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Un cycle d’intervention autour de Sciences communes

En ce mois d’octobre, ce petit carnet de recherche prend corps. Je présenterai un « cycle » informel de quatre interventions autour de mon sujet de prédilection : la science comme bien commun.

Trois interventions s’inscrivent dans le même cadre : la semaine du libre accès. Il faut dire que le thème de l’édition 2014 me concerne directement : « génération open », ou comment doctorants et jeune chercheurs s’approprient les enjeux de l’open access.

La série s’ouvre sur une journée d’étude organisée à l’Université de Toulouse – Jean Jaurès le 13 octobre. Les termes du débat sont posés d’emblée : « A la part croissante prise par la marchandisation de la connaissance émerge, depuis quelques années, une tentative de réponse autour du concept de bien commun. » L’emprise du marché sur la recherche n’a jamais été si profonde. Mediapart vient de publier un témoignage accablant de cette dégradation du quotidien de la recherche : ivresse des évaluation et du « reporting » sans cohérence d’ensemble, transformation du chercheur en manager, imposition d’un esprit de contribution au détriment de la collaboration scientifique.

L’open access ne saurait représenter, en soi un élément d’émancipation. Les industries académiques se sont amplement adapté à cette nouvelle donne. Les rentes d’Elsevier n’ont jamais été si élevées. Dans une étude aux allures d’élégie, Goodbye to Berlin, Richard Poynder démontre que la conversion à l’Open Access a en réalité enrichi les oligopoles installé en favorisant des mécanismes de double perception : un auteur achète un droit à publier ; l’article est ensuite vendu à l’unité ; certains services supplémentaires (data mining) peuvent ensuite s’ajouter à l’addition.

Les revenus des industrie académique bénéficient grandement des contributions bénévoles des chercheurs (les carrés gris = ce qu'elles paieraient si les évaluateurs des articles étaient défrayés)

Les revenus des industrie académique bénéficient grandement des contributions bénévoles des chercheurs (les carrés gris = ce qu’elles paieraient si les évaluateurs des articles étaient défrayés)

Les règles du jeu doivent être repensées. Tant que la recherche sur fond public demeure intégralement structurée par une logique de marché (au point que les critères d’évaluation sont pensés pour une publication dans des revues commerciales), la généralisation de l’open access sera purement cosmétique. La notion de bien commun constitue une piste éclairante. Les technologies numériques ont autorisé l’avènement de grandes communautés autonomes sur le modèle de Wikipédia ou de OpenStreetMap. Ces précédents concrets nourrissent de riches spéculations autour d’une transformation radicale de nos paradigmes économiques et sociaux. Des mécanismes inédits, telles que les licences à réciprocité, sont ainsi formalisés pour renforcer des communautés de savoir autonomes et spontanées. Le rôle de l’État est repensé sous la forme d’un État partenaire ou d’un Gouvernement ouvert.

Pendant la première partie de cette journée d’étude, je présenterai plusieurs « réflexions théoriques sur l’application de la notion de bien commun à l’activité scientifique » avec mon collègue de Savoirscom1, Marc Lavastrou. Ces réflexions tournent essentiellement autour du questionnement suivant : comment appliquer à la production des connaissances (a fortiori scientifiques) ce concept de « bien commun », initialement conçu pour décrire des formes de gestion des terres non structurées par le principe de propriété privé ?

La journée d’étude se poursuit l’après-midi avec deux tables rondes à visée pédagogique. La première présente des retour d’expérience de jeunes chercheurs vis-à-vis des interface de partage des publications scientifiques (archives ouvertes, réseaux sociaux académiques). La seconde introduit le fonctionnement des licences Creative Commons.

Ma seconde intervention prolonge directement la première. Une table ronde organisée à la Maison de la Recherche le 20 octobre évoque les enjeux de l’open access auprès des doctorants de Paris-Sorbonne et met en contraste les principes fondamentaux du mouvement et les expériences concrètes de la « génération open ». Les thèmes suivants seront ainsi retracés :

  • Une brève contextualisation du mouvement open access et de l’émergence de nouveaux modèles de diffusion de la recherche (l’open access « green », « gold », « diamond »).
  • Le libre accès dans la vie du chercheur avec ses implications épistémologiques (une nouvelle exigence de « reproductibilité ») et sociales (valorisation accrue des travaux, interactions avec un nouveau public par-delà les pairs)
  • Les supports, outils et plate-forme du libre accès : archives ouvertes, revues en accès libre, répertoires de données, carnets de recherches…
  • Les licences et les cadres légaux (les différentes options des Creative Commons, le cas particulier des données scientifiques).

Dans un second temps, je proposera un petit exercice de simulation prospectif : quel open access dans dix ans (soit ce moment où nos membres de la génération open seront devenus des chercheurs accomplis) ?

Dans un même esprit pédagogique, l’association HackYourPhd égrène un dictionnaire des idées reçues sur l’open access le 24 octobre à l’Espace Pierre-Gilles de Gennes. Par-delà l’impulsion première de republier un article sur Internet, de nombreuses inconnues légales demeurent. Mon intervention portera plus précisément sur le rôle et les fonctionnalités des licences Creative Commons. J’étais déjà revenu sur le sujet en juillet dernier à l’occasion d’une journée d’étude de l’Université d’Angers sur le droit d’auteur à l’épreuve du numérique :

Enfin, ce petit cycle d’intervention revient à une problématique plus fondamentale. La Fonda propose une rencontre-débat à la Gaîté Lyrique le 31 octobre autour des biens communs de la connaissance. L’événement s’interroge sur la tangibilité de cette révolution annoncée : l’économie du partage peut-elle primer sur l’économie de l’accumulation ? Nous retrouvons ainsi notre questionnement initial. Face aux récupérations qui se démultiplient les communautés de savoir autonomes peuvent-elles se maintenir ? Et à défaut, quels mécanismes de préservations peuvent-elles mettre en œuvre ? Le dépassement de ces contradictions passe-t-il par la mise en place de licences à réciprocité, ces dispositifs légaux visant à corriger le déficit monétaire né de l’utilisation des productions des communs à des fins capitalistiques ?

Comme on le voit, les interrogations récurrentes de ce petit cycle informel dépasse amplement le cas spécifique de la connaissance scientifique. L’enjeu n’est pas seulement de réformer la recherche mais la société dans son ensemble. C’est sans doute là la grande force de la notion de « commun » : celui de faire émerger du commun entre des préoccupations que l’on croirait distantes.

Sciences communes

URL: http://scoms.hypotheses.org/
Via un article de Pierre-Carl Langlais, publié le 3 octobre 2014
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Tonnerres de Brest 2016 (Crédits photo : Stéphane Louette/Télécom Bretagne)
par Telecom Bretagne
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