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L’innovation en bibliothèque ou comment dépasser la reproductibilité

Éric Pichard, directeur-adjoint des bibliothèques de Rennes a bien voulu prolonger pour enssibLab les questionnements issus de la méthode Biblio Remix, qui vise à faire contribuer les usagers de manière suivie et pousse les professionnels à créer hors de leurs cadres d’exercice habituels.

Un article de Delphine Merrien, repris su site de l4ENNSIB, un site sous licence by sa nc nd

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Biblio Remix Licence Creative Commons BY-SA

La méthode Biblio Remix a permis de collecter des éléments de réflexion et d’impulser une méthode pour travailler en équipe et de manière plus équilibrée avec des profils de compétences différents de ceux des seuls professionnels des bibliothèques. Des partenariats se nouent ainsi, constituant un réseau plus large de collaborationset la méthode se diffuse dans d’autres types d’établissements (écoles d’ingénieurs, bibliothèques musicales, etc.)

Les partenaires extérieurs et les publics ont exprimé à ces occasions envers les bibliothèques une forte attente en termes de nouveaux services et de nouvelles conditions d’accès. Une plus grande mobilité est attendue du concept même de bibliothèque, dans le sens d’une adaptation aux besoins exprimés : un endroit qui soit à la fois une bibliothèque « à l’ancienne », silencieux et érudit, mais aussi une salle de concert, un lieu d’ateliers…

Les bibliothèques, dans le contexte rennais d’un réseau de proximité d’une ville de 200 000 habitants plutôt vivante (ville jeune, étudiante, etc.), pourraient s’inspirer des maisons de quartier et des MJC pour évoluer. Le monde associatif dispose en effet de cette adaptabilité tant attendue des publics et de la capacité à explorer des pistes inédites. A Rennes, plusieurs bibliothèques partagent les mêmes bâtiments que ces structures de proximité, mais ont encore tendance à fonctionner de manière cloisonnée.

A l’étranger, la bibliothèque de l’Institut de technologie de Karlsruhe, accessible 24 heures sur 24, tous les jours de l’année, est un exemple remarquable : les prêts sont automatisés, la sécurité est assurée et un espace de restauration reste à disposition. Le constat est que la fréquentation nocturne est loin d’être inexistante.
Pour les partenaires extérieurs et les publics sollicités dans le cadre de Biblio Remix, les bibliothèques « ne vivent pas au même rythme que la Cité » : rendre accessible les collections et certains services de manière plus élargie est même considéré comme la « clé de voûte » du développement d’une nouvelle relation entre la bibliothèque et ses publics.
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L’espace lecture Carrefour 18 Licence Creative Commons BY-SA.

L’espace lecture Carrefour 18 incarne à Rennes ce nouveau rapport aux publics : il s’agit d’un espace qui a pris depuis 2010 le relais de la bibliothèque au sein d’un centre social et qui propose des expérimentations avec de nouvelles formes de médiations autour du livre, de la lecture et de la connaissance. Ce lieu est devenu très vivant et a revitalisé la fréquentation du centre social car toutes les initiatives sont prises avec le concours des habitants. Le réseau des bibliothèques de quartier s’inspire de ce dynamisme pour s’adapter encore mieux aux besoins.

La culture de l’innovation portée par ces expérimentations se diffuse désormais dans toutes les organisations, au-delà des formatages, en produisant de nouvelles formes de réflexions via de nouveaux modes d’interactions.
Expérimenter suppose de sortir du fonctionnement habituel, hors du cadre quotidien, et requiert une grande ouverture d’esprit, liée à une capacité à prendre des risques, au-delà des méthodes classiques (et éprouvées).

Accepter que les tests soient négatifs, que l’expérience ne fonctionne pas ou que le projet échoue dans la forme prévue appelle à repenser les modèles prédictifs historiquement utilisés et à se situer sur une autre échelle que celle mobilisée par la culture du résultat.
Evaluer les échecs, l’inattendu, les apports d’une hypothèse invalidée permet de se positionner dans un processus expérimental porteur d’une action créative.
Se focaliser sur l’atteinte d’un résultat attendu et déjà obtenu ne produit en revanche que des actions efficaces dans ce but, mais peu inventives et totalement dépourvues de potentiel innovant et/ou évolutif.
L’innovation va de pair avec une prise de risque et l’audace d’explorer des pistes vierges, sans assurance aucune de résultats mesurables.

Aucun processus expérimental ne peut se mettre en place sans y consacrer un temps dédié, hors des contingences du fonctionnement : ces temps de disponibilité intellectuelle sont indispensables.
Des convergences se font jour autour de cette culture de l’expérimentation dans les collectivités publiques, mais il est prématuré d’annoncer un mouvement de fond.

Posté le 29 avril 2014 par Michel Briand
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