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Relier et partager autour du web

Colloque Liaison lycées – enseignement supérieur, Brest le 13 avril 2013

Apprendre avec le numérique : quelle place pour le numérique ou comment passer du numérique objet perturbateur au numérique générateur de nouveaux modes d’apprentissage ?

Proposer des éléments prospectifs et des pistes de réflexion en abordant la question du numérique sous trois angles : quoi (le numérique comme fait social), pourquoi (les apports du numérique dans la pédagogie) et comment (quelles pratiques pédagogiques avec le numérique).

Intervention en ouverture de Michel Briand, élu de Brest en charge d’internet et du multimédia, vice président de Brest Métropole Océane

Voir le programme sur le site de la cantine brestoise

Mesdames, messieurs,

Au nom du Maire de Brest et président de Brest Métropole Océane, François Cuillandre, je suis heureux de vous accueillir à la pointe ouest de la Bretagne. Vous connaissez tous l’importance de l’implication des habitants et des collectivités locales en Bretagne dans l’éducation, source d’émancipation et de formation. Mais la Bretagne est aussi une terre de la coopération et de l’innovation. En terme de coopération les 4 universités de Bretagne et les écoles d’ingénieurs ont formé l’université Européenne de Bretagne. C’est à l’ouest de la France autour de 4 enseignants d’écoles d’ingénieurs qu’est né cet automne le premier cours massivement ouvert autour d’Internet « Tout y est pour apprendre » dont Jean Marie Gilliot vous parlera cet après midi qui a regroupé 1500 personnes qui ont coproduit des centaines de contenus autour d’apprendre avec Internet. Ces cours massivement ouverts tel celui de l’EPFL de Lausanne qui a accueilli cet hiver 55 000 élèves et certifié 15 000 élèves traduisent l’arrivée du numérique dans la formation : les contenus ne sont plus fermés à clés derrière les barrières des intranet des universités, mais sont réutilisables tel celui d’ITyPA et sont ouverts à tous bien au delà des frontières.

Le numérique ce n’est pas seulement l’arrivée de nouveaux outils tel ces smartphones et tablettes dont l’usage explose aujourd’hui. Le numérique nous confronte pour la première fois de notre histoire à l’abondance ! Copier un contenu numérique, le diffuser ne coûte presque rien et dès lors qu’il est autorisé par l’auteur l’accès aux savoirs peut être démultiplié. Nous voici confrontés à deux visions du monde : celle de ceux qui veulent maintenir le fonctionnement du temps de la rareté, mettent des verrous et des règlements pour empêcher une large diffusion et expression culturelle. Ils sont riches et proches des pouvoirs. Et cette multitude de contributeurs qui créent ces nouveaux biens communs que sont le logiciel libre, wikipedia ou les cartes libres. Ce sont les développeurs du logiciel libre qui face à la mainmise de quelques éditeurs de logiciels ont su inventer de nouvelles formes de coopération qui permettent et encouragent la contribution des uns et des autres pour donner en partage les logiciels dont nous avons besoin. Et ce n’est pas un hasard si c’est au sein des centres de recherche ou de formation que sont nés ces logiciels libresyel le web au CERN ou le lecteur multimédia VLC à l’Ecole Centrale.

Aujourd’hui nous avons en France avec Sesamath un exemple concret de la richesse apportée par cette coopération ouverte : des centaines de professeurs de collèges et de lycées s’organisent pour produire de manière contributive des manuels scolaires librement accessibles et réutilisables. Et bien que tous cela soit en ligne, leurs livres sont édités par un éditeur privé qui a 20 % de part de marché. Cela marche tellement bien qu’ils ont ouvert un environnement numérique d’apprentissage auquel est inscrit plus d’un million d’élèves. Cette organisation collaborative est terriblement efficace puisque tout cela a été mis en œuvre sans un centime de subvention de l’éducation nationale !

Plus près de nous et à une échelle plus modeste, les documentalistes de Brest après avoir goûté à la coopération à travers un cycle de conférences co-organisé ont créé « Doc@brest » un réseau local de 70 documentalistes de l’UBO, Telecom Bretagne, Ifremer, de la bibliothèque municipale. Au lieu de se former à Rennes ou Paris, elles se forment mutuellement en s’appuyant sur la compétence de l’une ou de l’autre, réalisent une carte des bibliothèques ou cet article sur l’UBO qui vient d’obtenir cette semaine le label de « bon article » sur wikipedia.

Brest et la Bretagne sont une terre d’innovation : c’est wiki-brest les carnets du pays de Brest, avec plus d’un millier de contributeurs, c’est cette enseignante qui chaque année met les jeunes en difficulté du dispositif relais en situation de professeur. En apprenant aux ainés de plus de 85 ans de la résidence Louis le Roux l’usage du multimédia ils retrouvent confiance en eux , une estime de soi et l’envie d’apprendre. C’est cette équipe de la cité scolaire de Kérichen qui chaque année depuis 10 ans transforme une centaine de lycéens en web reporters multimédia lors du festival européen du film court. C’est encore la biliothèque de Brest et son portail des savoirs où, en un an, plus de 300 conférences données à Brest sont référencées. C’est ce portail des innovations pédagogiques à Telecom Bretagne qui donne à voir des dizaines d’initiatives.
Alors oui le numérique c’est bien au delà des outils tableau blanc, sites web, tablettes, une nouvelle culture du partage et de la contribution qui, lentement diffuse dans la société. Et nous avons besoin que cette culture de la coopération du faire ensemble, soit vécue à l’école et à l’université.

Je me réjouis de cette journée d’échange et de réflexion autour d’apprendre avec le numérique qui ne pourra que faire progresser l’envie de faire ensemble et d’ouvrir l’accès inter-actif aux savoirs pour tous.

Le numérique est une formidable opportunité qui permet de partager les savoirs et de croiser les initiatives et je rêve de voir à Brest, en Bretagne et ailleurs une mise en réseau non plus de dizaines de projets mais de milliers, non plus de dizaines de cours mais de centaines ouverts à tous et réutilisables, d’élèves qui s’impliquent de manière constructive dans l’accès aux savoirs et s’initie à un apprentissage qui durera toute leur vie.

Posté le 12 avril 2013 par Michel Briand
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