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Interview du fondateur de Waterbear, le SIGB libre et gratuit dans les nuages

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Waterbear est présenté par son concepteur, Quentin Chevillon, comme l’un des tous premiers logiciels de gestion de bibliothèque professionnel (SIGB) totalement libre, gratuit et accessible en ligne. Quentin Chevillon est bien connu du monde des bibliothèques pour avoir créee Moccam. J’ai voulu en savoir plus et j’ai posé quelques questions à Quentin, voici ses réponses.

Voici d’abord une courte présentation :

A qui se destine Waterbear ? Est-ce un outil pouvant être utilisé par des bibliothèques territoriales ?

 

Waterbear a naturellement été conçu à la base pour les bibliothèques territoriales (c’est le sujet que je connais le mieux). Mais je l’avais surtout conçu au départ pour être le logiciel le plus paramétrable du monde, c’est à dire pour
être capable de s’adapter à tous les besoins les plus pointus et les plus loufoques d’une grosse bibliothèque, mais pour pouvoir également si nécessaire être simplifié au maximum pour s’adapter aux petites bibliothèques (c’est d’ailleurs l’origine du nom Waterbear = ourson d’eau = tardigrade = un animal capable de s’adapter à tous les milieux).
Dans la version qui est proposée en SaaS gratuit, je vise plus particulièrement les petites bibliothèques (car je pense que ce sont celles qui seront spontanément attirées par cette offre d’hébergement gratuit), mais à terme j’aimerais pouvoir proposer des déclinaisons pour toutes sortes de bibliothèques.
Quels sont les liens entre Moccam et cet outil ? 
Ils sont très importants bien sûr. Waterbear s’appuie sur moccam-en-ligne pour automatiser la récupération de notices. Lors de la création du compte Waterbear, les identifiants moccam sont demandés. S’ils ne sont pas fournis, un compte est automatiquement créé.
Waterbear utilise évidemment moccam-en-ligne au moment du catalogage : on scanne un isbn et waterbear intègre directement la notice récupérée via moccam (donc soit la notice BNF soit la notice Dialogues, avec quand c’est possible l’enrichissement du résumé). Mais Waterbear utilise également moccam-en-ligne pour l’homogénéisation automatisée de la base. En clair, quand une notice n’a pas été trouvée à la BNF au moment du catalogage, elle sera automatiquement complétée quand cette dernière aura été créée sans que ça demande la moindre intervention des bibliothécaires.
Enfin Waterbear permet de transférer automatiquement des paniers depuis moccam-en-ligne. Plus besoin d’exporter le panier, d’enregistrer le fichier unimarc puis de l’importer “à l’ancienne”. Un simple clic sur un bouton permet de récupérer le panier moccam dans Waterbear. C’est très pratique particulièrement quand on a utilisé le portail de moccam pour faire sa veille documentaire et qu’on souhaite transférer un panier de suggestions vers le module d’acquisitions de Waterbear.
Toutes ces fonctionnalités ont été développées pour Waterbear, mais les API qui les sous-tendent seront bientôt publiées pour que d’autres SIGB puissent les utiliser.
Quelles en sont les fonctionnalités qui le distingue des autres ? 
Vaste question ;-) La première chose, comme dit plus haut, est son caractère extraordinairement paramétrable. Tout dans Waterbear est personnalisable : les menus, la langue (naturellement), la structure des données (les champs et sous-champs qui composent les objets utilisés comme les notices, les lecteurs, les prêts…), les critères de recherche, l’affichage… Plus fondamentalement encore, c’est le déroulement du programme lui-même qui est totalement adaptable. Par exemple si on veut paramétrer le module de prêt pour qu’un message d’avertissement s’affiche quand une personne de plus de 65 ans veut emprunter un livre de plus de 500 pages, c’est possible (c’est un exemple un peu extrême bien sûr ;-)
Mais dans la version proposée aujourd’hui en mode SaaS gratuit, destinée plutôt aux petites bibliothèques, je me suis évertué au contraire à masquer toute cette richesse (et cette complexité) pour me concentrer sur la rapidité et la facilité d’utilisation. J’ai essayé de mettre à profit la connaissance que j’ai des SIGB du marché pour offrir à chaque fois une interface simple nécessitant le moins de clics possible. C’est le cas du catalogage naturellement (récupération des notices et homogénéisation automatisées). J’utilise à chaque fois que c’est possible l’autocomplétion pour faciliter la saisie. Par exemple, quand on inscrit un lecteur, des suggestions d’adresses sont automatiquement proposées en utilisant le WebService de l’IGN. On peut également faire une représentation cartographique (géolocalisée) des lecteurs ou des prêts : pratique pour savoir comment se répartissent les inscrits sur le territoire (pas d’inquiétude, cette géolocalisation n’est pas nominative).
La même logique de simplicité a prévalu dans les modules qui sont souvent des boulets pour les bibliothécaires. Pour le bulletinage, par exemple, il suffit de scanner l’issn d’une revue puis le code barre commercial, c’est tout ! Même chose pour la réception d’une commande : on scanne l’isbn puis le code barre.
Cette simplicité ne se fait pas au détriment de la puissance. La recherche par exemple permet non seulement d’exploiter toutes les données d’un objet, mais également de croiser les objets entre eux. On pourra par exemple rechercher tous les lecteurs habitant à Paris ayant emprunté un ouvrage de Pennac classé en section jeunesse un mardi et l’ayant rendu en retard (après il faut vraiment avoir besoin de faire ce genre de recherches ;-) Même chose pour les stats : derrière la simplicité (des stats pré-paramétrées et prêtes à l’emploi), on peut là encore exploiter et croiser des centaines de critères.

Pourquoi selon-toi, les nuages sont l’avenir des SIGB ?

 

Waterbear n’est pas le seul ni le premier SIGB proposé “dans les nuages” en mode SaaS (Software as a Service : on accède au logiciel en ligne sans avoir besoin de faire une installation), mais c’est le premier à être gratuit. C’est une tendance de fond qui a de nombreux avantages : pas besoin d’installation, la maintenance est simplifiée (pas besoin d’utiliser PCAnywhere ou ce genre de logiciels compliqués). Si on achète un nouveau PC ou qu’on remplace un ancien, il n’y a rien à installer, ça marche tout de suite. Plus besoin de gérer les sauvegardes et les mises à jour. Toutes ces caractéristiques simplifient considérablement la vie des bibliothécaires, mais aussi celle des éditeurs de SIGB ce qui doit contribuer à réduire les coûts des projets.
Mais la vraie révolution, qui concerne surtout les petites bibliothèques, c’est la simplicité avec laquelle les logiciels en mode SaaS permettent la mise en ligne du catalogue des bibliothèques pour le Public. Avant, c’était compliqué : il fallait un serveur web, un firewall, des DMZ, gérer les mises à jour si on ne voulait pas être piraté… Cela demandait des compétences informatiques et des ressources que peu de petites communes possédaient. Avec le Cloud, tout est déjà en ligne. ça a vraiment permis de démocratiser la mise en ligne des catalogues de bibliothèques.
La seule contrainte : avoir une connexion internet d’assez bonne qualité (éviter les micro coupures).
En ce qui concerne Waterbear, les bases sont hébergées sur le serveur de moccam-en-ligne, qui est financé pour l’instant grâce à la pub (un très petit budget de moins de 800€ par an). Ce serveur pourra héberger sans problèmes 100 ou 200 petites bibliothèques (on parle de bibliothèques qui ont quelques milliers de documents et font quelques dizaines de prêts par jour). C’est à la fois beaucoup et peu : en 2 semaines près de 500 comptes ont déjà été créés !! mais il s’agit pour l’essentiel de tests qui ne consomment presque pas de ressources.
Cela dit, si ça marche et que de nombreuses petites bibliothèques utilisent Waterbear (ou que des bibliothèques de taille plus importante sont intéressées), il faudra investir dans de nouveaux serveurs. Pour le financement, j’envisage soit de lancer une souscription volontaire auprès des bibliothèques (sur le modèle de Wikipedia) soit de trouver des partenaires publics ou privés que l’aventure intéresserait. Dans l’idéal j’aimerais aussi trouver les moyens de me consacrer à Waterbear à plein temps, mais c’est une autre histoire ;-)
 Quelle est la licence sous laquelle le code source est mis à disposition ? 
Je ne suis pas un grand expert des licences. Ce sera Open Source naturellement, car je veux que ça profite le plus largement possible à toute la communauté, mais il y a des subtilités entre les différentes licences que je ne maitrise pas (particulièrement concernant les logiciels en mode hébergé comme c’est le cas de Waterbear). Je me donne jusqu’au 1er mars 2015 (fin de la phase bêta) pour mettre à disposition de la communauté le code source de Waterbear (avec la licence ad hoc) et surtout pour rédiger une documentation à l’usage des développeurs sans laquelle le code source serait à peu près inutilisable.

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Via un article de Silvère Mercier, publié le 18 novembre 2014
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Brest railway station, 05.05.2014.
par Dāvis Kļaviņš
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