aux enclosures des revues privées, l’irruption des cours ouverts de Sésamath ou des MOOC, la diffusion de l’open data sont quelques facettes les plus visibles de ce mouvement de mises en communs qui accompagne cette transformation de la société par nos usages du numérique.

Une société où les pratiques collaboratives, les dynamiques contributives, le pair à pair viennent interpeller et nous l’espérons enrichir, revitaliser les modes de gouvernance en panne face aux crises dans un monde en crise politique, économique et écologique,

Nous ne reprendrons pas dans cette introduction la définition et l’histoire de ce que sont les communs, très bien expliqués dans quelques articles et ouvrages cités en référence.

Le but est juste ici de montrer que ce mouvement global vit aussi localement et s’enrichit aujourd’hui des croisements des acteurs de la solidarité, de l’innovation sociale ouverte, des territoires en transition.

En voici donc une petite illustration à l’échelle du pays de Brest, forcément incomplète et vite dépassée, qu’il serait intéressant de regarder en miroir d’autres territoires, d’autres dynamiques confrontés eux aussi à ces questions d’une société en transition. Une manière aussi de monter comment une action publique peut accompagner ce mouvement des communs.


L’expérience du CD Bureau-libre free eos

S’il fallait citer un déclencheur sur ce mouvement en marche au pays de Brest, c’est le CD bureau libre free eos que je citerai. C’est à travers le CD bureau libre, une compilation de logiciels de bureautique, que nous avons fait à Brest la première expérience collective de coopération. Plusieurs dizaines de personnes se sont impliquées pour choisir les outils, créer le graphisme, collecter les tutoriels, réaliser l’installateur. Un gros travail pour parvenir en 3 mois à un produit simple d’installation qui pouvait être mis à disposition des habitants, des associations,des lycéens, des étudiants [2]. Et comme l’exprime Laurent Marsault d’Outils Réseaux ce fut pour beaucoup d’entre nous une expérience irréversible de coopération. Motivés pour diffuser au plus grand nombre des outils de base du bureau numérique, nous avons réalisé une mis en communs qui a perduré plusieurs années (le temps des CD comme outil de diffusion, diffusé à 300 000 exemplaires en Bretagne et ailleurs).

Ce projet n’aurait sans doute pas été possible s’il n’y avait eu auparavant ces projets associatifs du fournisseur d’accès Infini et ce réseau d’acteurs du libre à Brest qui depuis plusieurs années fournissait des services de messagerie, de blog, de listes en proximité, accompagnait habitants et associations dans l’usage des logiciels libres.

Wiki-brest et l’apprentissage de l’écriture contributive

Cet apprentissage d’une pratique collaborative sur un bien commun, les outils de bureau libre, nous a encouragé à initier un second projet collaboratif structurant : wiki-brest. A l’image de wikipedia nous avons voulu ouvrir un espace d’écriture collaborative portant sur le patrimoine et le vivre ensemble au pays de Brest.

Histoires de lieux, de personnes, de travail, géographie, tranches de vie, chansons, articles encyclopédiques, Wiki - Brest c’est une écriture qui relie habitant-e-s, journaux de quartiers, associations, artistes, bibliothécaires, enseignants... et vous invite à écrire

Partis d’une page vide, nous avons collecté quelques dizaines d’articles avec le souci d’une écriture ouverte à tous : recettes de cuisine, petites anecdotes... Un an plus tard, après des dizaines d’ateliers d’initiation, les centaines d’articles ont été organisés autour d’une première structuration thématique du wiki. Nous avons appris de wikipedia les techniques du portail qui ont permis de proposer des espaces pour les équipements de quartier qui y racontent leur histoire, les journaux de quartier qui en font leur mémoire publique rendant visibles des dizaines de numéros anciens.

Cette écriture collaborative ne va pas de soi et le succès de wiki-brest tient beaucoup au travail d’animation par les centaines d’ateliers, les wiki-journées, les wiki-contoirs où les auteur-e-s présentent leurs écrits. En janvier 2014, wiki-brest compte 4 008 articles, 12 068 fichiers multimédia, 1128 utilisateurs enregistrés, 17 administrateurs et 18 millions de pages vues avec des dizaines de portails thématiques créés au fil des collectes.

Ce sont les collectes thématisées qui font vivre ce commun. Celles de milliers de photos mises sur commons pour illustrer les articles de wikipedia au pays de Brest, celles autour de thèmes comme le cinéma, le sport, la mise en place de portail comme celui sur la place des femmes ou les portails des journaux de quartier qui mettent en commun les dizaines de numéro de leur histoire.

L’écriture contributive et les droits d’usage élargis

Le projet a servi de support à une large information sur les droits d’auteur et l’élargissement des libertés d’usage. Que peut-on mettre en ligne ? Sous quelle licence ? Tout cela est loin d’être évident.

C’est de ce besoin de sensibilisation d’appropriation des questions de droits d’usage élargis que naitront les semaines « Brest en biens communs » organisées depuis octobre 2009, 2011 et qui associent un nombre croissant de partenaires concernés par ces questions de droit d’usage et soucieux d’élargir les communs. Un petit événement devenu en 2013 « Villes en biens communs » avec la participation d’acteur-ice-s d’une trentaine de villes et qui se proposent de passer à l’échelle sous le label "Temps des communs" en octobre 2015.

Avec wiki-brest nous avons aussi appris et diffusé l’usage des wikis, d’autres mises en communs. Pour chaque projet, chaque rencontre, nous ouvrons une page écrite en direct lors des réunions et construite de manière ouverte, qu’il s’agisse du « Forum des usages coopératifs », du « Centre de ressources de l’accès public au pays de Brest » ou des études de l’économie sociale et solidaire. Un wiki recense aussi tous les textes publiés par le service, les bilans, évaluations, rapports d’activité, études et rencontres auxquels nous participons.

Cette écriture contributive est aussi celle des sites participatifs nombreux à Brest. Tant ceux initiés par la collectivité (une dizaine aujourd’hui) que les dizaines de sites hébergés et accompagnés par Infini ou la Maison du libre. Ces projets par le choix d’une écriture ouverte et de licence creative commons participent à une diffusion de la culture des communs. Et aujourd’hui un magazine comme a-brest organise une gouvernance avec un comité de réaction où 19 personnes vont assurer à tour de rôle et par binôme la responsabilité éditoriale d’un magazine qui compte plusieurs centaines de rédacteurs et 15 000 articles publiés.

La clé de l’apprentissage des pratiques collaboratives

Le travail en réseau, la coopération ne sont pas des habiletés apprises à l’école, transmises par la famille ou mises en œuvre dans l’activité associative ou professionnelle. Les formations-action « animacoop » d’une centaine d’heures sur 15 semaines, réalisées avec l’association Outils Réseaux apportent l’outil méthodologique qui outille les acteurs de l’innovation sociale au pays de Brest. Et même si former une centaine de personnes est petit, cela maille déjà le territoire avec des acteur-ice-s ayant une culture commune de la coopération et du partage.

C’est une des clés aujourd’hui de la diffusion de multiples initiatives d’en-commun.

Cela facilite l’émergence de réseaux contributifs tel « doc@brest » qui regroupe plus de 140 documentalistes brestois et auto-organise ateliers de formation, copy-party ou biblioremix.

Un peu comme pour les sites participatifs, cette culture de la coopération, de l’expression ouverte et du partage diffuse lentement dans la collectivité à travers des projets transversaux comme la semaine des droits de l’enfant, le médiablog coopératif le portail des savoirs, ou les cartes ouvertes .

Le développement des initiatives doit beaucoup au travail des associations comme l’hébergeur associatif Infini, de la Maison du Libre ou des p’tits deb’ de Bretagne, porteurs par exemple du wikidébrouillard

Et dans le domaine entrepreneurial la cantine numérique participe par l’organisation de nombreux évènements, ateliers de cartes participatives, hackaton, ateliers wiki-brest, semaine Brest en biens communs, et à la diffusion de cette culture des communs.

La fabrication numérique nouveau commun

L’exemple du « Tyfab » et du « Telefab », ateliers de fabrication d’objets sont exemplaires de cette émergence d’une culture du partage et de la coopération.

Un projet qui deux ans plus tard donne naissance aux Fabriques du Ponant, espace partagé de 500 m2 hébergé au lycée Vauban et melting pot des acteurs de la fabrication numérique et du "Do It Yourself".

Au-delà du projet d’atelier de fabrication numérique, c’est une dynamique qui émerge à travers l’organisation des Open Bidouille Camp qui accueillent plus d’ un millier de personnes dans une foire du faire soi-même entièrement auto-organisée, rendant compte d’un mouvement de société autour du Do It Yourself, des circuits courts et de la consommation collaborative.

Et la convergence libres solidaires et durables

Les formations aux pratiques collaboratives orientées au début vers les médiateurs du numérique se sont élargies au fil des années aux services de la collectivité et aux acteurs des territoires en transition.

Cela rend compte de croisements de convergences entre groupes et personnes qui partagent aujourd’hui ce souci de nouveaux en-communs.

Ce sont par exemple (en complément des projets déjà cités)

.... à compléter

Vers une carte contributive des en-communs

Au-delà de cette esquisse qui donne un premier aperçu peut naître le projet d’une cartographie des en-communs d’un territoire qui donne à voir les initiatives, croise projets et personnes et contribue à une culture des en-communs.

Avec aussi l’idée de reprendre cette visite des communs initiée lors des Roumics à Lille.

Et comme les mêmes émergences existent dans beaucoup de territoires, ces cartes constitueraient aussi des idées des connexions vers d’autres possibles et un moyen de rendre compte de la force de ce mouvement en émergence.

Références

- Bollier, David, Helfrich, Silke, 2012, “The Commons as a Transformative Vision”, In Bollier, david et Helfrich Silke (dir), The wealth of the Commons, a world beyond maket and state, Introduction

- Hervé Le Crosnier « Elinor Ostrom ou la réinvention des biens communs ? » Les Puces savantes, Le Monde Diplomatique, 15 juin 2012,

- Valérie Peugeot, Les Communs, une brèche politique à l’heure du numérique
Valérie Peugeot, Presse des Mines, p. 77-98.

- Savoirs com1 le blog du collectif Savoirs com1

[2les 4 universités de Bretagne l’ont distribué à tous leurs étudiants de première année

Posté le 23 novembre 2014 par Michel Briand
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